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Gestion financière : les femmes victimes de leur image ?

Gestion financière : les femmes victimes de leur image ?

(Easybourse.com) Si l’on en croit les nombreuses études analysant le comportement humain dans les modes de gestion financière, il apparaît que les femmes sont plus prudentes que les hommes. Au niveau des résultats, l’observation empirique des fonds gérés par des hommes et des femmes démontrent en effet que ces dernières obtiennent des résultats plus réguliers sur le long, voire très long terme. Mais au-delà des questions de performance, il semble que les femmes apparaissent victimes de leur propre image…

Interview de Nathalie Pistre

Interview

Nathalie Pistre
Directrice adjointe gestion obligataire
Natixis AM

Interview de Florence Marty

Interview

Florence Marty
Gérante actions
La Banque Postale AM

Lire la première partie de notre dossier : Les femmes sont-elles de meilleures gestionnaires que les hommes ?

En matière de gestion financière, la durée serait le principal atout des femmes. C’est du moins ce que semble établir l’observation rapide des rendements des fonds tenus par des gérantes, sur des périodes supérieures à un an.

Un secteur qui se féminise ?

Florence Marty, gérante Actions à La Banque Postale AM, indique d’ailleurs, s'agissant de son style de gestion qu’elle a «en effet plutôt tendance à jouer la régularité sur le long terme».

Un constat que corrobore d’une certaine manière la liste dressée par l’Association française de gestion (AFG) en fonction de la proportion de femmes présentes dans la gestion des fonds. Dans le détail en effet, les femmes sont davantage présentes dans l’épargne salariale (18%) et dans la Multigestion (18% également) que dans les fonds actions (15%), les fonds obligations (15%), les fonds diversifiés (10%), les fonds alternatifs (10%) et les fonds d’investissements (10%).

Cette observation s’avère d’autant plus intéressante, que les femmes œuvrant dans le secteur de la gestion financière représentent environ 13% des effectifs en France. Au total, ainsi que le souligne Carlos Pardo, directeur des études économiques à l’AFG, sur un total d’un peu plus de 3 000 gérants en France, quelques 400 sont donc des femmes.

Leur nombre augmente, certes, mais ainsi que le précise Carlos Pardo, cette progression reste limitée. Peut-on dès lors parler de féminisation d’un secteur où, de longue date, l’essentiel des postes de gérants est occupé par des hommes ? Rien n’est moins sûr, d’autant que moins de 5% des dirigeants de sociétés de gestion financière sont des femmes…

Selon Nathalie Pistre, «c’est surtout flagrant par opposition au trading dans les banques. C’est-à-dire que le secteur de la gestion est beaucoup plus féminin que celui du trading dans les banques, ce qui tend d’ailleurs à renforcer l’idée que le trading repose sur le très court terme alors que la gestion se ferait davantage sur le long terme

Un côté «bon élève»

Si la plupart des études empiriques réalisées depuis les années 1990 sur les comportements face au risque convergent pour confirmer que les femmes auraient une propension plus accentuée à la prudence que les hommes, elles indiquent également que l’une des différences majeures entre genres réside dans la capacité des femmes à mieux connaître leurs dossiers.
 
Florence Marty constate ainsi que «s'agissant des fonds assurance, il est vrai que ce sont souvent des gérantes. En effet, lorsqu’on gère les fonds propres des compagnies d’assurance, on fait de la gestion à très long terme. Il faut donc se forger une opinion à 2, 3 ou 4 ans, c’est pourquoi le fait qu’il y ait beaucoup de femmes qui gèrent ce type de produits est probablement dû à leurs méthodes de travail

De manière générale, estime pour sa part Nathalie Pistre, directrice adjointe de la gestion obligataire chez Natixis AM, «les femmes sont très organisées et rigoureuses (…)», elles «justifient davantage leurs choix et sont plus réfléchies que les hommes» qui, plus spontanés et intuitifs, «auraient peut-être tendance à prendre des paris plus marqués et plus forts

Interrogé par Nathalie Pistre, un des responsables du pôle gestion de Natixis AM, «qui est un homme, [lui a répondu] qu’effectivement, les femmes présentes dans ses équipes actuelles et antérieures semblent avoir plus de rigueur que les hommes

Pourquoi une telle différence ? «Est-ce que les femmes, parce qu’elles sont moins nombreuses dans le milieu de la finance, ont davantage besoin de pouvoir se justifier que les hommes ? Peut-être…» avance Florence Marty.

