Faut-il contraindre Air France à acheter des Airbus?
(Easybourse.com) Le constructeur aéronautique craint qu'un repli protectionniste en Europe ne lui ferme des portes à l'étranger. Air France-KLM est trop fragilisée pour ne pas pouvoir faire jouer la concurrence.
EADS aurait préféré évité une telle polémique. Une centaine de députés français ont signé une pétition pour contraindre Air France-KLM à acheter des Airbus plutôt que des Boeing. Cet appel semble avoir reçu un écho favorable au ministère de l’Industrie puisque celui-ci a convoqué Pierre-Henri Gourgeon, directeur générale d’Air France-KLM. Eric Besson a ainsi rappelé à celui-ci que l’Etat français restait «attentif aux grands contrats que peut passer» la compagnie aérienne dont il est encore actionnaire à 15%. Au journal Le Monde, le ministre a déclaré «l’Etat est dans son rôle» en rappelant à Air France les enjeux industriels de son choix. Rappelons qu'actuellement, la flotte long-courrier d'Air France-KLM est composée de 67 avions Boeing contre 37 Airbus seulement. Quant à KLM, sur 205 avions, la compagnie néerlandaise ne compte que 10 Airbus.Il faut dire que la compagnie franco-néerlandaise négocie actuellement l’achat d’une centaine de long-courriers. Le montant de cette commande pourrait dépasser tous les records. A 236 millions de dollars l’A350 de base, la note atteindrait les 24 milliards de dollars. Elle serait de toute façon de 20 milliards dollars si la compagnie décidait de se contenter d’A330.
Air France-KLM dans une passe difficile
Pareil investissement engage la compagnie sur du très long terme, et il est évident que son actionnaire a son mot à dire. D’ordinaire, n’importe quel actionnaire se préoccuperait de l’impact financier et stratégique d’un tel achat sur le bilan de la société et la rentabilité à terme. Ainsi, la mise en concurrence de deux fournisseurs assure à la compagnie française des économies substantielles sur le prix d’achat. Et ces économies ne seront pas un luxe pour Air France-KLM confrontée à de grosses difficultés : un marché européen stagnant, la montée en puissance des compagnies low cost sur son marché domestique, l’offensive des compagnies du Golfe sur le marché long-courrier
je rappelle que 95% des avions que nous produisons sont exportés 
A l’inverse, EADS vient d’engranger des commandes record. Plus de 80 milliards de dollars de contrats ont été signés en quelques jours, à l’occasion du salon aéronautique du Bourget. Le constructeur aéronautique se porte donc plutôt bien. Certes, l’A350 doit encore faire ses preuves. Il est néanmoins stratégique pour Airbus dont le catalogue souffre d’un vide entre le segment de l’A380 (très gros porteur, long courrier) et les A330 (long-courrier, moyen porteur). Boeing domine le segment des gros porteurs long-courriers grâce à son B747, dont les volumes de ventes sont plus importants que l’A380. Il sera d’ailleurs renouvelé avec le Dreamliner, et ce, deux ans avant le lancement de l’A350 en 2013, son concurrent direct. Le succès commercial de l’A350 sera donc extrêmement important pour Airbus qui a investi près de 10 milliards d’euros dans ce programme.
Un contrat avec American Airlines en danger
Il n’en reste pas moins qu’Airbus n’a pas intérêt que les Européens s’enferment dans un protectionnisme primaire. Louis Gallois, PDG d’EADS, l’a répété : «je préfèrerais bien sûr qu’il (Air France-KLM, NDLR) choisisse nos avions, mais je vous rappelle que 95% des avions que nous produisons sont exportés». L’entreprise est en train de négocier un contrat géant avec American Airlines qui souhaite renouveler sa flotte de moyen-courriers, soit 200 avions pour plus de 15 milliards de dollars. La compagnie américaine, qui s’est toujours exclusivement fournie chez Boeing, regarde avec bienveillance l’A320 NEO, la nouvelle version du moyen-courrier européen plus économe en carburant. L’échec sur les avions ravitailleurs du Pentagone au profit de Boeing ne pourrait en aucun cas motiver un repli protectionniste européen. Airbus pourrait ainsi être éliminé sur tous les marchés américains et marchés sous influence de Washington. Pour Louis Gallois, les députés français doivent prendre garde à ne pas tirer dans leur propre camp… Après tout, l’A350 a déjà été précommandé à près de 600 exemplaires…
Nabil Bourassi
Publié le 06 Juillet 2011







