Sébastien Rouge
Directeur Financier du Groupe Eutelsat
Eutelsat : Notre ambition est de devenir l'alternative privilégiée à Starlink pour les entreprises et les gouvernements
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Publié le 16 Octobre 2026
| Pour commencer, pourriez-vous présenter Eutelsat à nos lecteurs et expliquer comment le groupe fait évoluer son modèle économique, historiquement centré sur les satellites géostationnaires (GEO), vers les constellations en orbite basse (LEO) ? | |
| « Eutelsat est un opérateur satellitaire historique qui dispose de plus de quarante années d’expérience. » | |
Eutelsat est un opérateur satellitaire historique qui dispose de plus de quarante années d’expérience. Pendant plusieurs décennies, notre développement a été largement porté par la télévision par satellite, qui constituait alors l’un des principaux moteurs de croissance de notre industrie.
Ce marché a progressivement évolué avec le déploiement de la fibre optique et le développement de la consommation de contenus audiovisuels par Internet. Face à cette transformation structurelle, nous avons engagé une diversification vers les activités de connectivité, d’abord à travers nos satellites géostationnaires, puis en franchissant une étape décisive avec le rapprochement d’Eutelsat et de OneWeb, initié en 2022 et concrétisé en 2023.
Cette opération reposait sur une conviction stratégique : les constellations de satellites en orbite basse allaient devenir une technologie incontournable pour répondre aux besoins croissants de connectivité, notamment dans les zones insuffisamment couvertes par les infrastructures terrestres.
Les applications sont nombreuses. Elles concernent aussi bien les espaces maritimes et aériens que les territoires isolés ou les zones blanches, dans lesquelles les réseaux terrestres ne permettent pas d’assurer une connexion satisfaisante. Les constellations LEO présentent notamment l’avantage de proposer des communications à faible latence, particulièrement adaptées aux nouveaux usages numériques.
Depuis le rapprochement avec OneWeb, nous avons achevé l’essentiel du travail d’intégration technologique et opérationnelle. Nous avons notamment finalisé le déploiement des infrastructures terrestres nécessaires au fonctionnement de la constellation à l’échelle mondiale.
Nous sommes désormais entrés dans une phase de commercialisation particulièrement intense. Notre positionnement est singulier puisque nous sommes aujourd’hui, avec Starlink, l’un des deux seuls opérateurs capables de proposer une connectivité satellitaire en orbite basse à l’échelle mondiale.
Notre transformation consiste donc à passer progressivement d’un modèle historiquement dominé par la diffusion audiovisuelle à un modèle dans lequel la connectivité, et plus particulièrement les services LEO, occupera une place prépondérante.
| Sur l’exercice 2025-2026, Eutelsat a réalisé un chiffre d’affaires de 1,236 milliard d’euros, en progression de 3 % à périmètre et taux de change comparables, tandis que son EBITDA ajusté s’est établi à 632 millions d’euros, en recul de 3,1 %. Comment expliquez-vous ce décalage entre l’évolution des revenus et celle de la rentabilité ? Quels sont les principaux leviers d’amélioration de vos marges ? | |
| « Nous traversons une phase de transition importante entre deux modèles économiques dont les dynamiques de croissance et les structures de coûts sont sensiblement différentes. » | |
Nous traversons une phase de transition importante entre deux modèles économiques dont les dynamiques de croissance et les structures de coûts sont sensiblement différentes.
D’un côté, nos activités historiques reposant sur les satellites géostationnaires continuent de subir une érosion de leurs revenus. Cette évolution est particulièrement visible dans la vidéo, mais également dans certaines activités de connectivité GEO, dont les revenus ont reculé d’environ 7 % sur l’exercice.
De l’autre, nos activités de connectivité en orbite basse connaissent une croissance extrêmement soutenue, de l’ordre de 70 %. Cette progression a notamment permis à notre activité de connectivité, considérée dans son ensemble, d’enregistrer une croissance d’environ 16 %.
Le décalage temporaire entre l’évolution de notre chiffre d’affaires et celle de notre rentabilité s’explique principalement par la différence de contribution aux marges entre ces deux activités.
En effet, un euro de chiffre d’affaires perdu dans nos activités géostationnaires historiques a aujourd’hui un impact sur notre rentabilité supérieur à celui d’un euro supplémentaire généré par nos activités LEO. Cela tient au fait que nous sommes encore dans une phase de montée en puissance commerciale et industrielle de cette nouvelle activité.
