EDF: une valeur difficile à suivre
(Easybourse.com) La publication des résultats semestriels d'EDF a permis de mettre en évidence les principales interrogations sur l'opérateur historique français: son avenir en France via l'application de la Loi Nome et sa stratégie de développement dans le nucléaire... Explications
Chiffres en ligne
Pour la plupart des analystes, et notamment l'équipe Utilities d'Exane BNP Paribas, les résultats semestriels d'EDF "sont en ligne avec les attentes au niveau de l'EBITDA". Et pour cause. Au premier semestre, l'opérateur historique a dégagé un bénéfice net en progression de 54%, à 2,6 milliards d'euros, malgré un léger repli de son chiffre d'affaires (-0,2%) qui a atteint 33,5 milliards d'euros.
Une performance que les analystes d'Exane attribuent principalement à "une production d'énergie nucléaire plus élevée en France et au Royaume-Uni" et à des exportations plus importantes. Le climat ayant été plus clément en France au second trimestre, "EDF a moins vendu au tarif en vigueur en France, ce qui lui a permis de vendre en exportant à un prix plus élevé".
EDF a moins vendu au tarif en vigueur en France, ce qui lui a permis de vendre en exportant à un prix plus élevé 
Ces résultats sont donc en ligne avec les prévisions des analystes, voire même "un peu meilleur concernant le résultat net". Et le mouvement devrait se poursuivre, pronostiquent-ils, "EDF a en effet relevé ses hypothèses de production nucléaire, qui passeraient de 411 à 418 térawatts-heure contre 408 à 415 auparavant".
Un autre bémol a néanmoins été relevé par les analystes d'Exane. D'après eux, "ce qui est vraiment important, ce sont les nouvelles guidances qu'EDF a présentées vendredi, avec un EBITDA de 4 à 6% qui va croitre vers 2011-2015, et une dette en progression de 5 à 10% sur cette période. Cela parait rassurant, mais c'est largement en-dessous du consensus qui tablait sur 13% de croissance du CA d'ici 2013, ce qui est plutôt gênant..."
Nucléaire: les engagements
Au-delà de résultats finalement prévisibles, la direction d'EDF a profité de leur publication pour présenter le très attendu "nouveau plan stratégique 2011-2015".
Et à en croire le communiqué du groupe, EDF entend réaliser "les investissements nécessaires à la bonne exploitation des centrales, à l’augmentation de capacité et à la prolongation de leur durée de fonctionnement au-delà de 40 ans, et intègrera les enseignements liés à Fukushima".
EDF réalisera les investissements nécessaires à l’augmentation de capacité et à la prolongation de la durée de fonctionnement à 60 ans 
Un montant qui devrait être porté "entre 3,4 et 3,6 milliards d’euros en 2015". Résultat attendu par l'opérateur historique, "l'extension de la durée de vie des centrales à 60 ans".
Nucléaire: les incertitudes
Mais les inconnues demeurent, n'en déplaise au PDG du groupe, Henri Proglio, grand défenseur de la cause nucléaire en France. Ainsi en termes de CAPEX [dépenses d'investissement], relèvent les analystes d'Exane, "la visibilité est quasiment nulle, hormis quelques éléments sur les CAPEX supplémentaires investis pour des questions de sécurité..." Sachant que des "stress tests" doivent encore être menés sur toutes les centrales françaises pour tenir compte du retour d'expérience suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, et que l'on ignore donc quel niveau d'investissements cela représentera in fine.
Rendez-vous le 15 septembre pour en connaître le fin mot, bien qu'aux dires des experts, la facture pourrait atteindre quelque 10 milliards d'euros. Et que d'après Areva, "il faudrait investir environ 200 millions d'euros par réacteur, mais EDF n'a rien confirmé de ce côté-là".
Enfin, Henri Proglio a confirmé son souhait de diversifier les sources énergétiques (hydraulique, énergies renouvelables, centrales à cycle combiné à gaz) et les implantations géographiques d'EDF. Pour ce faire, son groupe devrait investir pas moins de 300 millions d'euros en Grande Bretagne pour le maintien des centrales nucléaires.
Il est très difficile pour le marché de pricer la valeur EDF sur des investissements à horizon 10-15 ans 
Quant à la facture finale de l'EPR de Flamanville, dont EDF est maître d'ouvrage, les doutes persistent. Ainsi, si EDF évalue entre 13 et 15 milliards d’euros en 2015 ses investissements globaux, il y a fort à parier que la facture s'envole encore, y compris pour le client. Pour rappel, les tarifs d’électricité des Français ont augmenté de 3% le 15 août 2010, à nouveau de 3% au 1er janvier dernier et ils devraient encore gonfler au 1er janvier 2012, à moins que le Gouvernement ne joue le statu quo avant les élections présidentielles...
Au total, estime l'équipe Utilities d'Exane BNP Paribas, il apparait aujourd'hui "très difficile pour le marché de pricer la valeur EDF sur des investissements à horizon 10-15 ans, [...] il n'y a donc pas d'engouement particulier à attendre sur le titre EDF, au moins jusqu'aux élections..." concluent-ils.
Nicolas Sandanassamy
Publié le 04 Août 2011