Ce que ne dément pas Nathalie Pistre selon laquelle, «d’une manière générale, on peut dire que les femmes ont un côté ‘bon élève’, ce qui est une qualité, mais qui peut être le signe d’une confiance moindre par rapport aux hommes qui ont davantage tendance à foncer sans tout border.»

Se défendant de vouloir en faire une généralité, cette dernière constate néanmoins qu’«il est assez juste de dire que la femme a besoin de sentir qu’elle a une très grande maîtrise technique des sujets pour oser un certain nombre de choses.»

En guise d’illustration, Florence Marty prend le cas de Danone : «pour justifier cette valeur dans mon portefeuille j’invoque les comparables, le positionnement de Danone sur de bons créneaux, ou encore le fait qu’il y a plus de croissance dans les produits laitiers et dans la nutrition médicale.» En d’autres termes, note-t-elle, «pour avoir des arguments, les femmes ont tendance à ne pas regarder seulement le côté 'valorisation’».

Pouvait-on éviter la crise ?

La crise aurait-elle pu être évitée si davantage de femmes étaient présentes dans la finance ? Raisonnement par l’absurde pourrait-on dire mais qui reste à l’esprit en traînée phosphorescente lorsque l’on se penche sur les différences supposées entre gestionnaire masculin et féminin.

Car si l’on admet volontiers avec Florence Marty, qu’une femme aurait très bien pu «faire en théorie autant de ‘bêtises’ qu’un homme», reste qu’en pratique, la plupart des scandales financiers (Madoff, Kerviel…) sont ‘masculins’.

Pour Florence Marty, «cela provient peut être du fait que les moteurs de motivations sont souvent différents entre hommes et femmes : chacun a un moteur, cela peut être soit l’argent, soit la reconnaissance ou encore le pouvoir…»

Or, admet-elle, «cela peut jouer sur la façon de gérer : un homme va peut-être avoir tendance à rechercher la performance à court terme pour obtenir son bonus annuel, alors que ce qui importe pour une femme, c’est d’abord que l’on reconnaisse son travail et sa performance

Quant à Nathalie Pistre, elle n’exclut pas «que la prise de risque aurait été différente», mais, souligne-t-elle, «nous sommes dans un système extrêmement concurrentiel, avec un système de valeurs à dominante masculine forte qui induit sans doute cet aspect compétitif, qui concerne tout le monde, hommes et femmes, avec les bons côtés et les moins bons…»

Le rapport qui met d'accord

Le proverbe est bien connu, avec des 'si', on pourra toujours mettre Paris en bouteille, mais une étude datée de 2008 pourrait bien mettre tout le monde d’accord. Cette étude menée par Brooke Harrington [in Pop finance. Investment Clubs and the New Investor Populism], qui étudie les clubs d’investissements aux Etats-Unis entre 1986 et 1997, a en effet démontré que les clubs strictement féminins ont dégagé des résultats meilleurs que les clubs uniquement masculins.

Toutefois, et c’est sans doute-là le point le plus intéressant de l’étude, les clubs à composante mixte ont très largement surperformé les clubs masculins comme féminins…

Finalement, plutôt que d’opposer la gestion des femmes à celles des hommes, peut-être serait-il plus judicieux, et plus rentable, d’admettre que les qualités et défauts des uns et des unes se compensent et se combinent pour produire mieux.

Et pour aller plus loin, au-delà de la question des genres, Carlos Pardo estime pour sa part que ce n’est pas seulement de parité homme/femme que la finance a besoin, mais de mixité tant sociale, que culturelle et ethnique… A l’en croire le chemin reste encore long, mais il se dessine, en particulier dans les pays anglo-saxons…

NS



Publié le 01 Septembre 2009

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