Le développement de OneWeb a nécessité la mise en place d’infrastructures spécifiques, notamment un réseau mondial de stations au sol, ainsi que la constitution d’équipes commerciales adaptées à des clientèles différentes de celles de nos activités traditionnelles.
Par ailleurs, la commercialisation de nos services LEO s’accompagne initialement de ventes d’équipements et de terminaux, dont les marges sont inférieures à celles des prestations de connectivité récurrentes. À mesure que notre base installée se développera, la part relative de ces équipements devrait naturellement diminuer au profit des revenus de services.
Il faut également souligner que les activités LEO reposent sur une structure de coûts comportant une part importante de charges fixes. Une fois les infrastructures déployées et le seuil de rentabilité franchi, chaque euro de chiffre d’affaires supplémentaire pourra donc générer une contribution à la marge sensiblement plus élevée.
Nous anticipons ainsi une amélioration progressive de notre rentabilité à mesure que la croissance des activités LEO compensera, puis dépassera, le recul de nos activités GEO.
Notre objectif est de retrouver, à l’horizon 2029, une marge d’EBITDA ajusté d’au moins 60 %, contre 51,2 % sur l’exercice 2025-2026. Cette amélioration accompagnera progressivement la montée en puissance commerciale de notre constellation.
| Les revenus issus des activités en orbite basse ont progressé de près de 70 % sur l’exercice 2025-2026, pour atteindre 297 millions d’euros. Quels segments de clientèle et quelles zones géographiques soutiennent cette dynamique ? | |
| « Nous avons structuré notre développement commercial autour de trois grands segments : la mobilité, la connectivité fixe et les services gouvernementaux. » | |
Nous avons structuré notre développement commercial autour de trois grands segments : la mobilité, la connectivité fixe et les services gouvernementaux. Le premier concerne la mobilité, avec deux marchés particulièrement importants : le maritime et l’aérien.
Dans le maritime, notre constellation répond aux besoins de connectivité des grandes flottes commerciales. Les armateurs utilisent ces services aussi bien pour leurs opérations, notamment la gestion et le suivi des navires, que pour améliorer les conditions de communication et de vie des équipages. Ce marché présente un intérêt économique particulier. Une constellation en orbite basse couvre l’ensemble de la planète, y compris les océans. Il est donc essentiel de disposer de clients capables d’utiliser cette capacité dans des zones où les infrastructures terrestres sont inexistantes. Nous avons ainsi conclu plusieurs contrats importants avec de grands acteurs du transport maritime international. Dans l’aérien, nous équipons également des compagnies qui souhaitent proposer à leurs passagers une connectivité performante en vol. Ce marché représente un relais de croissance significatif.
Notre deuxième segment est celui de la connectivité fixe. Nous travaillons principalement avec des opérateurs de télécommunications auxquels nous apportons des capacités satellitaires complémentaires à leurs réseaux terrestres. Prenons l’exemple d’Orange. Dans une zone où il n’existe ni fibre optique ni infrastructure mobile suffisante, nos satellites peuvent permettre de proposer une expérience de connectivité comparable, pour certains usages, à celle d’un réseau terrestre haut débit. Cette technologie trouve également des applications dans les sites industriels isolés, notamment dans les activités minières, ou dans les territoires où les infrastructures traditionnelles sont difficiles à déployer.
Mais la connectivité satellitaire ne se limite pas aux zones blanches. Nous observons une demande croissante de la part d’entreprises situées dans des régions parfaitement équipées en fibre optique, qui souhaitent disposer d’une connexion indépendante de secours. Une banque, une compagnie d’assurance ou une entreprise de distribution peut ainsi installer des terminaux OneWeb pour maintenir ses communications en cas de défaillance de son réseau principal. Nous pouvons également apporter ponctuellement des capacités supplémentaires lors de grands événements, lorsque les infrastructures terrestres sont confrontées à une augmentation exceptionnelle du trafic.
Enfin, notre troisième segment concerne les gouvernements et les forces armées. Il bénéficie d’une dynamique particulièrement favorable, liée notamment à la prise de conscience du rôle stratégique des communications satellitaires dans les conflits récents.
