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Interview de Serge Bitboul : Président directeur général de Geci International

Serge Bitboul

Président directeur général de Geci International

La société a un énorme potentiel et ne peut qu’être valorisée de plus en plus dans le futur

Publié le 22 Novembre 2007

Vous revenez tout juste du salon aéronautique de Dubaï. Comment les choses se sont-elles déroulées là bas ?
Ce salon a été particulièrement intéressant pour toute l’industrie aéronautique, en particulier avec les magnifiques succès remportés par Airbus, et pour nous également notamment avec la lettre d’intention du groupe ACT Airlines-Aviation Management Solutions, groupe spécialisé dans le transport cargo et qui a une flotte de 7 avions Airbus, et est en cours d’acquisition de 3 avions supplémentaires. Le groupe s’étend en Turquie et au Moyen-Orient, et pour développer son réseau, a besoin d’avions de petite capacité et opérant en milieu hostile. Nous avons reçu une lettre d’intention pour un total de  trente avions Skylander.  Pour nous, c’est un signe de confirmation du bon positionnement de notre avion, et de la vivacité du marché. Le Skylander intéresse tout particulièrement les operateurs de fret et fret express (60% des intentions de commande) qui opèrent dans des environnements difficiles.

Il est intéressant de noter que le fret express représente 30% de la croissance du fret en croissance annuelle de 8 à 9%. Sur ce plan, nous intéressons des logisticiens américains, mais aussi des acteurs comme la poste dans des pays d’ Asie du Sud-Est.

Le Skylander intéresse aussi les opérateurs de transports de passagers qui opèrent dans des régions où les infrastructures sont peu développées (ni route, ni infrastructure ferroviaire, ni aéroportuaire…).  Egalement, les transports inter-îles sont très demandeurs de notre avion. C’est le cas des Seychelles, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie …) Notre avion intéresse des opérateurs qui veulent transporter des expatriés, qui souhaitent par exemple se rendre sur des sites miniers ou autre lieu de travail difficile d’accès. Nous intéressons également des organisations humanitaires, en Afrique ou  Asie. 

Au total, à combien s’élèvent les commandes engrangées pour le programme Skylander ?
Il faut tout d’abord rappeler qu’il ne s’agit pas de commandes fermes. Jusqu’ici, on a comptabilisé des lettres d’intention pour 356 avions. 22 opérateurs provenant de 16 pays et présents sur tous les continents ont manifesté leur intérêt. Ceux-ci prévoient une utilisation de l’avion en tant que cargo à 60%, et à 40% pour du transport de passagers. Certains prévoient également d’en faire une utilisation d’évacuation sanitaire ou un mix passagers-evasan. L’un des avantages du Skylander est sa flexibilité : il s’agit d’un avion économique et simple d’utilisation.  En Afrique, par exemple, on ne trouve pas systématiquement de gens qualifiés pour réparer un avion. Nous avons donc mis au point un appareil qui nécessite très peu d’entretien. 
 
Quels développements sont à attendre à l’avenir ?
Nous avons maintenant suffisamment de confiance  sur le plan technique, notamment après nos campagnes d’essais en soufflerie, pour lancer l’ATO (Autorisation to Offer) et démarrer la phase industrielle. Sur ce plan, il faut noter que notre société se focalise sur l’assemblage final de l’avion. Pour la fabrication et la constitution des sous-ensembles, nous nous appuyons sur un réseau complet d’industriels. Il s’agit de sociétés qui ont déjà une expérience aéronautique. La partie industrielle dont nous aurons la charge sera minimale dans l’opération : nous nous impliquons le moins possible dans le processus de fabrication.

Nous préférons laisser ça à des sociétés spécialisées et compétitives.

Nous avons un certain nombre de dossiers qui avancent en parallèle,  nous communiquerons de manière permanente avec la presse à chaque étape significative. Le lancement de Skylander était devenu l’un de nos objectifs, et on s’est tous mobilisés. Nous sommes très heureux du nombre important de lettres d’intention et sommes en avance sur notre plan de marche. On s’attendait à une centaine de lettres d’intention, après une année de prospection intensive, et on a atteint plus de trois fois ce chiffre. Les opérateurs nous disaient : «Vous avez le meilleur avion sur le marché, allez-y !»

