Livret A : la polémique continue sur fond de collecte record
(Easybourse.com) Les encours du livret A ont dépassé pour la première fois les 200 milliards d'euros en février. Mais la collecte sert de moins en moins à financer des missions d'intérêt général, déplore la Caisse des Dépôts.
Grâce à leur revalorisation au 1er février (de 1,75% à 2%), les livrets d’épargne réglementée (livret A, LLD) connaissent un net regain d’intérêt auprès des épargnants. Sur les deux premiers mois de l’année, les dépôts ont pratiquement égalé ceux de l’ensemble de l’année dernière. La collecte s’est ainsi montée à 5,9 milliards d’euros en janvier-février portant l’encours total à 269,7 milliards, dont 200,8 milliards sur le seul livret A. Du jamais vu depuis la création du placement préféré des Français en 1818.Or, le 17 février est paru au Journal au Officiel un décret modifiant les règles d’utilisation des fonds du livret A. Historiquement, l’épargne collectée par les banques sur ce produit était « centralisée » à la Caisse des Dépôts et consignations afin de servir au financement de missions d’intérêt général (logement social, politique de la ville, rénovation des universités et des hôpitaux, …). Mais depuis 2008 et la banalisation du livret A, seuls les deux tiers (65%) des sommes sont effectivement remontées à la CDC, le reste étant conservé par les banques pour financer les prêts aux TPE-PME.
"Des missions essentielles ne pourront pas être assurées"
Le décret n’a pas modifié cet état des choses alors que certains responsables politiques plaidaient pour un relèvement du taux de centralisation, conformément à ce qu’avait promis le gouvernement il y a trois ans. Compte tenu des besoins croissants de la politique de la ville et du logement social, certains craignent que ces politiques n’accaparent l’ensemble des ressources de la CDC, au détriment d’autres missions d’intérêt général.
«Selon le dispositif prévu par le décret, des missions aussi essentielles que le financement des hôpitaux, des transports publics en site propre ou la reconstruction des universités ne pourront pas être assurés», a prévenu le député PS Jean-Pierre Balligand, membre du comité de surveillance de la Caisse des Dépôts, au lendemain de la parution du décret dans une interview aux Echos. Pour le moins sceptique sur l’utilisation faite par les banques des fonds d’épargne réglementée, il a ajouté: «A partir du moment où le décret laisse une partie des sommes collectées à disposition des banques, il crée une insécurité juridique puisqu’il est de notoriété publique que cet argent ne va pas servir à financer des missions d’intérêt général. Or la défiscalisation du livret A n’a de sens que si elle sert à financer de telles missions».
Du côté des banques, on insiste sur le caractère stratégique des fonds du livret A dans le contexte actuel de durcissement des exigences de solvabilité (Bâle III). Sans ces fonds, c’est le financement de l’économie qui serait remis en cause, plaident-elles. Un argument qui n’empêche pas de nombreux patrons de PME de se plaindre des difficultés à obtenir les prêts nécessaires à leur survie.
François Schott
Publié le 23 Mars 2011





