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Interview de Guénaël Guillerme : PDG d'ECA

Guénaël Guillerme

PDG d'ECA

Sans les retards de l'A350 et le plan Power 8, notre croissance aurait été plus importante

Publié le 27 Février 2008

Vous avez publié un CA 2007 en progression de 15%, à 83 millions d’euros, en avance sur les objectifs annoncés lors de votre introduction en bourse, où vous visiez 80 millions d’euros à l’horizon 2007-2009. Quels ont été les leviers de cette croissance ?
En 2007, nous avons commencé à bénéficier des fruits de la croissance externe de 2006 et de la mise en œuvre des synergies.

Nous avons eu une très bonne activité dans le domaine de la simulation (simulateurs d’entraînement à la conduite terrestre, aéronautique ou navale). La simulation est une activité complètement acquise en 2006.

Une fois que nous avons acquis ces activités, nous avons lancé un programme de R&D pour lancer de nouveaux produits, notamment sur des simulateurs aéronautique et de conduite terrestre. La commercialisation de l’ensemble de ces produits s’est bien passée en 2007. Et 2008 s’annonce aussi très prometteuse.

Plus globalement, comment se portent vos marchés et comment les voyez-vous évoluer ?
Dans le domaine de la Défense, nous sommes portés par le fait que certains de nos produits, ceux développés au cours des années écoulées, arrivent à maturité. Ils sont commercialisés depuis un ou deux ans. Je pense au robot terrestre Miniroc qui a été développé dans le cadre d’un programme du ministère de la Défense, vendu aussi bien pour la Défense que pour la sécurité civile.

Je pense aussi au Mine Killer. Nous avons pris une commande de plus de 100 robots il y a quelques semaines dans un pays asiatique. Mais pour des raisons qui tiennent aux clauses du contrat, nous ne pouvons pas révéler l’identité de notre client.

C’est un produit que nous avons développé entre 2003 et 2005 pour lequel la commercialisation a pris un peu de temps, parce que ce sont de gros contrats dans des pays lointains. Sur ce marché, nous devrions prendre un ou deux contrats par an, ce qui représente un chiffre d’affaires de dix à quinze millions d’euros par an pour les cinq années qui viennent.

Dans le domaine des systèmes de contrôle et de sécurité, dans le naval en l’occurrence, nous avons pris en 2007 les premiers contrats sur le programme Barracuda, le futur sous-marin de la marine française, dont un contrat important qui est le moteur électrique de propulsion, c’est-à-dire le moteur électrique principal du sous-marin.

Le développement a commencé en 2007. Nous avons fait un peu de chiffre d’affaires sur ce programme en 2007, mais nous en verrons surtout l’impact en 2008 et en 2009.

Quel regard portez-vous sur la consolidation du secteur de la Défense ? Quel rôle attribuez-vous à ECA dans ce mouvement ?
En 2006, nous avons acheté Electronaval. Nous avons également acheté l’activité robotique terrestre de Cybernétix. Au total, nous avons fait six acquisitions en 2006. Nous sommes donc un acteur de cette consolidation.

Regardez-vous régulièrement des dossiers d’acquisitions ?
Nous en avons regardé beaucoup en 2006. 2007 était plutôt une année consacrée à l’intégration de ces acquisitions. Par contre, en 2008-2009, nous pensons faire un certain nombre d’acquisitions aussi bien dans la Défense que dans l’aéronautique.

Nous nous positionnons comme un acteur qui peut fédérer un certain nombre de petits acteurs. Evidemment, nous ne jouons pas dans la même cour que Latécoère ou Thales.

Concernant le financement des acquisitions à venir… A combien se monte actuellement votre trésorerie et un appel au marché est-il possible ?
Fin 2007, notre trésorerie nette est positive et notre endettement est très faible. Pour nos acquisitions à venir, nous envisageons donc de les financer par endettement, sauf s’il y en a une très grosse.

Nous pouvons acheter entre 15 et 25 millions d’activités par endettement.

Parmi vos clients, on trouve Airbus. On parle beaucoup des retards de l’A350 et de l’A400M. Ces retards ont-ils un impact sur vos comptes ?
Cela a eu un impact en 2007. Cette année-là, nous avons eu une croissance de 15% et si le programme de l’A350 avait commencé début 2007 comme prévu initialement, et si les investissements n’avaient pas été arrêtés pendant un an chez Airbus du fait du plan Power 8, notre croissance aurait été plus importante.

Cette croissance est reportée sur 2008 et surtout sur 2009. La juxtaposition de Barracuda et de l’A350 d’une part et, d’autre part, de la croissance de la simulation et de la robotique, fait que nous devrions avoir une croissance à deux chiffres cette année pour dépasser la barre des 90 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et nous devrions normalement dépasser les 100 millions en 2009 si nous raisonnons à périmètre constant.

L’A400M est un programme qui est bien engagé. Nous avons eu quelques activités sur l’avion et c’est pour nous un programme qui se termine. Les lignes d’assemblage qui concourent à la construction de l’avion sont déjà construites.

Vos activités ont-elles pâti de la parité euro/dollar et de la montée des prix du pétrole et des matières premières ?
Nos ventes en dollars représentent environ 7 ou 10%. Donc, nous ne sommes que peu impactés par l’effet dollar. Dans le domaine de la Défense, nous subissons la contraction de certains budgets en dollars.

Mais pour les capteurs dans les robots, nous sommes impactés positivement puisque nous les achetons en zone dollar, notamment aux Etats-Unis.

Concernant les matières premières, nous sommes impactés comme tout le monde.

Quelles sont vos guidances pour l’exercice prochain ? En termes de marge opérationnelle et de résultat ?
Nous visons un chiffre d'affaires d'au moins 90 millions d’euros en 2008 puis au-delà de 100 millions en 2009.

C’est une croissance qui se fait avec des coûts de structure environ constants. Cela veut dire que la rentabilité va croître. Notre objectif est de repasser assez rapidement, en 2008 normalement, au-dessus des 10% de résultat courant.

Propos recueillis par Marjorie Encelot