Interview de Stanislas Veillet  : President Directeur General

Stanislas Veillet

President Directeur General

Bio101 pourrait preserver la fonction musculaire pendant la perte de poids

Publié le 17 Septembre 2026

 

Pouvez-vous, pour commencer, présenter Biophytis ainsi que les principaux axes de développement de la société ?


 « Biophytis développe des candidats médicaments destinés à traiter les maladies liées à l’âge et à contribuer à l’amélioration de la longévité en bonne santé. »

Biophytis développe des candidats médicaments destinés à traiter les maladies liées à l’âge et à contribuer à l’amélioration de la longévité en bonne santé. Notre portefeuille est issu d’une plateforme de recherche développée il y a plus de dix ans en partenariat avec Sorbonne Université. Nous poursuivons aujourd’hui le développement de plusieurs candidats médicaments, en intégrant notamment l’intelligence artificielle dans nos travaux de recherche.

Notre produit le plus avancé est BIO101, développé à la fois dans la sarcopénie, une maladie caractérisée par une perte progressive de masse, de force et de fonction musculaires, et dans l’obésité pour contrecarrer les effets indésirables des GLP-1. Les échéances attendues ces prochains mois seront cruciales avec l’entrée de notre candidat médicament en phase 3 dans la sarcopénie, soit une première mondiale, et en phase 2 dans l’obésité.

Comment BIO101 agit-il sur le muscle et quels résultats cliniques permettent aujourd’hui d’envisager un bénéfice chez les patients traités contre l’obésité ?


 « L’obésité est avant tout un problème pathologique. »

L’obésité est avant tout un problème pathologique. Les patients atteints d’obésité sévère rencontrent souvent d’importantes difficultés de mobilité. Celles-ci s’expliquent par leur excès de poids, mais également par une faiblesse et une mauvaise qualité musculaires. Leurs muscles peuvent notamment contenir une proportion importante de graisse, malgré une masse musculaire apparemment conséquente.

Cette altération musculaire augmente les risques de chute, puis de handicap. Or, lorsque ces patients sont traités avec des produits qui font maigrir comme le GLP-1, la perte de poids importante obtenue en relativement peu de temps s’accompagne aussi d’une diminution de la masse maigre et, surtout, de la force musculaire. L’amélioration de la mobilité, de la marche ou de l’équilibre peut alors rester faible, voire inexistante.

Il est donc nécessaire d’associer à la perte de poids une action sur la fonction musculaire. BIO101 est une molécule anabolisante qui stimule le métabolisme protéique des muscles. Son action concerne les muscles squelettiques, mais également ceux qui interviennent dans les fonctions cardiorespiratoires.

Nous disposons déjà de résultats cliniques obtenus sur plusieurs centaines de patients dans différentes indications. Une étude de phase 2, réalisée principalement aux États-Unis et en Europe auprès de plus de 200 patients atteints de sarcopénie, a notamment montré une amélioration de la vitesse de marche de 400 mètres d’environ 10 %. Ces résultats soutiennent fortement l’hypothèse d’un bénéfice de BIO101 sur la fonction musculaire.

L’étude de phase 2 OBA doit inclure 164 patients en surpoids ou obèses traités par des agonistes du GLP-1. Quels résultats permettraient de considérer cette étude comme un succès ?


 « Nous espérons démontrer que BIO101 ne permet pas seulement de maintenir la vitesse de marche pendant la perte de poids, mais qu’il peut également l’améliorer, comme nous l’avions déjà observé lors de notre précédente étude de phase 2 dans la sarcopénie, en particulier chez les patients les plus âgés. »

Nous espérons démontrer que BIO101 ne permet pas seulement de maintenir la vitesse de marche pendant la perte de poids, mais qu’il peut également l’améliorer, comme nous l’avions déjà observé lors de notre précédente étude de phase 2 dans la sarcopénie, en particulier chez les patients les plus âgés.

Vous avez récemment modifié le protocole afin d’étudier l’effet de BIO101 sur la reprise de poids après l’arrêt des agonistes du GLP-1. Que cherchez-vous à démontrer ?


 « Après l’arrêt d’un agoniste du GLP-1, les patients reprennent généralement du poids : c’est ce que l’on appelle l’effet rebond. »

Après l’arrêt d’un agoniste du GLP-1, les patients reprennent généralement du poids : c’est ce que l’on appelle l’effet rebond. Nous allons donc étudier la capacité de BIO101 à limiter cette reprise et, nous l’espérons, à stabiliser le poids atteint à la fin de la période initiale de traitement.

