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Pétrole: qu'attendre de l'après-Kadhafi ?

Pétrole: qu'attendre de l'après-Kadhafi ?

(Easybourse.com) Alors que les rebelles libyens ont pris le pouvoir à Tripoli, les marchés semblent naviguer entre attentisme prudent et optimisme fébrile. Car entre craintes de récession et reprise -progressive?- des exportations libyennes, ils ignorent encore quel sera le facteur le plus déterminant sur les cours de l'or noir. Eclairages.

Interview de Alexandre Andlauer

Interview

Alexandre Andlauer
Analyste financier
AlphaValue

Interview de Francis Perrin

Interview

Francis Perrin
Directeur de la rédaction
Pétrole et Gaz Arabes

Lundi, à l'annonce des avancées décisives des rebelles libyens à Tripoli, les marchés ne savaient plus très bien où donner de la tête, si bien que du côté de Londres, le Brent cédait du terrain alors qu'outre-Atlantique, le light sweet crude oil (WTI) prenait quelques pourcents. Ce mercredi 25 août, la valse-hésitation des marchés persistait, le baril de WTI gagnant du terrain en début de séance, pour finalement céder 1,62% à quelques minutes de la clôture.

Un pétrole à moins de 100 dollars ?

Las, pour les experts, ce sont surtout les craintes de ralentissement de l'économie mondiale et de récession en particulier aux Etats-Unis, qui impactent le plus les cours de pétrole actuellement. Le directeur de la rédaction de la revue Pétrole et Gaz Arabe, Francis Perrin, le confirme: "la baisse de près de 13% du prix du Brent s’explique par des raisons tout autre (que la Libye), à savoir la situation économique, financière et budgétaire de part et d’autre de l’Atlantique".

Il est trop tôt pour parier sur un scenario

En effet, à en croire Alexandre Andlauer, analyste spécialisé dans le secteur chez AlphaValue, "avec une offre plus abondante (que ces derniers mois) de pétrole, et une demande plus faible que prévue (révision baissière du PIB mondial), nous optons plutôt pour une baisse modérée du Brent ces prochains mois."

Il juge d'ailleurs qu'il n'y aura pas "une transformation majeure du marché au niveau mondial [suite à la victoire des rebelles libyens], la Libye ne comptant que pour 2% de la production mondiale". Le sujet étant très politique, le spécialiste pétrole d'AlphaValue considère qu' "il est trop tôt pour parier sur un scenario".

Une baisse de 5-10$ d’ici la fin de l’année, contre un cours actuel de 110$ à ce jour

Reste que les chiffres fournis par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) confirment son analyse, en tablant sur une croissance du PIB mondial autour de 3% contre 4% prévus initialement pour 2011/2012. En outre, l'AIE a également revu à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale pour 2011, passée à +1,4%. Au total estime l'agence, qui représente les intérêts des pays industrialisés, la consommation en 2011 devrait augmenter de 1,2 million de barils par jour (mbj) à 89,5 mbj.

La baisse de prix pourrait donc être "modérée", d'autant que "la demande chinoise continue d’être robuste sur le pétrole, et l’offre peut encore être affectée comme c’est le cas actuellement au Nigéria (Royal Dutch Shell déclare la «force majeure» sur ses exportations), et en Arabie Saoudite qui produit avec une très forte capacité aujourd’hui" précise Alexandre Andlauer.

Au final, l'analyste d'AlphaValue mise sur "une baisse de 5-10$ d’ici la fin de l’année, contre un cours actuel de 110$ à ce jour".

Les valeurs pétrolières en fête ?

Le cours du Brent étant l’indicateur de référence pour connaître les bénéfices des grands groupes pétroliers, la volatilité des cours (perte de 15 dollars en quelques jours) a eu un impact négatif quasi immédiat sur les valeurs comme Total, Shell, BP...

Les bilans des sociétés pétrolières sont très solides

Mais pour Alexandre Andlauer, il s'agit plutôt d' "un excès du marché, dans la mesure où les bilans des sociétés sont très solides, le gearing du secteur (pétroliers intégrés) est de 27%, et le cash disponible autour de 50 milliards d'euros".

Quant aux raffineurs, ils restent "très dépendants de la conjoncture économique avec des coûts fixes très élevés, des surcapacités en Europe…" Une situation qui conduit l'analyste à prédire que "ce secteur enregistrera des pertes cette année (chute des cours de 40-50%)."

La Libye, nouvel eldorado ?

Finalement, à la question de savoir quels sont les pétroliers les mieux armés pour profiter du retour à une certaine stabilité en Libye, Alexandre Andlauer se veut prudent, rappelant que "c'est une fois de plus trop tôt et trop politique pour parier sur quoi que ce soit".

C'est une fois de plus trop tôt et trop politique pour parier sur quoi que ce soit

Pour mémoire, l'italien ENI dispose à cette heure de 13% de sa production dans ce pays, l'autrichien OMV 10%, l'espagnol Repsol 4% et près de 3% pour le français Total. Au vu de ces chiffres, certains experts n'hésitent pas à affirmer que ce sont l’italien ENI et le français Total qui seront les grands bénéficiaires du retour au calme, suivis de Shell et Exxon, au détriment des Russes, des Chinois et des Brésiliens.

Les raffineurs également pourraient profiter de la manne libyenne, "notamment Saras qui dépend fortement du pétrole de bonne qualité en Libye (plus facile à raffiner, moins de traitement) avec 40% de ses approvisionnements". "Malheureusement, précise l'analyste, la baisse de la demande des produits distillés ne permettra pas aux raffineurs de bénéficier pleinement de cet impact."

Et des inconnues majeures demeurent. Il reste notamment très difficile de savoir quand le niveau d'exportation et de production en Libye reviendra à la "normale", autrement dit quand la Libye était, comme en 2009, le 4e plus gros producteur d'or en noir en Afrique (après le Nigeria, l'Angola et l'Algérie).

il faudra compter "six à 18 mois" pour redémarrer la production de pétrole en Libye Paolo Scaroni, directeur général d'ENI

Par ailleurs, les sociétés pétrolières elles-mêmes ignorent encore la situation de leurs infrastructures en Libye, après six mois de conflit. Pour exemple, l'analyste d'AlphaValue invoque ainsi le dernier communiqué de Repsol qui rappelait "son incapacité à contrôler l’état de ses infrastructures. Or, lors de la dernière conférence avec les analystes, elles étaient encore en bon état".

D'après Francis Perrin, le retour à une production d'avant-crise se heurte donc à trois inconnues : "la sécurité et la stabilité politique, les dommages sur les champs pétroliers et le retour au niveau de production initial. A ce jour, ni les autorités ni les compagnies pétrolières libyennes n’ont de réponse précise à ces trois questions, car il faut aller sur le terrain pour le constater."

Globalement, observe l'analyste, "les majeurs pétroliers sont plus optimistes sur le calendrier que ne le sont les experts indépendants du secteur." Ainsi, selon les premiers, la production pourrait reprendre "dans quelques semaines", tandis que les experts du pays parient "sur un retour à la normale sur 12-18 mois".

Nicolas Sandanassamy

Publié le 25 Août 2011

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