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Interview de Damien Lasou : Responsable mondial de l'activité Aéronautique et Défense chez Accenture

Damien Lasou

Responsable mondial de l'activité Aéronautique et Défense chez Accenture

Une fusion comme EADS-BAE entraînerait forcément des réactions dans le secteur

Publié le 02 Octobre 2012

Le « mariage du siècle » entre EADS et BAE Systems a-t-il selon vous des chances d’aboutir ?

Il reste encore des doutes à lever, mais il s’agit bien d’un projet de fusion offensive destinée à générer de nouveaux revenus. Les deux acteurs sont complémentaires sur le plan opérationnel - les activités civiles d’EADS se complètent avec celles de BAE dans la Défense - et géographique - BAE Systems est le principal acteur non-américain à bénéficier d’un accès privilégié aux marchés du Pentagone. Je rappelle qu’à eux seuls, les Etats-Unis représentent 46% des dépenses militaires mondiales. Certes, ces dépenses vont baisser au cours des prochaines années, c’est pourquoi BAE doit trouver de nouveaux relais de croissance. Il demeure cependant un acteur de premier plan qui apporterait de nouvelles activités à EADS, comme les sous-marins, les chantiers navals ou encore les véhicules blindés.

BAE Systems ne risque-t-il pas de perdre ses contrats aux Etats-Unis en cas d’alliance avec EADS ?

La défense est un secteur stratégique soumis à des choix politiques. Ce sont en général des relations de long terme avec des contrats sécurisés sur plusieurs dizaines d’années. Le groupe BAE Systems fonctionne comme une holding entre BAE Systems Plc (la société britannique) et BAE Systems Inc (la filiale américaine). Il n’y aucune relation opérationnelle entre ces deux branches en raison du Special Security Agreement (SSA) qui lie la branche américaine au Pentagone. Tout ce que fait BAE Systems aux USA est conçu, développé et fabriqué aux Etats-Unis. Ce sont des « US jobs ». Il n’y pas de raison que cela change dans le cas d’une alliance avec EADS.

Quelles seraient les conséquences de la fusion sur les autres acteurs du secteur ?

Une fusion comme EADS-BAE Systems entraînerait forcément une réaction des autres acteurs. Cette réaction peut aller dans le sens d’une consolidation, ou alors d’une spécialisation de chacun. En France, l’équipementier aéronautique Zodiac Aerospace est un exemple de spécialisation. Il cherche à être numéro un mondial sur des segments bien précis (cabine, toboggan, cœur électrique de l’avion). Jusqu’à présent, cela lui a plutôt bien réussi : il affiche une forte croissance et la meilleure rentabilité du secteur. La consolidation du secteur aéronautique n’est donc pas tranchée.
Les acteurs spécialisés dans la Défense seront aussi impactés. Avec l’émergence d’un nouvel acteur comme EADS-BAE Systems se pose la question du maintien des politiques d’indépendance nationale menées jusqu’ici par la France et le Royaume-Uni. La France a-t-elle encore les moyens de construire son propre avion de combat (ndlr : le Rafale, développé par Dassault, Thales et Safran) ? Ou doit-elle plutôt prendre sa part aux futurs programmes européens, en matière d’avions et de drones de combat ? Là-encore, la question n’est pas tranchée.

Quelle réaction doit-on attendre de Boeing s’il perd sa place de numéro un mondial de l’aéronautique et de la défense ?

Boeing est bien positionné sur le marché de l’aviation commerciale, comme Airbus. Il n’a pas de souci majeur sur ce marché : les carnets de commande sont pleins, la rentabilité remonte avec le lancement de nouveaux modèles. L’enjeu n’est pas tellement pour lui de consolider le secteur de l’aéronautique/défense aux Etats-Unis. En revanche, compte tenu de la baisse des dépenses militaires américaines, il risque de se monter plus « agressif » sur les marchés à l’export. Ce qui était auparavant un « bonus » pour lui, l’export, va devenir crucial.

Propos recueillis par François Schott

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