Sur le plan géographique, notre développement est mondial. Nous sommes présents en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie, avec des applications qui répondent à des besoins différents selon les marchés. Cette diversification géographique est essentielle : pour rentabiliser une constellation qui couvre l’ensemble du globe, nous devons commercialiser nos services dans le plus grand nombre possible de régions.
| Eutelsat a finalisé en mars 2026 un vaste plan de refinancement d’environ 5 milliards d’euros. Dans quelle mesure cette opération a-t-elle renforcé votre structure financière et modifié votre profil d’endettement ? Envisagez-vous de solliciter de nouveau vos actionnaires pour financer votre développement ? | |
| « Le refinancement que nous avons réalisé constitue une étape déterminante dans la transformation financière du groupe. » | |
Le refinancement que nous avons réalisé constitue une étape déterminante dans la transformation financière du groupe.
Il nous a permis de renforcer significativement notre liquidité, de réorganiser notre structure de financement et surtout d’allonger la maturité moyenne de notre dette, qui est passée de 2,5 ans à 4,2 ans.
Cet allongement est particulièrement important puisqu’il nous donne davantage de visibilité et de flexibilité pour financer les investissements considérables que nous devons engager au cours des prochaines années.
L’ensemble de cette opération a été dimensionné avec l’objectif de ne pas avoir à solliciter de nouveau nos actionnaires dans le cadre de notre plan de développement actuel.
Nous continuerons néanmoins à faire appel aux marchés obligataires et à développer des solutions de financement complémentaires.
Nous avons notamment mis en place une plateforme de financement export. En France, nous travaillons à ce titre avec Bpifrance et des établissements bancaires commerciaux pour financer certains investissements, notamment les satellites et les lanceurs européens, avec la possibilité de bénéficier de garanties publiques.
Notre objectif est de disposer d’une structure financière capable d’accompagner cette phase d’investissement tout en préservant notre capacité à financer notre développement à long terme.
| Votre stratégie repose sur des investissements particulièrement importants, notamment pour renouveler et renforcer la constellation OneWeb. Quel sera leur impact sur votre génération de trésorerie et à quel horizon les investisseurs peuvent-ils attendre une amélioration significative du free cash-flow ? | |
| « Nous avons été très transparents avec le marché sur l’ampleur des investissements nécessaires à la transformation du groupe. » | |
Nous avons été très transparents avec le marché sur l’ampleur des investissements nécessaires à la transformation du groupe.
Nous devons notamment renouveler et renforcer notre constellation OneWeb afin de prolonger sa durée d’exploitation. Cela représente une enveloppe globale d’environ 3 milliards d’euros d’ici 2030, avec l’objectif de maintenir une constellation pleinement opérationnelle jusqu’en 2034.
Parallèlement, nous préparons la prochaine génération de satellites dans le cadre du programme européen IRIS², qui représente un investissement supplémentaire d’environ 3,4 milliards d’euros pour Eutelsat.
Ces deux programmes sont complémentaires. Le premier assure la continuité de nos services actuels, tandis que le second prépare notre développement commercial et technologique à partir de la prochaine décennie.
Ces investissements vont mobiliser une part importante de notre génération de trésorerie jusqu’à l’horizon 2030.
Il faut comprendre que nous sommes dans une phase de construction et de renouvellement d’infrastructures destinées à être exploitées sur une longue période. Les dépenses interviennent donc largement en amont de la pleine réalisation des revenus attendus.
Nous avons indiqué au marché que c’est à partir de 2031, lorsque l’essentiel de cette phase d’investissement sera derrière nous, que nous anticipons un retour à une génération de trésorerie disponible significativement positive.
Cette évolution devrait également nous permettre d’engager une réduction durable de notre endettement.
Notre priorité consiste donc aujourd’hui à financer les infrastructures indispensables à notre croissance future, tout en veillant à ce que les investissements réalisés puissent générer, dans la durée, des revenus récurrents et une rentabilité satisfaisante.
| Eutelsat a confirmé en août 2026 son rôle central dans le déploiement de la future constellation européenne IRIS², avec un engagement d’investissement annoncé de 3,39 milliards d’euros entre 2027 et 2034. Quels avantages économiques et technologiques attendez-vous de ce programme, et comment son modèle de financement contribue-t-il à en maîtriser les risques ? | |
| « IRIS² constitue un projet absolument majeur pour Eutelsat, mais également pour la souveraineté numérique et spatiale européenne. » | |
IRIS² constitue un projet absolument majeur pour Eutelsat, mais également pour la souveraineté numérique et spatiale européenne.
