Carrefour essuie un échec cuisant au Brésil
(Easybourse.com) Fin d'un long combat pour le groupe Carrefour, qui n'a pas réussi à faire valider le projet de fusion entre Grupo Pao Açucar (GPA), premier distributeur brésilien, et sa filiale locale Carrefour Brésil. Le groupe Casino, actionnaire à 43% de GPA, s'est ardemment opposé au projet. Un nouveau coup dur pour Carrefour qui affiche des résultats en baisse.
L’association entre GPA et Carrefour aurait dû donner naissance à la société Novo Pao Açucar et réaliser un chiffre d’affaires de plus de 30 milliards d’euros. Carrefour et Abilio Diniz (actionnaire de GPA) estiment que la nouvelle entité pouvait potentiellement s’arroger 32,3% du marché de la distribution brésilien, soit beaucoup plus que leur part de marché actuelle cumulée (à hauteur de 14% chacune environ).Rêve brisé, puisque le conseil d’administration de GPA, dominé par le groupe Casino (plus de 43% du capital du distributeur brésilien), s’est opposé au projet ce mardi. Suite à cette décision, la BNDES, l’équivalent brésilien de la Caisse des Dépôts, qui devait financer cette nouvelle société à hauteur de 2 milliards s’est retiré du projet.
Un projet insensé pour Casino
Dans un communiqué publié par le groupe, ce mardi, le projet de fusion entre GPA et Carrefour a été jugé «contraire à l’intérêt de GPA et de ses actionnaires». Le groupe en énumère, point par point, les désavantages et incohérences.
Tout d’abord, le projet se baserait sur une zone géographique en déclin, où les parts de marché de GPA sont en décroissance continue, passant «de 56% à 54% entre 2008 et 2010, soit une croissance inférieure à celle du marché d’environ 5 points». Le groupe surenchérit notant que «les synergies annoncées sont fortement surévaluées». Celles-ci sont évaluées à 3,2% du chiffre d’affaires alors que Casino constate une moyenne de 1% sur une dizaine d’opérations comparables. Le groupe dirigé par Jean-Charles Naouri n’hésite pas à accabler Carrefour, rappelant «qu’aucune augmentation de la marge opérationnelle n’avait été réalisée 2 ans après la fusion Carrefour/Promodès alors même qu’un niveau de 2,3% du chiffre d’affaires européen avait été initialement annoncé».
Pour Casino, ce projet semble également difficile à mettre en œuvre et présente de gros risques pour GPA. Le management travaillant déjà à l’intégration du groupe Nova Casas Bahia, le pôle d’activités non-alimentaires de la société, l’ajout «d’un second défi managérial est aujourd’hui prématuré». Le distributeur stéphanois fait également remarquer que GPA et Carrefour sont des concurrents frontaux et non complémentaires. «40% des magasins sont présents dans une même zone de chalandise», note Casino.
Le conseil d’administration de GPA ne souhaite pas s'unir avec Carrefour par crainte de perdre le contrôle de ses actifs. Son bilan se réduirait ainsi à 50% de ses actifs brésiliens et 11,7% de Carrefour. C'est l’attractivité du titre qui serait détériorée.
Une défaite qui renforce les doutes sur Carrefour
Déjà tourmenté par ses mauvaises performances au premier semestre 2011, le grand groupe de distribution français accuse un nouvel échec. Le chiffre d’affaire (hors essence et à magasins comparables) est en baisse de 0,5% en France et chute même de 3% en Europe (Hors France). Il se maintient grâce aux ventes dans les pays émergents comme l’Amérique Latine (+6,9%) et l’Asie (+0,9%). Le chiffre d’affaire global du groupe recule donc légèrement de 0,1%.
L’abandon du projet tombe mal puisque le partenariat avec GPA devait assurer au groupe une place de quasi-numéro 1 au Brésil, un des marchés les plus gros au monde (plus de 175 milliards d’euros), donnant le temps au groupe de se repositionner stratégiquement sur les marchés français et européen.
Pierre Bouchut, directeur financier du groupe, interrogé ce mercredi, confessait également que «des erreurs de management» et «des coûts de travail additionnels» étaient survenus au cours du premier trimestre dans un «environnement concurrentiel encore plus compétitif », ce qui expliquerait en partie les résultats décevants de Carrefour.
Les investisseurs de plus en plus nerveux...
L’annonce des résultats semestriels du 31 août sont désormais très attendus par les investisseurs qui s’interrogent de plus en plus sur la visibilité des dirigeants de Carrefour sur le plan stratégique. La qualité des résultats financiers sera également décisive pour l’action du distributeur qui n’a cessé de baisser ces six derniers mois (-35%). Quelques jours après l’annonce du retrait du projet, ce vendredi vers 16h30, le titre Carrefour s’échangeait à 21,655 euros pour une perte de 0,78%.
Léa Deglaire
Publié le 15 Juillet 2011







