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Interview de Geneviève Férone : directeur du développement durable chez Eiffage

Geneviève Férone

directeur du développement durable chez Eiffage

Attacher de l’importance à sa responsabilité sociétale conduit l’entreprise à pérenniser son activité

Publié le 19 Juillet 2006

De quelle manière est appréhendée la question de la responsabilité sociétale des entreprises par le groupe Eiffage ?
Le groupe Eiffage a une position très engagée dans ce domaine, décrite dans le rapport développement durable annuel.
L'importance du secteur dans lequel le groupe mène ses activités conduit à des équations nécessaires comme énergie/climat, démographie/urbanisation. Ces enjeux sont très importants compte tenu du cadre dans lequel l'entreprise évolue.
C'est ainsi que nous comptons une direction dédiée au développement durable travaillant avec plus d'une vingtaine de correspondants répartis en fonction de spécialisation qui correspondent aux métiers exercés tels l'environnement, les ressources humaines ou l'innovation.

Êtes-vous pour la réglementation en matière de RSE ?
Je crois qu'on a abandonné aujourd'hui l'idée de vouloir réglementer la RSE comme le démontre la récente décision de la Commission européenne et de privilégier une démarche volontaire des entreprises.
La RSE est un terrain mouvant. En réglementant, on risque de prendre du retard sur la réalité du marché. Le bon coté de la réglementation est la mise en conformité. De fait, des volets de la RSE ont été intégrés dans la réglementation, notamment au niveau européen et plus particulièrement en France, en matière de gestion de déchets, dans le domaine du social (avec la non discrimination, la diversité culturelle, le CV anonyme) ou encore dans celui de la gouvernance d'entreprise et de la transparence financière. La motivation de cette réglementation progressive réside dans la " rationalité économique à la française ". Si on prend l'exemple de la diversité, la perception d'une France à plusieurs vitesses ternirait l'image du pays et pourrait perturber l'économie. 

Comment s'assurer alors de la mise en application d'une politique de RSE dans les entreprises ?
 Pour pousser les entreprises à mener une politique effective de RSE, l'influence des investisseurs et des actionnaires est déterminante. Les ONG et la société civile n'ont pas réellement de véritables moyens de pression.
Par ailleurs, des indicateurs pertinents de la mise en application d'une politique de RSE au sein d'une entreprise sont l'existence d'une direction dédiée à la stratégie et au développement durable, le périmètre de audit interne pour vérifier la bonne application des règles de conformité en matière sociale et environnementale ainsi et que l'introduction d'un bonus fondé en partie sur des critères extra financiers pour les dirigeants opérationnels. Ceci est en cours de déploiement chez Eiffage.

Que pensez-vous des partenariats avec les ONG ?
Je suis contre ce type de partenariat. Certes, entretenir des relations étroites et continues avec une ONG est une bonne chose pour l'image de l'entreprise. Mais si l'on se place dans la logique du contre-pouvoir, l'ONG est censée défendre des intérêts qui le plus souvent sont antagonistes à ceux des entreprises. Si partenariat il y a, le contre-pouvoir disparaît et l'équilibre est rompu. Les ONG ont pleinement leur place en amont pour ce qui est de la détermination des enjeux latents et émergents de la RSE. Elles jouent un rôle crucial dans l'analyse et la cartographie des risques.  


Sur quels instruments vous basez-vous pour mener votre politique de RSE ?
Nous nous appuyons sur des référentiels internationaux comme le GRI, exercice intéressant de standardisation, les travaux de PUE, le Global compact auxquels nous adhérons complètement. Par ailleurs, nous élaborons nous-mêmes nos instruments : plans d'action, guides, outils de diffusion des bonnes pratiques, bilan RSE.

Qu'en est-il de la relation RSE / performance des entreprises ?
 La RSE a un impact indirect qui ne se "monétarise" pas toujours, sauf dans le champ environnemental. Elle apporte une certaine fluidité aux activités exercées et renforce la cohésion sociale. Si on prend l'exemple du handicap, une entreprise peut vivre sans les handicapés. Néanmoins prendre en compte les besoins de ces derniers et s'efforcer de les intégrer pleinement à l'entreprise apporte un élément de performance, d'amélioration. En quelques sortes l'entreprise devient plus intelligente. 
En conséquence attacher de l'importance à sa responsabilité sociétale conduit l'entreprise à pérenniser son activité,  à l'ajuster, à la faire évoluer. 

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