Aujourd’hui, nous avons plus de cinquante opérateurs en prospection ; 22 ou 23 d’entre eux se sont exprimés. Les autres sont intéressés, et évaluent l’avion dans tous types de configurations.

L’attribution du label de Programme d’Intérêt National pour le programme Skylander vous a-t-il ouvert des portes ?
Incontestablement. Le fait d’être PIN est une décision collégiale de différents organes de  l’Etat Portugais. Le projet est considéré comme prioritaire, dans un pays qui veut développer son industrie aéronautique. Il y a très peu de labels PIN au Portugal ; il facilite indéniablement les rapports avec les administrations. Aujourd’hui, le support est là. Il faut savoir que nous développons plus qu’un projet : nous développons un environnement industriel aéronautique au Portugal.

Votre pôle ingénierie va-t-il profiter de la montée en puissance programmée du Skylander ?
Tout à fait. . Les deux activités que nous développons se complètent très bien ; nous valorisation notre savoir-faire par l’innovation. L’activité ingénierie poursuit sa croissance, elle était de plus de 20 % pour ce deuxième trimestre. Cet axe de développement est plus que jamais stratégique pour nous. D’ailleurs, nous répondons à des appels d’offre très importants pour les grands donneurs d’ordre de l’industrie aéronautique.  Nous sommes sur des dossiers qui vont aboutir prochainement à des projets de grande envergure. L’activité ingénierie est au centre de notre groupe et  nos partenaires industriels sont très satisfaits de la qualité de nos prestations.

Quid de la concurrence ?
Elle existe. Il y a aujourd’hui des avions militaires conçus dans les années 1960, et qui ont été transformés, mais qui sont très chers et génèrent des coûts de maintenance élevés. Il se vend sur le marché de l’occasion des vieux avions qui, au vu de la demande, sont pratiquement au prix du neuf aujourd’hui. Un avion d’occasion de 25 ans, est proposé entre deux et trois millions de dollars ; cela vous donne une idée du marché ! Il y a également une petite société de Colombie britannique basée au Canada, Viking Air, qui a racheté les plans d’un avion à Bombardier et qui planifie la remise en place d’une ligne de production d’une vingtaine d’avions par an. Nous sommes très heureux de constater que notre marché est démontré !
 
Sur le plan boursier, le parcours du titre Geci est très volatile. A quoi attribuez-vous cette volatilité ?
Les volumes varient entre 100 000 et 500 000 titres, ce qui est énorme. Il y a des investisseurs de long terme, que nous connaissons bien et qui, font confiance à l’entreprise et croient à son potentiel énorme. Il y a également des investisseurs de court terme qui viennent se placer sur notre valeur. Leur présence s’explique par le fait que l’action GECI est très liquide avec un flottant de 50 % , et elle se porte remarquablement bien malgré la crise internationale. 
 
Pensez-vous que la valorisation de la société reflète son potentiel ?
Nous avons un potentiel de développement immense. Nous sommes dans les starting-blocks. Nous sommes une PME de 700 personnes qui développe l’industrie aéronautique dans un pays important, le Portugal. Le Skylander est un superbe programme, et l’entreprise avec son  axe de développement ingénierie et sa stratégie de valorisation de l’expertise et du savoir-faire acquis a avec ce premier produit un futur qui nous fait changer de dimension.  La société a un énorme potentiel et ne peut qu’être valorisée de plus en plus dans le futur.
 
Un dernier mot pour vos actionnaires ?
Tout d’abord, tout se passe très bien. Nous n’avons aucun frein particulier. Nous bénéficions d’un soutien fort du coté portugais, les dossiers sont nécessairement complexes, mais progressent tous dans un environnement très favorable, nous avançons et respectons nos échéances.
 
Geci International a un vrai projet d’entreprise, nous avons une vision très claire de notre positionnement stratégique, c’est le fruit d’une longue réflexion, et  nous sommes déterminés à réussir nos objectifs. Nous nous appuyons sur des hommes et des femmes de grande qualité, et nous partageons tous la passion de notre métier et une farouche envie de réussir.

Propos recueillis par Antoine Pietri