L’une des caractéristiques fondamentales de cette future constellation est son caractère dual. Elle sera destinée à répondre simultanément à des besoins gouvernementaux et à des usages commerciaux.
Cette approche présente un avantage économique considérable puisqu’elle permet de mutualiser les investissements nécessaires au développement de l’infrastructure. Plutôt que de construire une constellation exclusivement dédiée aux communications gouvernementales et une autre destinée aux marchés commerciaux, nous pouvons développer une infrastructure commune dont les différentes utilisations contribueront à la rentabilisation. Le programme repose ainsi sur un partage des investissements entre les acteurs publics européens et les membres du consortium industriel chargé de son déploiement.
Pour Eutelsat, cela signifie que nous pourrons accéder à une nouvelle génération de technologies satellitaires pour un investissement inférieur à celui que nous aurions dû supporter si nous avions développé seuls une infrastructure équivalente.
Cette constellation intégrera des avancées technologiques importantes. Elle permettra notamment de réaliser certains traitements de données directement dans l’espace, alors qu’aujourd’hui les informations doivent généralement transiter par les infrastructures terrestres. Elle disposera également de liaisons laser entre satellites, permettant d’améliorer la vitesse et l’efficacité des transmissions.
Sur le plan commercial, IRIS² nous offrira une capacité environ deux fois supérieure à celle de notre constellation OneWeb actuelle. Nous pourrons ainsi organiser progressivement, entre 2032 et 2034, la migration de nos clients OneWeb vers cette nouvelle infrastructure, tout en conservant des capacités supplémentaires pour accueillir de nouveaux clients. Cette transition est également importante sur le plan économique. À terme, nous n’aurons plus à maintenir simultanément deux générations de constellations, ce qui devrait limiter les coûts d’exploitation et les besoins de renouvellement associés aux anciennes infrastructures. Nous disposerons ainsi d’une plateforme technologique compétitive, dimensionnée pour accompagner notre développement commercial jusqu’à l’horizon 2040.
| Dans un contexte géopolitique marqué par une importance croissante accordée à la souveraineté numérique et aux communications sécurisées, quelle place les contrats gouvernementaux et militaires occupent-ils aujourd’hui dans votre stratégie commerciale ? Ces activités offrent-elles une meilleure visibilité sur les revenus que les marchés traditionnels ? | |
| « Les activités gouvernementales et militaires constituent désormais l’un des principaux axes de développement de notre stratégie de connectivité en orbite basse. » | |
Les activités gouvernementales et militaires constituent désormais l’un des principaux axes de développement de notre stratégie de connectivité en orbite basse. Le conflit en Ukraine a notamment mis en évidence le rôle essentiel que peuvent jouer les constellations LEO dans les communications militaires, en particulier lorsque les infrastructures terrestres sont endommagées ou indisponibles. Cette évolution a conduit plusieurs forces armées à revoir leur doctrine d’utilisation des communications satellitaires.
Historiquement, les communications militaires reposaient largement sur des satellites géostationnaires, avec des équipements au sol souvent volumineux et des contraintes techniques spécifiques. Les constellations en orbite basse permettent désormais de répondre à de nouveaux besoins opérationnels, notamment grâce à des équipements plus mobiles et à des communications à faible latence. Ces applications nécessitent néanmoins des développements spécifiques. Nous devons notamment proposer des terminaux adaptés aux usages militaires, avec des exigences renforcées en matière de sécurité, de résilience et de protection contre les cyberattaques.
Pour nos clients gouvernementaux, le choix d’une telle infrastructure constitue un engagement technologique de long terme.
C’est pourquoi les contrats conclus dans ce domaine présentent généralement des durées importantes, souvent de quatre à cinq ans au minimum, et parfois davantage.
Le contrat signé avec le ministère français des Armées illustre cette dynamique. Il représente une valeur potentielle d’environ 350 millions d’euros sur une période pouvant atteindre huit ans, avec une part ferme représentant un peu plus de la moitié de ce montant.
Nous espérons pouvoir reproduire ce modèle auprès d’autres gouvernements. Nous disposons déjà de contrats dans plusieurs pays européens, mais également en Amérique du Nord et en Asie du Sud-Est.
