(Zonebourse.com) - Le Groupe ADP a fait savoir que Paris-Orly avait obtenu le "niveau 5" du programme Airport Carbon Accreditation (ACA), présenté comme "la plus haute distinction internationale en matière de gestion des émissions de carbone des aéroports".
L'ONG européenne Transport & Environment (T&E), spécialisée dans la décarbonation du transport aérien dénonce une "véritable provocation".ADP n'est pas peu fier de ses chiffres : selon le gestionnaire d'aéroports, le site de Paris-Orly a réduit de 92% ses émissions internes de gaz à effet de serre en 2025, par rapport à 2010, atteignant avec cinq ans d'avance son objectif initialement fixé à 2030.
Les émissions résiduelles, soit 2 725 tonnes équivalent CO2, ont été compensées par des crédits carbone certifiés, permettant à l'aéroport d'atteindre le "zéro émission nette" sur ce périmètre.Le groupe met aussi en avant le recours aux énergies renouvelables, qui représentaient 87% de la chaleur consommée à Paris-Orly en 2025, grâce à la géothermie, à une pompe à chaleur et à la valorisation de la chaleur récupérée.
Selon le communiqué du groupe, les autres plateformes franciliennes affichent également des progrès, avec une baisse des émissions internes de 78% à Paris-Charles de Gaulle et de 48% à Paris-Le Bourget. Groupe ADP assure viser le "zéro émission nette" sur ce périmètre respectivement en 2035 et 2027. Il prévoit par ailleurs de couvrir 25% des besoins en électricité de ses trois aéroports par l'énergie solaire d'ici 2030, un taux qui devrait déjà dépasser 24% en 2027.
Transport & Environment dénonce un "mépris total"Si un oeil néophyte pourrait facilement s'enthousiasmer à la lecture de ces chiffres, Jerome du Boucher ne s'y trompe pas. Pour le directeur adjoint chargé de l'aviation chez T&E, le Groupe ADP fait ainsi tourner le "greenwashing à plein régime".En effet, "le label dont ils se congratulent ne couvre que les émissions internes à l'aéroport, qui représentent en moyenne 2% ses émissions de l'aérien. Il n'y a aucun critère contraignant sur les 98% d'émissions restantes", souffle le spécialiste, interrogé par Zonebourse.
Concrètement, si la certification ACA reconnaît les efforts réalisés sur les émissions relevant de la gestion aéroportuaire, elle occulte en réalité l'essentiel de l'impact climatique du transport aérien.Par conséquent, T&E juge trompeuse la communication du groupe sur la décarbonation de ses activités. "Tenter de se donner une image verte est d'autant plus révoltant à l'heure où le groupe ADP a conclu avec l'Etat un plan d'extension de ses infrastructures parisiennes. Ces extensions pharaoniques à plus de 8 milliards d'euros doivent permettre d'augmenter le trafic de 18 millions de passagers d'ici 2034", poursuit le spécialiste.
Selon les calculs de l'organisation, les extensions en question pourraient entraîner une hausse de 28% des émissions liées au trafic aérien de Paris-Charles de Gaulle à l'horizon 2050, par rapport à un scénario sans extension, une évolution que T&E juge incompatible avec les objectifs fixés par l'Etat dans sa Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).Jérôme du Boucher estime dès lors que parler de "décarbonation de ses activités" relève d'une "véritable provocation" et témoigne "d'un mépris total pour les objectifs environnementaux".Après un gain de 1,5% hier, le titre ADP s'adjuge 0,3% en ce début de matinée, autour des 106 euros.Copyright (c) 2026 Zonebourse.
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