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L'Allemagne ou la passion de l'euro fort

L'Allemagne ou la passion de l'euro fort

(Easybourse.com) Au-delà des raisons historiques souvent évoquées, l'Allemagne a mis en place une véritable stratégie industrielle où l'euro fort est un véritable atout. Berlin est décidé à anticiper de nouvelles crises de défiance de l'euro.

Pour ceux qui ne l'avaient pas encore compris, Angela Merkel a administré une piqure de rappel : l'Allemagne se battra jusqu'au bout pour défendre l'euro fort. La chancelière a publié dans le quotidien économique allemand Handelsblatt, une longue tribune où elle explique les vertus d'un euro fort qui représente «un intérêt vital» pour son pays. Depuis l'éclatement de la crise grecque, Berlin s'est lancé dans une croisade pour défendre sa conception très restrictive des politiques monétaires et budgétaires au risque de plonger les économies les plus fragiles de la zone euro, dans l'impasse. Pour beaucoup, cette obsession est interprétée comme un vestige d'une Histoire peu glorieuse. Les Allemands estiment que l'hyperinflation des années 1920 assortie à la dévaluation du Mark a favorisé l'ascension d'Hitler au pouvoir.

Une véritable stratégie industrielle

Il y a toutefois une réalité économique à ce culte de la monnaie forte. L'Allemagne a constitué un appareil industriel fondé sur une monnaie forte à fort pouvoir d'achat. «Le modèle allemand est beaucoup plus extraverti en terme de structure verticale de production. Il a affecté une plus grosse part de sa production à l'étranger que la France, notamment dans les pays de l'Est. Un euro fort permet ainsi d'importer des marchandises à un meilleur prix» explique Antoine Berthou, économiste au CEPII. Une question de compétitivité qui n'est possible qu'avec une main d'œuvre qualifiée capable d'incorporer des

Une monnaie forte est le reflet de la bonne santé macroéconomique d'une économie

importations basiques (matières premières, pièces détachées…) dans une industrie à haute valeur ajoutée avant de réexporter le produit fini. Dans cette configuration, l'euro fort est une condition essentielle.

«Il semble que les variations monétaires sont plus défavorables aux exportations françaises qu'allemandes» remarque Antoine Bertou. Grâce à leur niveau de compétitivité, les entreprises allemandes peuvent davantage ajuster leurs marges que les entreprises françaises obligées d'afficher des prix supérieurs dans la devise du pays importateur. Enfin, l' «école de Berlin» justifie l'euro fort pour son pouvoir d'attractivité des investissements. «Une monnaie forte est le reflet de la bonne santé macroéconomique d'une économie» ajoute Antoine Berthou.

L'ennui pour les Européens, c'est qu'une politique d'euro fort ne s'arrête pas là. Elle implique une politique rigoureuse des comptes publics. Pour de nombreux pays, appuyés par les Etats-Unis à l'occasion du G20 de Toronto, cette politique est inopportune à l'heure où l'économie doit être soutenue par des politiques budgétaires expansionnistes. Pas pour Angela Merkel qui ne voit aucune contradiction entre austérité et croissance, bien au contraire.

La passion des monnaies fortes

La monnaie forte est une véritable culture politique en Allemagne. C'était d'ailleurs une des principales conditions qu'avait posé la première puissance économique européenne lors des négociations pour la création de l'euro. Aujourd'hui l'Allemagne veut reprendre la main sur la gouvernance économique et monétaire de la zone euro en restaurant la primauté du pacte de stabilité notamment. La succession de Jean-Claude Trichet, pourtant partisan de la rigueur monétaire et budgétaire, à la tête de la Banque Centrale Européenne en juillet 2011 sera l'occasion de consolider le modèle allemand au sein de la zone. C'est, en effet, Axel Weber, actuel patron de la Buba (Bundesbank) qui devrait prendre sa place, selon toute vraisemblance. Celui-ci n'avait pas hésité à critiquer les récentes initiatives de la BCE de rachat des obligations des Etats de la zone euro en difficulté.

Les six mois de crise et de défiance de la monnaie unique ont été très mal vécus par les Allemands. La chancelière est bien décidée à ne pas laisser le modèle allemand partir en lambeaux. Angela Merkel sait que l'Allemagne reste un pilier de la zone euro et que ses partenaires devront négocier. Les prochains sommets européens s'annoncent passionnés…

Nabil Bourassi

Publié le 15 Juillet 2010

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