L’intérêt de ces activités réside d’abord dans leur caractère largement additionnel par rapport à notre portefeuille commercial historique. Elles nous apportent également une visibilité pluriannuelle importante sur les revenus, comparable à celle que nous pouvions connaître autrefois dans certaines activités de diffusion audiovisuelle.
Enfin, notre positionnement européen constitue un avantage concurrentiel particulièrement significatif. Pour des gouvernements qui souhaitent éviter de dépendre d’un fournisseur américain ou chinois, nous représentons une alternative stratégique.
Cette dimension de souveraineté renforce notre position commerciale et nous place dans un environnement concurrentiel plus favorable que celui des marchés purement commerciaux.
| Face à la montée en puissance de Starlink, comment Eutelsat entend-il préserver sa compétitivité ? Quels avantages concurrentiels vous permettent de défendre vos marges et vos parts de marché sans entrer dans une confrontation directe sur les prix ? | |
| « Notre stratégie ne consiste pas à reproduire le modèle de Starlink ni à chercher à conquérir l’intégralité du marché mondial de la connectivité satellitaire. » | |
Notre stratégie ne consiste pas à reproduire le modèle de Starlink ni à chercher à conquérir l’intégralité du marché mondial de la connectivité satellitaire. Nous souhaitons avant tout devenir l’alternative privilégiée pour les grandes entreprises, les opérateurs de télécommunications, les institutions et les gouvernements. Cette approche repose sur plusieurs avantages concurrentiels.
Le premier est la volonté croissante de nombreux clients de ne pas dépendre d’un fournisseur unique.
Prenons l’exemple d’une grande compagnie maritime. Pour des raisons opérationnelles, commerciales et parfois stratégiques, elle peut souhaiter disposer de plusieurs solutions de connectivité à bord de ses navires. Elle peut ainsi installer simultanément des équipements Starlink et OneWeb, afin de garantir une continuité de service en cas de dysfonctionnement de l’un des réseaux. Cette diversification lui permet également de conserver une certaine indépendance commerciale et de limiter son exposition à d’éventuelles évolutions tarifaires imposées par un fournisseur dominant.
Notre deuxième avantage concerne notre relation avec les opérateurs de télécommunications. Là où Starlink développe notamment une offre commerciale directe auprès des utilisateurs finaux, notre approche repose principalement sur des partenariats avec les acteurs télécoms existants.
Nous travaillons ainsi avec des groupes comme Orange ou Telefónica pour leur permettre d’étendre leur couverture et de proposer des services dans des zones où le déploiement d’infrastructures terrestres serait trop coûteux ou techniquement difficile.
Enfin, notre modèle économique repose sur une approche disciplinée du dimensionnement de nos infrastructures.
Nous n’avons pas besoin de conquérir la totalité du marché pour atteindre nos objectifs de rentabilité. Nos investissements sont calibrés pour nous permettre d’obtenir un retour satisfaisant en captant une fraction relativement modeste du marché accessible.
Nous privilégions donc la pertinence de notre positionnement commercial, la qualité de service et la fidélisation de clients professionnels plutôt qu’une stratégie de conquête massive reposant exclusivement sur les volumes.
| Pour l’exercice 2026-2027, vous anticipez une légère progression de votre chiffre d’affaires et une stabilisation de votre marge d’EBITDA ajusté. Quels indicateurs financiers et opérationnels les investisseurs doivent-ils suivre pour apprécier la réussite de votre transformation ? | |
| « L’indicateur le plus important pour apprécier la réussite de notre transformation est incontestablement la croissance de nos activités de connectivité en orbite basse et, plus particulièrement, leur capacité à représenter une part croissante de notre chiffre d’affaires. » | |
L’indicateur le plus important pour apprécier la réussite de notre transformation est incontestablement la croissance de nos activités de connectivité en orbite basse et, plus particulièrement, leur capacité à représenter une part croissante de notre chiffre d’affaires.
À la clôture de l’exercice 2025-2026, les activités LEO représentaient environ 25 % de nos revenus opérationnels.
Nous anticipons une nouvelle progression importante de cette activité sur l’exercice 2026-2027, de l’ordre de 30 %, alors que le chiffre d’affaires total du groupe devrait enregistrer une croissance plus modérée.
Cela signifie mécaniquement que le poids des activités LEO continuera d’augmenter dans notre portefeuille.
