Banques : pourquoi les stress tests n'ont pas rassuré les marchés ?
(Easybourse.com) BBVA, Santander ou Intesa qui s'en sortent haut la main, un établissement sur quatre considéré comme fragile, huit banques défaillantes, dont cinq banques espagnoles et seize institutions figurant dans une zone grise avec un ratio compris entre 5 et 6%... Tels sont les principaux résultats des stress tests bancaires publiés vendredi dernier. Des épreuves qui n'ont pas servi à grand-chose pour beaucoup et qui n'ont certainement pas mis à l'abri les banques d'une défiance des investisseurs. En cause, une crise de liquidité entamée depuis une semaine qui pourrait bien s'accentuer si aucune réponse crédible des responsables de la zone euro n'est apportée dans les semaines à venir.
Les stress tests bancaires dont les résultats ont été publiés vendredi 15 juillet par l’Autorité bancaire européenne n’auront eu que pour seul mérite d’apporter de la transparence. Et encore !Si pour Georges Pauget, Président d’Economie Finance et Stratégie, ces examens auront permis de connaitre le détail, banque par banque, des expositions aux dettes des pays les plus fragilisés. Pour Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue, nous n’avons pas vraiment eu de scoop à ce sujet. «Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Pour ce qui est des banques françaises, celles-ci avaient déjà annoncé leur exposition dans le cadre de la publication de leurs résultats trimestriels. Pour ce qui est de l’ensemble du secteur bancaire, on avait déjà une estimation de 90-100 milliards d’euros d’exposition pour l’ensemble du secteur sur la Grèce. Nous en sommes très proches ».
Alors que BBVA ou Santander figurent parmi les établissements qui se sont le mieux tirés, ou que Crédit Agricole signe la tête du palmarès des banques françaises les plus résistantes, les nouvelles n’ont pas été des plus surprenantes, loin s’en faut.
«BBVA et Santander étaient considérées dans le milieu comme extrêmement solides, très performantes dans leur rentabilité, peu exposées en termes de risques, et ayant un modèle de banque universelle multi métiers, et multi pays» indique alors Nicolas Mérindol, vice président de Banca Leonardo France, entendu ce matin sur BFM Business.
«On a pris en compte le groupe Crédit Agricole et non le véhicule coté Crédit Agricole SA. Si l’on avait considéré que cette entité, il est probable que les résultats eurent été inférieurs» précise de son côté Christophe Nijdam.
Un important risque de liquidité totalement méconnu
Ces stress tests ont certes répondu à des interrogations, mais pas aux bonnes. Une des critiques majeures que l’on peut alors adresser à ces évaluations c’est de ne pas avoir considéré le risque de liquidité.
Or, estime Christophe Nijdam, nous sommes en plein dedans. «Nous connaissons depuis près d’une semaine la quatrième crise de liquidité. Les trois premières crises sur le plan historique ayant été la crise de Lehman en septembre 2008, la crise grecque en mai 2010, la crise irlandaise en novembre 2010».
Une des manifestations de cette crise de liquidités c’est l’impossible accès pour de nombreuses banques de l’Europe du Sud au financement sur le marché interbancaire. Ces institutions étant contraintes d’aller rechercher des fonds auprès de la BCE.
Même si elle est encore loin d’être similaire à la crise de liquidité qui a prévalu à la suite de la déroute de Lehman Brothers en septembre 2008, selon Georges Pauget, Christophe Nijdam et Nicolas Mérindol nous ne sommes pas à l’abri d’un dérapage.
«Dans un scénario de contagion, possible, même s’il n’est pas le plus probable, les banques européennes ont un point de vulnérabilité au niveau de la liquidité parce qu’elles sont largement dépendantes dans le cadre de leur refinancement à court terme, des SICAV monétaires américaines, les US money market funds.
A fin mai,près de la moitié des actifs sous gestion de ces SICAV monétaires américaines était investi dans des certificats de dépôts, billets de trésorerie et autres repurchases agreements de banques européennes, dont 15% pour les seules banques françaises.
Toute détérioration de la situation liée à la zone euro pourrait avoir pour impact une crainte accrue de ces SICAV qui pourraient décider de réduire leur contribution au refinancement des banques européennes en ne renouvelant pas le rachat du papier qui arrive à échéance» développe alors Christophe Nijdam.
La situation est jugée extrêmement délicate. «Les indicateurs de tension sur le marché du refinancement sont à des niveaux très élevés » constate Georges Pauget.
Ce dernier ajoute, «quand on a présenté les causes du gel du marché interbancaire en septembre 2008, on a souvent omis de dire que ceux qui étaient les apporteurs de capitaux au système bancaire étaient essentiellement les acteurs étrangers. Au-delà des fonds monétaires américains, les investisseurs institutionnels asiatiques ont à ce jour également levé le pied.
Ce moindre approvisionnement de la zone euro est en cela une source supplémentaire de tension en particulier pour les refinancements en dollars».
Pour les trois experts, un effet de contagion pourrait amener à la catastrophe. Cette contagion trouverait alors son origine dans un défaut partiel de la Grèce. «Un tel défaut pourrait envoyer un signal négatif au marché et conduire à un effet de contagion. Les investisseurs, notamment les SICAV monétaires américaines, se disant que puisqu’il a été décidé ce défaut sur la Grèce, il pourrait en être de même pour le Portugal et l’Irlande» met alors en garde Christophe Nijdam.
«Un défaut de la Grèce reviendrait donc à un cataclysme. Plus aucune banque ne prêterait à sa voisine. Le système bancaire européen n’est pas capable d’encaisser un tel choc» s’alarme Nicolas Mérindol.
L’enjeu du sommet extraordinaire des chefs de gouvernements de la zone euro prévu ce jeudi sera considérable. La mise en place d’un dispositif fédéral est grandement attendue.
Sommes-nous suffisamment au bord du gouffre pour imaginer de réaliser ce grand pas en avant ? La difficulté est, semble-t-il qu’on ne sait pas exactement où est le bord du gouffre.
Sur le Cac 40, les valeurs bancaires ont terminé la séance d’aujourd’hui dans le rouge. Société Générale a décliné de 5,48%, Natixis de 4,63%, Crédit Agricole de 3,24%, et BNP Paribas de 3,39%.
A lire également l'interview de Christophe Nijdam, analyste secteur bancaire au sein d'AlphaValue : "Banques européennes : nous connaissons, depuis près d'une semaine, une quatrième crise de liquidités"
Imen Hazgui
Publié le 18 Juillet 2011







