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Interview de Bruno Colmant : Chef économiste de Degroof Petercam

Bruno Colmant

Chef économiste de Degroof Petercam

L'euro a acquis en 15 ans une certaine crédibilité

Publié le 13 Avril 2017

Que se passera-t-il en cas de sortie de la France de la zone euro ?
Si la France sort de la zone euro c'est pour faire défaut sur sa dette. Les titres en circulation seront redénominés en francs, ce qui s'assimile techniquement à un défaut. Cela peut ressembler à une bonne solution à court terme pour alléger le fardeau mais, très vite, les taux d'intérêt vont grimper et annihiler l'effet positif de la dévaluation. On ne dit pas assez que c'est grâce à l'euro que France peut aujourd'hui emprunter à des taux très faibles. Si l'on devait revenir au franc, les taux seraient 8 à 10 fois supérieurs à ce qu'ils sont aujourd'hui (environ 1% à dix ans, ndlr). L'épargne des particuliers serait, elle, dépréciée et les retraits aux guichets limités, comme ils l'ont été en Argentine ou en Grèce. L'inflation ferait son retour. Bref le pays serait dans une situation chaotique.

D'autres pays, comme l'Allemagne ou l'Italie, ont-ils intérêt à sortir de l'euro ?

L'euro, en 15 ans, a acquis une certaine crédibilité. Il est un facteur de mobilité des capitaux, des entreprises et des personnes en Europe, un facilitateur des échanges internationaux et une monnaie de réserve pour les banques centrales du monde entier. Il a montré sa résilience lors de la crise de 2008, puis pendant la crise grecque et la crise des pays périphériques. Aujourd'hui l'Allemagne est insatisfaite du niveau des taux d'intérêt mais elle profite de l'euro en tant que monnaie d'échanges internationaux. Quant à l'Italie, elle serait encore plus fragilisée que la France par une sortie de l'euro, compte tenu de son endettement et du manque de compétitivité de son économie. On estime que la lire serait dévaluée de 40% par rapport au deutsche mark en cas d'éclatement de l'euro.

Vous venez de publier un livre intitulé "L'euro, une utopie trahie". Quels reproches faites-vous à la monnaie unique ?
Au-delà des problèmes de gouvernance souvent évoqués – pas de gouvernement de la zone euro, pas de solidarité financière entre ses membres – je crois que l'euro souffre d'une divergence quasi philosophique entre les différents pays qui le composent. La monnaie, dans les pays protestants, est le symbole ultime de l'Etat. Elle doit être forte et stable. Dans les pays catholiques il est admis au contraire que la monnaie doit s'ajuster à l'économie réelle et qu'elle est un instrument de politique économique. Autrement dit dans les pays protestants – l'Allemagne, la Hollande notamment - la monnaie s'apprécie par le travail, dans les pays du sud elle se dévalue pour le travail. Ce débat, qui remonte bien avant la création de l'euro, ressurgit à chaque élection. D'un point de vue économique, l'euro est la monnaie d'une population vieillissante. Il y a dans les pays européens une crainte de l'inflation qui rogne le pouvoir d'achat des épargnants. C'est pourquoi on a créé une monnaie sans inflation mais avec du chômage. Jusqu'ici l'euro a protégé la rente au détriment de la création d'emplois.

Comment y remédier ?
Si l'on veut améliorer le fonctionnement de l'euro, il faut élargir le mandat de la Banque centrale européenne afin de lui permettre de poursuivre deux objectifs : la maîtrise de l'inflation et le plein-emploi. C'est le double objectif poursuivi par la Réserve fédérale américaine. Si l'économie américaine est aujourd'hui au plein-emploi c'est en grande partie grâce à la politique de la Fed. L'euro doit être plus en phase avec le niveau d'activité économique au sein de la zone. Mais l'euro sera toujours trop fort pour les pays faibles et trop faible pour les pays forts.

Propos recueillis par François Schott