La Caisse d'épargne et la Banque populaire donnent naissance à Natixis
(Easybourse.com) Au terme de neuf mois d’une grossesse à risque, le petit Natixis de la Caisse d’épargne et la Banque populaire a enfin pointé le bout de son nez.
Charles Milhaud et Philippe Dupont peuvent se réjouir, ils sont les heureux papas d’un nouveau-né : Natixis. Les patrons respectifs de la Caisse d’épargne et de la Banque Populaire ont vu, début juin, aboutir leur projet de rapprochement en gestation depuis le début de l’année. Le mouvement de concentration du monde bancaire a été suscité en France par les privatisations successives du CIC, de la CNP et du Crédit lyonnais.
Le projet Natixis était plus que désiré par Charles Milhaud. Selon lui si une banque peut vivre avec 10% de parts de marché, « le problème est de savoir combien de temps… Surtout dans un marché européen encore fractionné mais dont on voit bien qu’il est en train d’émerger ». De nombreux analystes estiment également que cette opération va de soi, «ni Natexis Banques populaires, ni Ixis n'ont la taille critique dans le domaine de la banque d'investissement. Il était important pour ces deux acteurs de se réunir afin d'augmenter leurs moyens respectifs en vue de la consolidation bancaire européenne».
Et le jeune papa est plus qu’optimiste, enchaînant les projets de développement à l’international. « Nous allons examiner étroitement les banques de détail de taille significative en Europe », a-t-il déclaré le 10 juillet dernier. Après la finalisation le jeudi précédent de l'entrée au capital du Crédit immobilier et hôtelier au Maroc, le groupe vise maintenant l'Algérie mais aussi la banque d'investissement aux Etats-Unis et en Asie.
Un risque de fausse couche
Le projet de rapprochement entre la Caisse d'épargne et Banque populaire a été négocié dans le secret le plus absolu de peur de la réaction de la Caisse des dépôts (CDC) actionnaire à hauteur de 35% de la Caisse nationale des Caisses d'épargne (CNCE) et qui est titulaire, à ce titre, de droits spécifiques au titre du pacte d’actionnaires conclu le 30 juin 2004. Ainsi, une heure après le début des conseils d’administration des deux banques le dimanche 12 mars, un communiqué de la CDC venait préciser que ce rapprochement « porte gravement atteinte aux intérêts de la CNCE et de ses actionnaires' et Francis Mayer, son directeur général, de préciser qu’il opposerait son droit de veto prévu dans le pacte d’actionnaires, la non information de la CDC constituant « un grave manquement aux règles élémentaires de la gouvernance des entreprises ».
Bien qu’affaibli par la situation, la CDC a bénéficié du soutien des actionnaires et du corps politique. La Commission des finances de l’Assemblée nationale a même publié un communiqué condamnant l’attitude de la Caisse d’épargne.
Des gènes prometteurs
Après de nombreuses fausses alertes, la progéniture de Milhaud et Dupont a finalement vu le jour. Baptisée Natixis, en référence à Ixis, la banque d’affaires des Caisses d’épargne, et à Natexis, la banque d’affaires des Banques populaires – qui servira de réceptacle au projet car étant déjà cotée en bourse -, la nouvelle entité a hérité des bons gènes puisqu’elle est à la fois banque de financement et d’investissement (legs de Ixis Corporate & Investment Bank, Ixis Asset Management Groupe, CIFG…), société de services financiers spécialisés (comme ses oncles Crédit Foncier et Cefi) et de gestion privée (comme sa tante La Compagnie 1818). La CNCE apportera à Natexis Banques Populaires pour un montant total d’actifs de 10,7 milliards d'euros.

Avec près de 40 milliards d'euros de fonds propres, la banque de détail Natixis est le deuxième groupe bancaire en France, juste derrière le Crédit Agricole, avec 20% de parts de marché. En tant que banque de financement et d'investissement, Natixis double sa taille mais reste derrière les trois leaders français, BNP Paribas, Société Générale et Calyon.
Sur la partie crédit, les Ixis et Natexis bénéficient de la mise en commun de leurs fonds propres qui doubleront à 16 milliards d'euros. Le nouveau-né offre un flottant de 25% minimum pour une capitalisation boursière de plus de 20 milliards d’euros. Autant de dons de la nature qui lui permettront de participer au processus de fusion que connaît actuellement le secteur bancaire en France. Chaque partenaire détiendra 34% de Natixis, le reste étant coté. Quant à la part de la CDC, elle devrait être de l’ordre de 5 à 8%.
Pour ce qui est de l’éducation du petit, elle est à la charge du conseil de surveillance et du directoire. Le premier sera composé de manière paritaire par les représentants de la Caisse d’épargne et de la Banque populaire, sa présidence étant assurée alternativement par un représentant des deux groupes. Charles Milhaud assurera la première présidence de ce conseil. Le président du directoire, nommé par le conseil de surveillance, sera choisi d’un commun accord entre les deux groupes. Philippe Dupont héritera du siège de premier président du directoire.
Selon le calendrier établi, le nouveau-né devrait faire ses premiers pas d’ici la fin de l’année, soit près de six mois après la signature des accords définitifs entre les deux groupes. Quant à l’avenir de CNP, s’il a longtemps été incertain, l’horizon est maintenant éclairci, l’Ecureuil ayant accepté de prolonger le pacte d’actionnaires jusqu’en 2015.
florian
Publié le 28 Juin 2006







