Pourquoi et comment recapitaliser les banques ?
(Easybourse.com) Face aux risques de contagion de la crise grecque, les dirigeants européens évoquent une « recapitalisation » du secteur financier. Pourquoi ce soutien alors que les finances publiques sont en mauvais état ? Quels sont les établissements concernés ? Explications.
Ces derniers jours, les dirigeants européens ont multiplié les appels à une recapitalisation du secteur bancaire. «Il est justifié, s'il y a un constat commun que les banques ne sont pas assez capitalisées, que l'on y procède, compte tenu de la situation actuelle sur les marchés financiers», a déclaré mercredi à Bruxelles la chancelière allemande, Angela Merkel.La veille, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, avait lui aussi appelé de ses voeux un tel plan et invité les Etats européens à coordonner leur action en vue de recapitaliser les banques du continent.
«Le temps presse pour prendre des décisions. S'il le faut, je suis disposée à en parler au sommet européen» (des 17 et 18 octobre), a ajouté Angela Merkel lors d'une conférence de presse avec le président de la Commission José Manuel Barroso, en précisant que son gouvernement se tenait prêt à aider les établissements allemands.
Une solution moins coûteuse que l'aide aux Etats
Ces propos semblent avoir pris de court les dirigeants français qui continuent à répéter que les établissements hexagonaux n’ont pas besoin d’aide, compte tenu des efforts qu’ils ont eux mêmes consentis pour renforcer leurs fonds propres. Pourtant, les banques françaises restent au centre des inquiétudes des marchés, qui fustigent leur exposition aux dettes souveraines grecque, italienne et portugaise, mais également le maintien dans leur bilan d’actifs toxiques hérités de la crise de 2008.
«Même en cas de défaut de l’Italie, le système reste solvable, car au fond, les banques (françaises) détiennent peu de dette publique», tempèrent les économistes Augustin Landier et David Thesmar, auteurs d’une tribune en faveur de la recapitalisation dans le Monde daté du 28 septembre. «Le vrai danger, c’est la contagion : via le défaut de banques grecques ou irlandaises, le reste du système bancaire européen pourrait être touché.»
Selon eux, mieux vaut donc renflouer les banques, y compris françaises, plutôt que l’Etat grec, sachant que ce dernier risque de toute façon de faire défaut. «L’échelle requise pour ces recapitalisations (bancaires, ndlr), entre 200 et 400 milliards selon les estimations, est beaucoup plus faible» que celle évoquée pour garantir les dettes souveraines en Europe, environ 2000 milliards d’euros, précisent-ils.
De son côté, le FMI estime le besoin de recapitalisation des banques européennes entre 100 et 200 milliards d’euros, «ce qui est très très faible par rapport à la taille des marchés de capitaux en Europe et par rapport aux ressources du nouveau FESF renforcé», a commenté son directeur pour l’Europe, Antonio Borges, dans une interview à Reuters.
Reste à déterminer les modalités de ces recapitalisations. Celles-ci pourraient se traduire par des nationalisations, au moins partielles, les Etats entrant au capital des banques à hauteur de l’argent qu’ils y auront injecté. Mais de telles mesures ne vont pas de soi et comportent des risques. L’exemple de Dexia est là pour le rappeler : la banque franco-belge, secourue en 2008, est aujourd’hui au bord du démantèlement...Aider les banques ou aider la Grèce, le choix est cornélien.
A lire aussi: Entre 2007 et 2011, le secteur bancaire en Europe a détruit 86% de sa valeur
François Schott
Publié le 06 Octobre 2011
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