Hedge funds : une nouvelle capacité financière qui pourrait s'avérer gravement nocive
(Easybourse.com) Parmi les éléments qui expliquent la ruée des investisseurs vers les actifs à risque, malgré les récents évènements au Japon, les troubles géopolitiques au Moyen Orient, la crise de la dette dans la zone euro, et plus récemment malgré la perspective négative de Standard & Poor's sur la notation des Etats-Unis, nous trouvons la capacité financière des hedge funds. Cette capacité serait à l'origine d'une véritable bulle spéculative qui pourrait exploser à tout moment.
Selon le cabinet spécialisé HFR, autrement dit l’obervatoire qui suit les mouvements des hedge funds, le montant des actifs gérés par ces fonds spéculatifs vient de passer la barre des 2000 milliards de dollars.Le précédent record date de juin 2008, juste avant la déroute de Lehman Brothers. Les actifs avaient un atteint un total de 1.930 milliards de dollars. «On vient donc dans le monde de la spéculation d’effacer complètement la crise» commente Marc Fiorentino sur BFM TV.
Les hedge funds sont parvenus à traverser la pire crise de leur histoire. Les sorties nettes avaient été de 155 milliards de dollars, et de 131 milliards en 2009.
Les souscriptions sont revenues en 2010. 55 milliards de dollars ont été enregistés l'année dernière. Pour le cabinet HFR l’année 2011 s'annoncerait meilleure avec déjà 32 milliards de dollars de collecte.
«Le montant de 2000 milliards de dollars ne suffit pas à lui seul à expliquer les mouvements observés sur les actifs à risque. Cependant lorsqu’on parle de hedge funds, on parle d’effet de levier. Il est possible d’intervenir sur un volume qui représente 10 fois, voir 20 fois plus que le montant de 2000 milliards de dollars. On serait donc face à une capacité financière située entre 10 000 et 20 000 milliards de dollars» développe Marc Fiorentino.
Selon le président d’Euroland, il ne fait nul doute que les hedge funds alimentent une bulle que ce soit sur l’or, l’euro, ou le pétrole. «Cette bulle finira certainement par exploser comme toutes les bulles spéculatives, mais aucun moyen de savoir quand».
«On félicite le G20 pour sa lutte contre la spéculation» ironise Marc Fiorentino.
Philippe Waechter, responsable des études économiques chez Natixis AM, ne partage pas forcément cet avis.
D’une part, si le montant est considérable pour autant il est également compréhensible. «Le succès des hedge funds se justifie par la vision plus globale et donc moins compartimentée de leurs gérants. Une vision pertinente qui s’inscrit en ligne avec la nouvelle dynamique économique mondiale. Il n’est pas illogique que les investisseurs aient envie d’avoir cette approche qui prenne à la fois en compte les marchés développés et les marchés émergents».
Pour l’économiste de Natixis, si ces fonds accentuent les mouvements sur les marchés, ils ne les créent pas. «Il existe des sources de fragilité, des interrogations qui expliquent fondamentalement l’envolée du prix de l’or ou encore du pétrole».
Par ailleurs, il n’est pas évident aujourd’hui d’envisager quel serait le facteur qui amènerait les investisseurs des hedge funds à changer leur fusils d’épaule et qui en cela déclencherait une rupture.
Pour autant, Philippe Waechter ne nie pas le risque de dérapage que cette capacité financière suppose. Un risque d’autant plus accentué par le fait que l’industrie des hedge funds apparait bien plus concentrée qu’avant la crise. Les grands hedge funds (de taille supérieure à 5 milliards de dollars) ont vu leur emprise s'accroître sur le secteur depuis 18 mois. Ils se partagent ainsi un peu moins des deux tiers des actifs totaux de l’industrie.
En cela «il faudra rester attentif pour éviter que la situation ne dégénère» conclut l'expert.
Imen Hazgui
Publié le 21 Avril 2011