Cet axe pourrait renforcer l’intérêt de BIO101 au-delà de la préservation de la fonction musculaire, en accompagnant les patients aussi bien pendant qu’après leur traitement par agonistes du GLP-1.

L’amendement relatif à cet effet rebond a été soumis aux autorités brésiliennes, tandis que d’autres dépôts sont prévus aux États-Unis et en Europe. Quelles étapes restent à franchir avant l’inclusion du premier patient ?


 « La préparation de l’étude est pratiquement terminée. »

La préparation de l’étude est pratiquement terminée. Nous nous sommes rapprochés de six centres cliniques spécialisés dans la prise en charge de l’obésité au Brésil, aux Etats-Unis et en Belgique. La mise en place de la base destinée à recueillir et à analyser l’ensemble des données cliniques est également presque achevée.

L’amendement consacré à l’effet rebond est un élément supplémentaire apporté au protocole. Il ne devrait pas poser de difficulté particulière et nous devrions obtenir les autorisations nécessaires dans les prochaines semaines.

Le dernier élément nécessaire au démarrage de l’étude était son financement. Cette question étant désormais résolue, nous confirmons notre objectif d’inclure les premiers patients dès le premier trimestre 2027.

Vous indiquez que l’étude OBA est financée jusqu’à la publication de ses premiers résultats, attendue au premier semestre 2028. Sur quelles hypothèses cette projection repose-t-elle ?


 « Nous avons récemment levé près de 5,3 millions d’euros et disposions par ailleurs d’environ 3 millions d’euros de trésorerie avant cette opération. »

Nous avons récemment levé près de 5,3 millions d’euros et disposions par ailleurs d’environ 3 millions d’euros de trésorerie avant cette opération. L’exercice des bons de souscription d’actions, favorisé par la remontée du cours de Bourse, nous a apporté des ressources complémentaires. À cela s’ajoutent près de 2 millions d’euros de lignes de financement disponibles. Nous sommes donc dans une situation très favorable, avec une excellente visibilité financière.

D’autant plus que le coût total de l’étude devrait s’établir autour de 5 millions d’euros. Ce montant relativement faible s’explique notamment par notre partenariat au Brésil, qui nous permet de bénéficier d’aides locales du gouvernement brésilien et de l’appui d’un important centre hospitalo-universitaire. Une étude comparable réalisée exclusivement en Europe et aux États-Unis, sans partenaire, aurait représenté un coût bien plus important.

Nos coûts fixes ont également été considérablement réduits au cours des deux dernières années. Notre capacité financière devrait donc nous permettre de lancer l’étude et de la conduire jusqu’à la publication de ses principaux résultats.

L’augmentation de capital de 5,3 M€ s’accompagne de 101,9 millions d’actions nouvelles et de bons pouvant donner accès à 127,4 millions d’actions supplémentaires. Comment expliquez-vous ce choix de financement aux actionnaires existants, et quels jalons pourraient, selon vous, justifier la dilution qu’il entraîne ?

 « L’augmentation de capital initiale vise d’abord à financer l’étude OBA. »

L’augmentation de capital initiale vise d’abord à financer l’étude OBA. Les bons de souscription constituent une possibilité de financement complémentaire : si le cours de Bourse retrouve des niveaux suffisamment élevés, à l’instar de l’été dernier, leur exercice pourrait apporter environ 7 millions d’euros supplémentaires à la société.

Ces ressources seraient notamment consacrées à la préparation de l’étude de phase 3 dans la sarcopénie, qui constituait historiquement la principale indication de BIO101. Le produit est déjà très avancé dans cette indication et nous disposons des autorisations nécessaires en Europe et aux États-Unis.

Il nous manquait toutefois, ces dernières années, un partenaire capable d’accompagner son développement. Nous l’avons désormais trouvé en Chine à travers la création d’une coentreprise à Hong Kong. Le financement obtenu doit permettre de faire progresser nos programmes, d’atteindre de nouveaux jalons cliniques et réglementaires et, par conséquent, de créer de la valeur. C’est cette création de valeur potentielle qui doit être mise en regard de la dilution supportée par les actionnaires.

