Renault poursuit sa percée à l'international, sans enrayer son déclin en Europe
(Easybourse.com) Le constructeur espère que les ventes rebondiront au second semestre en Europe. Le groupe consent actuellement d'importantes ristournes qui risquent de peser sur les résultats financiers. Bonne nouvelle: les ventes à l'international ont augmenté de 20%.
«Jamais Renault n’aura vendu autant de véhicules sur un premier semestre», a martelé Jérôme Stoll, directeur commercial du groupe Renault. C’est le message que la firme de Boulogne-Billancourt veut que les médias relaient. Il est vrai qu’avec 1,4 million d’immatriculations les ventes sont historiques pour le constructeur automobile français. Elles progressent de 1,9% par rapport au premier semestre 2010.Ces chiffres consacrent la montée en régime des implantations hors d’Europe qui représentent désormais 40% des ventes de Renault, soit 6 points de plus en un an. Le groupe français profite en effet de la dynamique des pays émergents. En Turquie, le marché a augmenté de 51%, soit une véritable aubaine pour Renault qui revendique la première place avec plus de 16% de parts de marché. En Amérique Latine comme en Russie, en passant par l’Iran, l’international a permis au groupe d’augmenter ses volumes de vent de plus de 20% avec 542 000 immatriculations. Au Brésil, les ventes ont progressé de 24% et porte sa part de marché sur le continent Sud-américain à 5,7% (+0,8 points). En Russie, la hausse est de 76%, soit une part de marché de 6%. Renault devient ainsi la 3è marque du pays. La première place étant occupée par Lada, qu’il contrôle par ailleurs via une participation majoritaire.
Le Vieux Continent en déclin
De quoi compenser l’inquiétant recul des ventes en Europe. La chute est de 7,4% sur l’ensemble du semestre. La communication du groupe insiste pour réaffirmer que la marque au losange reste numéro un sur les voitures utilitaires qui profitent du rebond de l’activité en Europe, et enregistre des ventes en hausse de 7%. Le groupe confirme ainsi sa position de leader européen sur ce
nous avons sous-estimé la vivacité du marché, et n’avons pas été assez réactif sur notre appareil industriel d’où des retards d’approvisionnement 
Sur le segment des voitures particulières, Renault accuse un rude coup sur la période. Les ventes ont baissé de 9,6%, et la part de marché a reculé de 0,8 point (9,4%). Jérôme Stoll a recusé l’idée que les clients se sont détournés de la marque. «Nous n’avons pas manqué de client, la preuve, notre carnet de commande fin juin est supérieur de 18% à la même période l’année dernière » a-t-il affirmé. Une explication un peu facile compte tenu du fait que depuis la fin mai, Renault applique des ristournes exceptionnelles sur son entrée de gamme. Pour une Clio III, les consommateurs peuvent profiter de réductions de 45% sur le prix catalogue initial. Mieux ! La Twingo est désormais moins cher que la Dacia Logan, le premier prix du constructeur low-cost, filiale de Renault. Cette politique tarifaire a été consentie face au déclin des ventes, et afin de ne pas rompre la chaîne industrielle.
Pour la direction, les difficultés commerciales de Renault résultent d’une mauvaise gestion des approvisionnements. Le groupe préfère d’ailleurs reconnaître des prévisions erronées que remettre en cause sa politique commerciale : «nous avons sous-estimé la vivacité du marché, et n’avons pas été assez réactif sur notre appareil industriel d’où des retards d’approvisionnement» a indiqué le directeur commercial de Renault. D’après lui, le marché français est au plus haut depuis dix ans, ce qui paraissait peu probable l’année dernière alors que la prime à la casse touchait à sa fin. «Nous avons été d’autant plus touché que nous avons commencé l’année avec des stocks très bas», a-t-il déclaré. Il a également précisé que le groupe a essentiellement manqué de moteurs diesel, justifiant des promotions surtout sur des motorisations essence.
La déception Dacia
Pour la mauvaise surprise Dacia, qui accuse une baisse des volumes de quasiment 3%, le groupe met en avant le même discours sur les difficultés d’approvisionnement de moteurs diesel. La marque roumaine a d’autant plus souffert que son unique usine de Pitesti est à saturation. Elle en est réduite à attendre désormais la mise en service de l’usine de Tanger en 2012 et sa montée en régime graduelle jusqu’en 2014. Pour Jérôme Stoll, les ventes de Dacia auraient progressé de 5% si les capacités de production étaient existantes. Il faut compter 3 ou 4 mois pour se faire livrer un Dacia Duster.
La Corée du Sud n’est plus le troisième marché de Renault. C’était un des atouts du constructeur français via sa filiale Renault Samsung Motors. Mais la marque a souffert d’une concurrence accrue et du séisme japonais qui a désorganisé les chaînes d’approvisionnement automobile en Asie, notamment en provenance de Nissan.
Pour le second semestre, Renault compte sur la résolution de l’essentiel des problèmes d’approvisionnements pour assurer une meilleure adéquation avec la demande. Le constructeur doit également déployer sa gamme de voitures électriques avec les lancements de Kangoo Z.E. (zéro émission), Fluence Z.E. (ci-contre) et Twizzy avant la fin de l’année. Les objectifs de ventes devraient également être favorisés par la poursuite de la dynamique sur les marchés émergents. Renault continue ainsi de tabler sur des ventes record en 2011 estimant que les principaux marchés internationaux feront mieux encore que prévus initialement. Le haut niveau du carnet de commande permet en effet d’être optimiste, mais au vu des promotions consenties, ce sont les résultats financiers qui risquent de ne pas être au rendez-vous…
Nabil Bourassi
Publié le 11 Juillet 2011
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