Nous ne communiquons pas d’objectif extrêmement précis concernant la répartition future de notre chiffre d’affaires entre les différentes technologies, mais nous anticipons, d’ici la fin de la décennie, une inversion du poids respectif des activités GEO et LEO.
Il est important de souligner que notre stratégie ne repose plus sur un simple projet technologique. Nous disposons aujourd’hui d’une constellation opérationnelle, qui dessert déjà des milliers de clients et dont l’utilisation progresse régulièrement.
Nous devons désormais poursuivre cette montée en puissance commerciale et renforcer notre positionnement auprès des entreprises et des institutions qui souhaitent disposer d’une alternative crédible aux solutions actuellement dominantes.
La progression des revenus LEO, leur poids croissant dans notre activité et l’amélioration progressive de notre rentabilité constitueront donc les principaux indicateurs permettant aux investisseurs de suivre notre transformation.
| Enfin, Eutelsat traverse une période de transformation majeure, marquée par d’importants investissements et un repositionnement stratégique sur les infrastructures spatiales souveraines. Quel message souhaitez-vous adresser aux actionnaires individuels qui s’interrogent sur le potentiel de valorisation du groupe ? Quels seront les principaux catalyseurs de création de valeur au cours des prochaines années ? | |
| « Je crois que l’élément essentiel à retenir est qu’Eutelsat dispose aujourd’hui d’un positionnement stratégique particulièrement singulier. » | |
Je crois que l’élément essentiel à retenir est qu’Eutelsat dispose aujourd’hui d’un positionnement stratégique particulièrement singulier. Avec IRIS², nous avons obtenu la confirmation que l’écosystème européen nous considère comme un acteur central du développement des infrastructures de connectivité satellitaire en orbite basse. Nous sommes aujourd’hui le seul opérateur européen disposant d’une constellation LEO opérationnelle à vocation mondiale, et l’un des deux acteurs déjà présents commercialement à cette échelle. Cet avantage de positionnement est important, car il nous permet de construire dès maintenant une base de clientèle qui pourra s’inscrire dans la durée.
Nous évoluons par ailleurs sur un marché dont les perspectives de croissance sont considérables, avec une progression attendue de l’ordre de 25 % par an pendant plusieurs années. Nous disposons donc de plusieurs atouts structurants : une technologie qui a démontré son efficacité, une infrastructure déjà opérationnelle, une base commerciale en développement et un soutien stratégique important de l’écosystème européen.
Il faut toutefois reconnaître que nous traversons une période atypique dans l’histoire du groupe. Nous devons engager des investissements considérables au regard de notre taille. Lorsque l’on rapproche les quelque 3 milliards d’euros nécessaires au renouvellement de OneWeb des investissements supplémentaires prévus dans IRIS², on mesure l’ampleur de l’effort financier demandé à une entreprise réalisant environ 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel. Cette situation peut rendre notre valorisation boursière plus difficile à appréhender à court terme. Elle explique également certaines fluctuations importantes observées sur notre titre.
Nous avons clairement indiqué que cette phase d’investissement pèserait sur notre génération de trésorerie pendant plusieurs années. Pour des investisseurs qui privilégient les performances financières immédiates, cette situation peut naturellement susciter des interrogations.
En revanche, nous considérons avoir désormais réuni les principaux éléments nécessaires pour construire un modèle économique durablement créateur de valeur. Notre priorité consiste à poursuivre la croissance commerciale de OneWeb, à réussir le renouvellement de notre constellation et à préparer la transition vers IRIS². À mesure que les revenus progresseront et que notre rentabilité s’améliorera, notre modèle devrait retrouver une capacité plus importante à générer de la trésorerie. C’est cette combinaison entre croissance, amélioration des marges et génération de cash-flow qui permettra, selon nous, de démontrer pleinement la pertinence de notre transformation.
Nous sommes donc dans une phase de transition exigeante, mais nous estimons disposer des moyens technologiques, commerciaux et stratégiques nécessaires pour devenir un acteur de premier plan de la connectivité satellitaire au cours des prochaines années.
N'hésitez pas à consulter la fiche transactionnelle Achat / Vente d'Eutelsat
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Imen Hazgui
Eutelsat : Notre ambition est de devenir l'alternative privilégiée à Starlink pour les entreprises et les gouvernements