Dans la sarcopénie, vous préparez l’étude de phase 3 SARA-31 avec l’appui de votre coentreprise à Hong Kong. Quelles autorisations et quels financements restent à obtenir avant son lancement, et quel calendrier d’inclusion du premier patient vous paraît aujourd’hui réaliste ?


 « La coentreprise créée à Hong Kong doit maintenant accélérer son activité opérationnelle. »

La coentreprise créée à Hong Kong doit maintenant accélérer son activité opérationnelle. Biophytis en est actionnaire à hauteur de 30%, mais conserve un rôle central : nous apportons la propriété intellectuelle ainsi que le dossier clinique et réglementaire, et nous coordonnons l’étude à l’échelle mondiale.

Notre principal objectif est désormais d’obtenir les autorisations nécessaires en Chine et de parvenir à un protocole commun avec l’Europe. L’étude doit être financée et menée principalement dans ces deux régions, avec éventuellement quelques patients recrutés au Japon.

Nous échangeons actuellement avec l’agence chinoise dans le cadre d’une procédure spécifique. Ces discussions portent notamment sur le produit, l’indication et, surtout, l’harmonisation du protocole entre la Chine et l’Europe.

Parallèlement, nous préparons l’étude sur le plan opérationnel, notamment à travers l’ouverture des centres européens. Sous réserve de la rapidité avec laquelle les autorités chinoises se prononceront sur le protocole, l’inclusion du premier patient pourrait intervenir à la mi-2027.

Vos partenaires asiatiques pourraient apporter jusqu’à 20 M$ à cette coentreprise. À quelles conditions ces fonds seront-ils versés, et comment seront répartis les droits sur BIO101, les futurs coûts de développement et les revenus éventuels entre la coentreprise et Biophytis ?


 « Ces investissements ont été calculés en fonction du coût estimé de l’étude en Chine et, plus largement, en Asie. »

Ces investissements ont été calculés en fonction du coût estimé de l’étude en Chine et, plus largement, en Asie. La coentreprise dispose de droits exclusifs sur BIO101 en Chine, en Corée et au Japon.

Les 20 millions de dollars doivent couvrir la partie asiatique de l’étude clinique, qui prévoit le recrutement d’environ 800 patients. De son côté, Biophytis prendra en charge le recrutement de 200 patients en dehors de l’Asie, principalement en Europe.

Au cours de la première année, nos partenaires doivent investir 10 millions de dollars, avec un versement initial de 3 millions de dollars attendu de manière imminente, dans les prochaines semaines, puis 7 millions au cours de l’année suivante. Les tranches restantes seront versées pendant les deuxième et troisième années afin de financer l’étude jusqu’à son terme. Le programme doit durer environ trois ans au total, dont approximativement dix-huit mois d’investigations.

Les revenus générés en Asie reviendront principalement à la coentreprise. Biophytis conserve l’intégralité des droits sur BIO101 en Europe et aux États-Unis, qui représentent les deux marchés les plus importants en valeur.

Biophytis pourra également bénéficier de redevances versées par la coentreprise lors de la commercialisation du produit. Leur niveau précis n’a pas été communiqué en raison de la confidentialité contractuelle. Enfin, Biophytis pourra profiter de la valorisation de sa participation de 30 % dans la coentreprise ainsi que des éventuels dividendes distribués par celle-ci.

L’accord conclu avec Blanver prévoit des paiements pouvant atteindre 108 M€ ainsi que des redevances sur les ventes. Quels versements sont déjà acquis, quels sont les principaux jalons encore conditionnels et quelle contribution concrète ce partenariat apporte-t-il aujourd’hui au financement de l’étude OBA au Brésil ?


 « L’accord conclu avec Blanver couvre quatre indications potentielles de BIO101 et prévoit des paiements pouvant atteindre environ 100 millions d’euros, auxquels pourront s’ajouter des redevances sur les ventes. »

L’accord conclu avec Blanver couvre quatre indications potentielles de BIO101 et prévoit des paiements pouvant atteindre environ 100 millions d’euros, auxquels pourront s’ajouter des redevances sur les ventes.

Les deux indications actuellement prioritaires sont la sarcopénie et l’obésité. Deux autres pourront également être développées, notamment en lien avec les effets de BIO101 sur les fonctions musculaires et respiratoires. Nous avions par exemple obtenu des résultats positifs lors d’une étude de phase 3 chez des patients atteints de formes sévères de Covid-19. Cette indication présente toutefois aujourd’hui un intérêt moindre compte tenu de la fin de la pandémie.

