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Interview de Christian Homsy : Directeur général de Celyad

Christian Homsy

Directeur général de Celyad

Aujourd'hui les investisseurs reconnaissent le potentiel de notre technologie et la profondeur de notre portefeuille en oncologie

Publié le 23 Mai 2017

Présentez-nous Celyad, anciennement Cardio3 BioSciences, et son positionnement dans l'univers européen des sociétés de recherche médicale…
Celyad est une société biopharmaceutique spécialisée dans le développement de thérapies cellulaires contre le cancer. Notre approche se base sur des cellules du système immunitaire, les lymphocytes T, que nous modifions grâce à une thérapie génique afin de les pousser à exprimer un Récepteur de Cellules Tueuses Naturelles (NKR) ciblant les cellules cancéreuses. Nous prélevons des cellules du patient ou d'un donneur que nous modifions avant de les réinjecter au patient. Cette nouvelle forme de thérapie génique, appelée 'CAR-T', vise une action beaucoup plus ciblée et puissante que la chimiothérapie et la radiothérapie. Elle a déjà permis des avancées très importantes pour certains cancers du sang (leucémies lymphoïdes aiguës ou chroniques et certains lymphomes). Notre objectif est de l'étendre à d'autres cancers grâce à notre expérience et à notre avance dans les technologies CAR-T.

Quels cancers ciblez-vous grâce à cette nouvelle approche ?
Notre portefeuille est assez fourni avec plusieurs cibles de récepteurs, dont certains sont présents dans plusieurs cancers. Notre produit le plus avancé, NKG2D, est actuellement testé dans sept indications différentes : deux cancers du sang (leucémie myéoloïde aiguë et myélome multiple) et cinq cancers "solides" (cancer de la vessie, de l'ovaire, du côlon, du pancréas et du sein). Cette étude de phase I, baptisée THINK, est menée dans plusieurs centres en Europe et aux Etats-Unis. Le premier segment de l’étude qui consiste à administrer des doses croissantes dans trois groupes de patients consécutifs a démarré début 2017 et devrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. L'objectif de cette première phase est de déterminer la dose la plus efficace de cellules à injecter pour chacun de ces cancers. Dans une deuxième phase nous élargirons l'étude à un nombre plus important de patients (environ 80) afin d'évaluer l'efficacité du traitement dans ces sept indications. Les résultats définitifs devraient être publiés au troisième trimestre 2018.

A quel horizon pensez-vous pouvoir commercialiser votre 1er traitement contre le cancer ?
Nous ne donnons pas de date pour une mise sur le marché car il est trop tôt pour se prononcer sur l'efficacité de nos traitements. Nous sommes cependant encouragés par les résultats obtenus par nos concurrents Novartis et Kite Pharma, qui devraient obtenir prochainement leur autorisation de mise sur le marché pour respectivement un traitement de la leucémie lymphoïde aiguë et le DLBCL (une forme de lymphome, ndlr). L'une des particularités de la thérapie génique est qu'elle ne nécessite pas de très grandes études cliniques pour démontrer son efficacité. Kite a ainsi déposé sa demande d'autorisation de mise sur le marché à l'issue d'une étude de phase II portant sur une centaine de patients. Nous visons, avec la même approche, d'autres indications.

Où en est votre traitement contre l'insuffisance cardiaque ?

Nous avons terminé un essai de phase III en juin 2016 dont les résultats n'ont pas atteint les critères primaires d’évaluation. Cependant un sous-groupe de patients a répondu favorablement au traitement. Nous avons donc conçu un nouvel essai destiné à ces patients, en optimisant un certain nombre de paramètres. La FDA américaine vient d'accorder le statut "Fast Track" à cet essai ce qui permet d'accélérer la procédure d'examen. Nous sommes aujourd'hui à la recherche d’un ou plusieurs partenaires stratégiques pour lancer l'essai, car nous voulons concentrer nos ressources financières à nos développements en oncologie.

Vous avez levé 100 millions de dollars lors de votre cotation sur le Nasdaq en juin 2015. A combien se monte votre trésorerie aujourd'hui ?

A fin mars la trésorerie s'élevait à 72,4 millions d'euros, ce qui nous permet de poursuivre l'ensemble de nos programmes cliniques et précliniques pendant deux ans. Cependant nous n'attendrons pas la mi-2019 pour retourner sur le marché dans la mesure où nous prévoyons les étapes suivantes, notamment le lancement d'une étude de phase II d'essais cliniques sur notre premier produit. Nous avons du temps devant nous.

Vous venez de signer un accord de licence avec Novartis pour l'utilisation de votre technologie "CAR-T allogénique". Quelles sont les implications pour Celyad ?

Il s'agit d'une première reconnaissance de la valeur intrinsèque de cette propriété intellectuelle. Notre approche en matière de production de cellules CAR-T allogéniques TCR déficientes a fait l’objet d’un dépôt de brevet aux USA, brevet qui a été octroyé en 2015. Comme il s'agit d'un brevet générique dans une approche qui intéresse aujourd'hui de nombreux acteurs, il a été attaqué à plusieurs reprises. Mais l'office américain des brevets l'a toujours confirmé, la dernière décision datant du mois de mars. Dans l’état actuel, toute entité qui veut commercialiser un traitement basé sur cette technologie doit au préalable trouver un accord avec nous. Novartis a été le premier à agir de façon proactive et rapide pour deux cibles thérapeutiques. Si le développement clinique va à son terme, Celyad pourra recevoir jusqu'à 96 millions de dollars plus des royalties sur les ventes. Je précise que Celyad n'est pas impliqué dans le développement de ces cibles par Novartis. Nous concentrons nos ressources sur notre propre pipeline tout en conservant le droit d'accorder d'autres licences sur d'autres cibles.

Avez-vous été approché pour un rachat ?

Nous avons des contacts mais nous ne sommes pas vendeurs. Nous avons la chance d'avoir un socle d'actionnaires solide qui sont dans une optique de construction d'entreprise à long terme. En revanche nous sommes ouverts, le cas échéant, au co-développement de l’une ou l’autre de nos plateformes si cela permet d'accélérer la mise à disposition de nouveaux traitements aux patients.

Le titre Celyad a doublé de valeur depuis le début de l'année après avoir atteint un plus bas historique fin octobre. Comment interprétez-vous ces fluctuations ?

La hausse depuis le début de l'année est une forme de rattrapage après la déception subie en juin 2016 suite aux résultats de notre essai en cardiologie. Aujourd'hui les investisseurs reconnaissent le potentiel de notre technologie CAR-T et la profondeur de notre pipeline. Je pense qu'ils apprécient également que nous gardions une communication prudente et que nous fassions ce que nous disons. Nous poursuivons le développement de notre portefeuille à un rythme soutenu avec deux produits en stade clinique, bientôt trois, et des premiers résultats intermédiaires attendus à la fin de l'année.

Propos recueillis par François Schott