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Interview de Yohan  Salleron : Gérant actions chez Mandarine Gestion

Yohan Salleron

Gérant actions chez Mandarine Gestion

ArcelorMittal, Anglo American, BHP, Glencore, Total, Royal Dutch Shell, BP : nous sommes exposés aux sociétés mal aimées à tort par le marché

Publié le 28 Avril 2017

En quoi consiste la thématique de votre fonds Mandarine Valeur ? En quoi présente-t-elle un intérêt dans l'environnement actuel ?
Le fonds est spécialisé dans les actions européennes qui présentent une décote. Celles-ci ont été particulièrement chahutées depuis la survenance de la crise financière de 2008. Avec l’amélioration de l’environnement macroéconomique elles présentent un potentiel de rattrapage conséquent.

De quelle ampleur est ce potentiel de rattrapage ?

Il est dur à apprécier. La sous performance affichée par ces actions européennes décotées par rapport aux actions européennes de croissance se situe autour de 30%-40%. En absolu, le rebond dépendra de l’évolution des marchés financiers.

Quel est votre univers d'investissement ?

Nous nous intéressons aux sociétés européennes ayant une capitalisation boursière de plus de 1 milliard d’euros. L’univers représente environ 1500 valeurs.
Dans ce vivier, nous nous positionnons sur les actions qui-en considérant leur valorisation et leur rentabilité-présentent une décote par rapport à leur moyenne historique de dix ans. Elles sont environ 200.

Cela suppose-t-il un track record a minima de dix ans sur le marché boursier pour les sociétés dans lesquelles vous investissez ?

Pas nécessairement. Nous analysons les sociétés à la fois par rapport à leur propre historique et par rapport à l’historique de leur secteur et de leurs principaux concurrents.
Nous apprécions avoir un track record d’au moins 3 ans.
Nous n’investissons pas dans les sociétés nouvellement introduites en bourse.

En quoi consiste brièvement votre processus d'investissement ?

A partir d’une division du marché en une cinquantaine de sous-secteurs environ, nous présélectionnons les sociétés qui présentent une décote par rapport à une rentabilité moyenne et un niveau de valorisation moyen et nous investissons sur celles pour lesquels nous identifions un catalyseur, une raison pour laquelle cette décote devrait se résorber.

A partir de quels critères tangibles appréciez-vous la rentabilité et la valorisation ?

Nous apprécions la rentabilité à partir du retour sur fonds propres. Le critère retenu pour la valorisation sera fonction du secteur d’activité. Cela peut être le ratio prix sur valeur d’actif pour les sociétés financières, le ratio valeur de l’entreprise sur son résultat d’exploitation pour les sociétés industrielles.

En quoi se distingue-t-il tout particulièrement des autres fonds qui peuvent exister sur la même thématique ?

Nous cherchons à nous exposer aux sociétés mal aimées par le marché car elles sont confrontées à des difficultés passagères. En cela, nous avons une approche plutôt contrariante.
Nous avons été amenés, par exemple, à investir dans des sociétés de matières premières qui ont été très chahutées durant toute la première partie de l’année 2016. Nous avons ainsi constitué une ligne ArcelorMittal qui était descendu à 0,2 fois sa valeur d’actif, autrement 20% de la valeur de ses usines.

Quid de l'objectif de performance ?

Notre objectif de performance est de surperformer le Stoxx 600 dans la durée, entre cinq et six ans.

Quid de la performance avérée ces dernières années ?

2015 a été une année compliquée car les investisseurs ont cherché refuge dans les valeurs de croissance. La sous performance a atteint 10%. En 2016, le regain d’appétit du marché pour le risque a permis de générer une surperformance de 17%.
Depuis six ans, les investisseurs ont eu tendance à rechercher la sécurité et à se positionner dans les valeurs de croissance. Nous avons espoir que 2017 et les prochaines années se dessine une inversion de tendance.

Sur quels moteurs repose-t-il dans la configuration actuelle des marchés ?

Les moteurs qui pourraient conduire à une surperformance sont une confirmation de la reprise cyclique au niveau mondial et européen, et une meilleure capacité des entreprises à restaurer leur rentabilité.
Les valeurs décotées devraient également être portées par une remontée des taux obligataires à la fois aux Etats-Unis et en Europe. Historiquement il y a une forte corrélation entre la hausse des taux et la surperformance du style value.

Quels principaux risques identifiez-vous présentement pour votre univers d'investissement ?

Le risque principal est une remise en cause de la reprise cyclique. Les grandes banques centrales seront contraintes à retarder la remontée de leur taux directeur, ce qui sera défavorable aux valeurs décotées. 

Que pouvez-vous nous dire en ce qui concerne la concentration et de la rotation du portefeuille ?

Le fonds détient autour de 40 lignes. Il est plutôt concentré.

La rotation dépend du rallye du marché. Plus celui-ci est en hausse et plus nous sommes poussés à écrêter les titres du portefeuille dès lors que leur valorisation perd de son intérêt.
En 2016 la rotation a été importante. Le marché a violemment rebondi sur les titres décotés au second semestre de l’année dernière. Depuis, le turnover a diminué.
Une meilleure visibilité sur le front de la politique économique déployée dans l’Hexagone sera de nature à inciter les investisseurs à reprendre du risque, à favoriser à nouveau les valeurs les plus décotées, et de ce fait à augmenter le taux de rotation.
Nous avons peu de biais géographiques par rapport à l’indice de référence.

Votre fonds comporte-t-il des biais ? Comment les justifiez-vous ?

Il se peut en revanche que nous ayons des biais sectoriels marqués. Quand le marché fait des excès à la hausse, le fonds devient sous pondéré en valeurs cycliques et sur pondéré en valeurs défensives. A l’inverse quand le marché fait des excès à la baisse, le portefeuille privilégie les secteurs offensifs aux secteurs défensifs.

Présentement le fonds a un biais sur les secteurs cycliques durs : les matières premières et les valeurs énergétiques. Nous avons ainsi du ArcelorMittal, du Anglo American, du BHP, du Glencore, du Total, du Royal Dutch Shell, du BP.
Les incertitudes qui pèsent sur le prix du baril sont de nature à créer des opportunités pour renforcer nos convictions.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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