Le partenariat se concentre donc principalement sur la sarcopénie et l’obésité en Amérique latine, où cette dernière constitue un enjeu particulièrement important, comme dans l’ensemble du continent américain.

Les paiements prévus dans le cadre de l’accord demeurent conditionnés à l’atteinte de jalons dont le détail n’a pas été rendu public. Les conditions financières précises et le niveau des redevances, négociés spécifiquement avec ce partenaire, sont également confidentiels.

Concrètement, ce partenariat permet de couvrir une part essentielle des coûts engagés localement. Pour Biophytis, l’effort financier portera donc davantage sur les études menées en Europe et aux États-Unis, tandis que la majeure partie des dépenses réalisées en Amérique latine sera prise en charge dans le cadre de l’accord.

La suspension de cotation en 2026 et les réserves des commissaires aux comptes sur la continuité d’exploitation ont marqué les actionnaires. Après cette nouvelle levée de fonds, quelles mesures concrètes avez-vous prises pour améliorer la prévisibilité de votre financement et la transparence de votre communication financière ?


 « Cette suspension a été très difficile à vivre pour la société et, surtout, pour les actionnaires, qui n’ont pas pu acheter ou vendre leurs actions Biophytis pendant plus d’un mois. »

Cette suspension a été très difficile à vivre pour la société et, surtout, pour les actionnaires, qui n’ont pas pu acheter ou vendre leurs actions Biophytis pendant plus d’un mois.

Nous avons donc décidé de renforcer notre direction financière et de mobiliser davantage de ressources afin de travailler étroitement avec les commissaires aux comptes. Notre objectif est de leur permettre d’achever leurs travaux et de certifier les comptes dans les délais requis.

Le travail d’audit a également été simplifié, notamment grâce à l’établissement de comptes non consolidés. Les informations correspondantes ont été publiées dans nos rapports financiers.

Les retards rencontrés étaient principalement liés à nos contraintes financières, et non à une difficulté technique ou comptable. Grâce aux ressources dégagées lors de la récente opération de financement ainsi qu’à la mobilisation de notre direction financière et de nos commissaires aux comptes, nous devrions être en mesure d’éviter de nouveaux retards dans la publication de nos comptes.

La question de la continuité d’exploitation a également été traitée. Celle-ci est désormais assurée pour une période supérieure à douze mois grâce aux financements récemment obtenus.

Quel message souhaitez-vous adresser aux actionnaires de Biophytis à l’issue de cette nouvelle étape ?


 « Nous espérons que le marché continuera à reconnaître la valeur des projets de Biophytis. »

Nous espérons que le marché continuera à reconnaître la valeur des projets de Biophytis. Peu de sociétés de biotechnologie disposent d’un candidat médicament aussi avancé dans des indications aussi importantes que la sarcopénie et l’obésité. Nous avons été pionniers dans le développement d’un traitement contre la sarcopénie et BIO101 a déjà démontré son efficacité ainsi que sa sécurité d’utilisation.

Lors de la crise sanitaire, Biophytis figurait parmi les rares sociétés de biotechnologies ayant obtenu des résultats positifs dans les formes sévères de Covid-19. BIO101 avait alors démontré une réduction de près de 50 % de la mortalité. À cette période, la capitalisation boursière de la société avait atteint entre 100 et 200 millions d’euros pendant plusieurs mois. Nous considérons donc qu’il existe encore un potentiel d’appréciation important, même si celui-ci dépendra naturellement de la bonne exécution de nos programmes.

Nous disposons désormais d’un triptyque solide : une expertise clinique et réglementaire, des partenariats établis dans deux grandes régions du monde et les moyens financiers nécessaires pour poursuivre nos développements.

Notre priorité est maintenant de faire progresser l’étude OBA avec notre partenaire en Amérique latine et la phase 3 dans la sarcopénie avec nos partenaires chinois, tout en finançant notre part du développement en Europe et aux États-Unis. Nous voulons ainsi continuer à créer nous-mêmes de la valeur dans ces régions.

Il faut mentionner que nous échangeons également avec d’autres laboratoires, y compris des groupes de taille importante. Il est néanmoins trop tôt pour annoncer un nouveau partenariat.

Pour aller plus loin 
Consultez la fiche transactionnelle Achat / Vente de Biophytis 

 

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Imen Hazgui