Fusions-acquisitions, OPA : le retour des grandes manoeuvres
(Easybourse.com) Après deux ans de calme plat, les opérations de fusion-acquisition se multiplient depuis cet été. Qui sont les proies et les prédateurs ? Quelles sont les opportunités à saisir, en France et à l'étranger ? Les réponses dans ce dossier.
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Interview
Hervé Mangin
Gérant
Axa IM
Une chose est sûre, ce genre de scénario risque de se répéter dans les mois qui viennent, car BHP n'est qu'un exemple de l'appétit retrouvé des grands groupes, tous secteurs confondus, pour les opérations de croissance externe. «On assiste au grand retour des OPA, se réjouit Hervé Mangin, gérant d'Axa Europe Opportunités, un fonds qui mise, entre autres, sur les valeurs 'opéables'. Les entreprises ont à nouveau beaucoup de cash dans leurs bilans, et hésitent à investir dans de nouvelles capacités de production tant que la reprise reste incertaine. Par conséquent, la meilleure façon d'utiliser ces liquidités est de racheter d'autres entreprises afin de gagner des parts de marché ou de trouver de nouveaux relais de croissance.»
Matières premières, santé, télécom : des secteurs à surveiller
De l'énergie aux mines, en passant par la finance, le transport ou encore l'informatique, des opérations de fusion-acquisitions ont été annoncées tous azimuts dans le monde au cours des cinq dernières semaines. Parmi les plus marquantes, GDF Suez a racheté pour 25,8 milliards de dollars l'électricien britannique International Power avec lequel il espère former un« leader mondial dans la production d'électricité indépendante ». Dans le secteur informatique, le géant des microprocesseurs Intel a réalisé coup sur coup deux acquisitions d'envergure, celle l'éditeur de logiciels antivirus MacAfee pour 7,68 milliards de dollars, et plus récemment une filiale d'Infineon spécialisée dans les composants pour téléphones portables. «Seules les entreprises disposant de fortes liquidités et maîtrisant leur actionnariat peuvent se risquer dans des opérations de croissance externe actuellement», souligne Isabelle MacElhone, associée au sein du cabinet Hogan Lovells à Paris.
Du côté des proies, les entreprises issues ou fortement exposées aux pays émergents sont plébiscitées. «Etant donné que la demande va rester atone dans les pays développés, les entreprises cherchent à s'implanter de plus en plus sur ces nouveaux marchés», explique Hervé Mangin. Dans ce jeu mondial, quatre secteurs devraient concentrer un grand nombre d'opérations ces prochains mois. «Il s'agit des matières premières – celles-ci concentrent 28% des opérations de fusion-acquisition depuis le début de l'année-, de la chimie, de la santé et des télécom», détaille le gérant. Dans chacun de ces secteurs, la compétition ou la pénurie de ressources poussent à la concentration et à l'internationalisation.
La France n'est pas en reste
Parmi les « paris » du gérant (entreprises qui pourraient faire l'objet d'une OPA au cours des six prochains mois) figurent les Allemands Symrise (chimie) et Qiagen (santé), le Luxembourgeois Millicom (télécom) ou encore le Français Vallourec (matières premières/énergie).
La France, où plusieurs dossiers promettent d'animer les prochaines semaines et les prochains mois. Sanofi Aventis a ainsi lancé une offre de 18,5 milliards de dollars sur le laboratoire américain Genzyme, rejetée par ce dernier. Mais le Français a les moyens de ses ambitions et pourrait jeter son dévolu sur d'autres cibles (voir interview). Dans le secteur aéronautique, Safran ne cache pas ses ambitions sur l'équipementier Zodiac, même si ce dernier se montre pour l'heure réticent à tout rapprochement. Quant à France Telecom, il cherche à renforcer sa présence en Afrique et au Moyen-Orient, et discute actuellement avec l'opérateur marocain Meditel.
Avec 1500 milliards de dollars d'opérations annoncées depuis le début de l'année, 2010 marque un net rebond du marché des fusions-acquisitions. On est toutefois encore loin du niveau record de 2007 (4 380 milliards sur toute l'année). «Les marchés sont encore très nerveux et les rachats de sociétés par des fonds de private equity (LBO, etc) sont encore très peu nombreux, faute de financements bancaires», note Isabelle MacElhone. Si le ralentissement de l'économie américaine s'aggravait, la fenêtre d'opportunité pour les entreprises pourrait rapidement se refermer.
François Schott
Publié le 01 Septembre 2010





