La Cour des Comptes veut un débat transparent sur l'avenir de la filière nucléaire
(Easybourse.com) Rendu public après huit mois de travail, le rapport de la Cour des comptes sur la filière électronucléaire rassemble toutes les données factuelles disponibles actuellement sur les coûts passés, présents et futurs, de la production d'électricité nucléaire en France. Pour la Cour, l'objectif est d'obtenir qu'une stratégie énergétique soit formulée, débattue et adoptée en toute transparence et de manière explicite par l'Etat.
Les ambitions du rapport de la Cour des comptes sur les coûts de la filière électronucléaire française étaient importantes. Après lecture, elles s'avèrent essentielles pour mieux comprendre les enjeux autour de la question énergétique.Au-delà des fantasmes voire des croyances sur le nucléaire, le travail de la Cour apparait salutaire pour nombre de détracteurs de la filière, tant les sages de la rue Cambon ont pris soin de s'appuyer sur des données d'une rigueur irréprochable.
Dépenses volatiles
Les magistrats de la Cour sont parvenus à établir un bilan des dépenses reprenant depuis l'origine les coûts de la filière. Ainsi, la Cour estime que "le montant total de construction des installations [...] s’est élevé à 121 milliards d'euros (hors construction de Superphénix)".
Dans le détail, la construction des centrales nucléaires, au nombre de 58 pour 62 510 mégawatts (MW), "a coûté 96 milliards d'euros", à quoi il faut ajouter 6 milliards d'euros pour le coût de la première génération de centrale. Enfin, la mise en place de la filière de retraitement qu’exploite aujourd’hui AREVA, représente "un coût pour la France de 19 milliards d'euros".
C'est au niveau du coût de construction au mégawatt que les hausses dans le temps sont les plus notables, comme le prouve le coût de construction initial, de 1,07 millions d'euros/MW en 1978 (Fessenheim) passé à 2,06 millions d'euros/MW en 2000. Quant à l'EPR, en prenant un coût de construction "estimé à 6 Md€ pour l’EPR de Flamanville (tête de série)" pour 1 630 MW, "le coût au MW est de 3,7 millions d'euros".
Coûts futurs incertains
En dépit de "charges courantes d’exploitation bien cernées" et de dépenses de recherche et développement "importantes", à hauteur de 188 milliards d'euros au total, les magistrats de la Cour relèvent que les charges futures sont "incertaines par nature".
Ainsi le total de ces charges à fin 2010 "est estimé à 79,4 milliards d'euros, dont 62 milliards pour EDF". Parmi ces coûts futurs, les dépenses de «démolition» des centrales sont estimées aujourd’hui à 18,4 milliards d'euros (charges brutes). Or la Cour, qui jugent pertinentes les méthodes utilisées par EDF pour ce calcul, "ne peut pas en valider les paramètres techniques, en l’absence d’études approfondies par des experts".
Enfin, l'autre coût futur important touche à la gestion à long terme des déchets, pour un coût estimé à 28,4 milliards d'euros. "Cette estimation est fragile, considère la Cour, car le projet envisagé pour le stockage des déchets à vie longue [...] n’est pas encore définitif". Au total, "la Cour estime que les risques d’augmentation de ces charges futures sont probables".
Coûts en hausse
La Cour des comptes rappellent que "le programme d’investissements de maintenance d’EDF, pour les années 2011–2025 s’élevait à 50 milliards d'euros". Or d'après les magistrats de la rue Cambon, en prenant en compte la rémunération du capital, "selon la méthode dite du coût courant économique qui reflète l’ensemble des coûts sur toute la durée de fonctionnement du parc et permet des comparaisons entre modes d’énergie", le coût moyen du MWh produit s’élève à 49,5 euros (données 2010). Ainsi, "si l’impact de l’évolution des charges futures liées au démantèlement et à la gestion des déchets est limité, à l’inverse l’évolution des investissements de maintenance est nettement plus sensible, de l’ordre de 10% du coût moyen."
Choix stratégiques difficiles
Au total, l'analyse de la Cour des comptes démontre "que la durée de fonctionnement des centrales du parc actuel constitue une donnée majeure de la politique énergétique", dans la mesure où plus cette durée est longue et plus les investissements se trouvent amortis sur un plus grand nombre d'années.
Reste que la Cour estime aussi qu’à travers "l’absence de décision d’investissement, une décision implicite a été prise qui engage déjà la France : soit à faire durer ses centrales au-delà de 40 ans, soit à faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, ce qui suppose des investissements complémentaires."
Or quelque soient les choix retenus, des investissements importants sont à prévoir à court et moyen terme représentant, avec "a minima, un doublement du rythme actuel d’investissement de maintenance". un doublement qui fera "augmenter le coût moyen de production de l’ordre de 10%".
En conclusion, la Cour juge donc "souhaitable" que les choix d’investissements futurs "ne soient pas effectués de façon implicite mais qu’une stratégie énergétique soit formulée, débattue et adoptée en toute transparence et de manière explicite."
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Publié le 01 Février 2012
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