Quelles perspectives pour l'économie allemande?
(Easybourse.com) La plus grande économie de la zone euro serait-elle en voie de guérison ? Les opérations, électrochocs et autres perfusions auraient-ils fini par produire leurs effets ? C’est tout du moins ce que laissent penser les chiffres rendant compte de l’évolution de la croissance allemande pour le deuxième trimestre de l’année : + 0,3%, soit la première hausse depuis le premier trimestre 2008, après des baisses de 2,4% t/t au quatrième trimestre 2008 et de 3,5% t/t au premier trimestre 2009 (chiffre révisé en hausse de 0,3 point). Les analystes s’attendaient à une contraction du PIB de 0,2%...
À lire dans ce dossier.
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Interview
Christian Dreger
Senior economist
DIW Berlin
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Interview
Rémy Marcel
Gérant
Crédit Agricole AM
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Interview
Catherine Stephan
Economiste
BNP Paribas
Retrouvez en cliquant ici le papier «Vers la remise en cause d'un modèle économique»
Si les perspectives pour le second semestre de l’année sont positives, des incertitudes portent sur la force et la durabilité du rebond pour 2010. Les faiblesses sont effectivement nombreuses, et des séquelles devraient certainement se faire sentir.
Une reprise plus tôt que prévue
Selon l’estimation préliminaire publiée par l’Office fédéral des statistiques, la croissance du PIB est estimée à 0,3% t/t au deuxième trimestre. Cette hausse a été accueillie comme une bonne surprise. «Nous pouvions envisager d’ici la fin de l’année une croissance séquentielle positive, mais nous l’attendions pour le troisième trimestre» indique Rémy Marcel, gérant Actions Europe au sein du Crédit Agricole Asset Management.
Mais si elle semble indiquer que l’économie du pays a atteint son point bas cyclique, cette croissance est à relativiser dans son ampleur. «Cette augmentation de 0,3% signifie que le PIB s’est accru de 1,5 milliard d’euros en séquentiel, ce qui n’est pas grand-chose» soulève Christian Dreger, économiste Senior à l'Institut allemand pour la recherche en économie de Berlin (DIW). Par ailleurs, en glissement annuel, l’activité reste en repli de 5,9%.
Selon les éléments fournis par l’Office fédéral des statistiques, les exportations, les dépenses de consommation publique et privée, ainsi que les dépenses d’investissement dans la construction, sont les principaux contributeurs de la croissance.
Les dépenses de consommations publique et privée ont augmenté respectivement de 0,4% t/t et de 0,7% t/t. Par ailleurs, les investissements dans la construction (+1,4% t/t), soutenus par de meilleures conditions climatiques, ont pallié la baisse de ceux en machines et biens d’équipements (-0,5% t/t).
Les exportations de biens, qui représentent entre 40 et 50% du PIB, sont en hausse de 7% m/m en juin (-2,9% t/t au T2 2009 après -14% t/t au T1 2009), compensant ainsi les pertes enregistrées durant les quatre mois précédents. «Il s’agit là d’un rattrapage après la forte chute des mois précédents. Ce chiffre de 7% est exceptionnel. Nous envisageons une croissance des exportations de 3% en 2010» annonce Catherine Stephan, économiste au sein de BNP Paribas
Le rythme de contraction de l’activité industrielle s’est par ailleurs fortement modéré au deuxième trimestre (-0,8% t/t après -12% t/t au T1 2009). L’activité manufacturière est ainsi en légère progression de 0,2% m/m (5% m/m en mai).
Cette embellie coïncide avec l’amélioration du climat des affaires mise en évidence par les enquêtes IFO et PMI et l'amélioration du sentiment des investisseurs et des analystes sur l’évolution future de l’activité en Allemagne rendu compte par l'indice ZEW.
L’indice du climat des affaires IFO s’est établi à 87,3 en juillet. En progression de 1,4 point, il s’agissait de sa quatrième hausse consécutive.
L’opinion des chefs d’entreprise sur la situation courante de l’activité affichait ainsi une progression de 1,9 point (à 84,3), après avoir décliné durant près de deux ans et atteint ses plus bas niveaux historiques. L’indice des anticipations des chefs d’entreprises, en hausse de 0,9 point en juillet (septième hausse consécutive), s’est établi à 90,4.
L’indice PMI du secteur manufacturier, quant à lui s’est établi à 45,7 en juillet, en hausse de 4,8 points par rapport à juin.
Enfin, l’indice des anticipations ZEW, s’est établi à 56,1 en août, en progression de 16,6 points par rapport au mois précédent. L’indice d’opinion sur la situation courante a enregistré sa troisième hausse consécutive (à -77,3, soit +12,1 points en un mois). C’est la progression la plus importante depuis plus de trois ans.
Perspectives rassurantes pour le troisième et quatrième trimestre 2009
La vigueur de l’économie devrait s’intensifier d’ici la fin de l’année en raison du plan de relance adopté par le gouvernement, de la faiblesse de l’inflation, et des nouvelles commandes manufacturières.
Les mesures prises par le gouvernement allemand pour relancer l’économie devraient prendre leur plein effet à partir du second semestre. Le plan décidé par les autorités allemandes s’élève à 50 milliards d’euros sur deux ans, soit 25 milliards d’euros par année, si cela est réparti de manière égale. Une importante composante de ce plan réside dans les allègements d’impôts (1,5% du PIB annuel), et une autre dans les investissements publics.
L’inflation se situe à son plus bas niveau depuis 1987, en liaison avec les effets de base dans le secteur de l’énergie, qui ont continué d’exercer de fortes pressions baissières. A également été observée une forte baisse des prix dans le secteur de l’alimentation (après +0,2% g.a. en juin). L’estimation préliminaire de l’inflation allemande (sur la base de l’indice des prix à la consommation IPC) s’est établie à -0,6% en juillet, en baisse de 0,7 point par rapport à juin. En variation mensuelle, les prix se sont également contractés en juillet (-0,1%, +0,4%m/m en juin).
Le taux d’inflation devrait évoluer en territoire négatif jusqu’à la fin du troisième trimestre. «Les cours du pétrole ont, toutefois, fortement progressé depuis quelques mois
(près de 65% entre décembre 2008 et juin 2009) et influeront sur l’orientation haussière de l’inflation à partir du quatrième trimestre» selon Catherine Stephan.
Les nouvelles commandes manufacturières ont enregistré leur quatrième hausse consécutive en juin (+4,5% m/m) même si elles sont en baisse de 24% en glissement annuel. Les commandes en provenance de l’étranger, en hausse deux mois d’affilée (+8,3% m/m) sont les principales sources de cette performance.
Dans ces conditions, une croissance de 1% est attendue pour le troisième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, le gouvernement continue de tabler sur une contraction de 6% du PIB, mais certains économistes tablent plutôt sur un recul de 5%, compte tenu des chiffres positifs du deuxième trimestre. Et alors que les autorités du pays tablent sur une correction du taux de croissance de -6% en 2009, les scénarii sont révisés vers une contraction de moindre importance pour l’ensemble de l’année, aux alentours de 5%.
Imen Hazgui
Publié le 24 Août 2009





