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Interview de Daniel Fighiera : Directeur général délégué de Tocqueville Finance

Daniel Fighiera

Directeur général délégué de Tocqueville Finance

Nous avons investi dans Maisons du Monde dès l'introduction en bourse

Publié le 01 Juin 2017

Quel regard portez-vous sur les marchés actions ? La levée de l'incertitude politique liée aux élections présidentielles et législatives peut-elle profiter au CAC 40 ?
La situation politique en Europe est clarifiée, le scénario macroéconomique s'améliore de mois en mois et les résultats d'entreprises ont été supérieurs aux attentes au 1er trimestre. Cependant ces éléments ont déjà été pris en compte par les marchés, avec une hausse très rapide des principaux indices européens depuis le début de l'année. Cependant les marchés restent en mode "risk on", un peu par défaut, étant donné la faible attractivité des obligations souveraines et des produits à taux fixe. Nous pensons en outre que les arbitrages en faveur des actions européennes vont se poursuivre au cours des prochains mois, les investisseurs internationaux s'inquiétant désormais davantage pour les perspectives américaines.

Quels risques sont à surveiller aux Etats-Unis ?
Les derniers indicateurs pointent plutôt vers un ralentissement de la croissance américaine que vers une accélération. Par ailleurs, les difficultés de Donald Trump à concrétiser ses promesses de relance budgétaire et fiscale pourraient avoir raison de l'optimisme des marchés. Le scénario "reflationniste" qu'ont adopté les investisseurs après l'élection du nouveau président est aujourd'hui fragilisé. Si les taux d'intérêt ne remontent pas comme prévu dans les prochains mois, il risque d'y avoir une correction à Wall Street. J'imagine mal les marchés actions européens poursuivre leur hausse dans ce cas de figure. Même si, compte tenu des fondamentaux, ils résisteront certainement mieux que les indices américains. Quoiqu'il en soit nous sommes prudents et n'anticipons pas de hausse supérieure à 5% pour le CAC 40 d'ici la fin de l'année, par rapport aux niveaux actuels.

Où sont les opportunités aujourd'hui sur les marchés actions ?

Il est difficile aujourd'hui de trouver des opportunités d'investissement sur la base des valorisations. Les actions européennes sont en effet bien valorisées. Cela dit nous pensons qu'il reste des opportunités dans le secteur télécom car il affiche une performance négative sur un an glissant (-3% contre environ 25% de hausse pour le CAC 40). Les perspectives de rapprochements entre opérateurs demeurent intactes en France et dans d'autres pays européens. Nous apprécions également le secteur des services informatiques qui affiche des taux de croissance toujours soutenus et n'a pas retrouvé ses plus hauts en termes de valorisation. A contrario le secteur automobile, qui a extrêmement bien performé ces dernières années, nous semble cher en termes relatifs.

Quels sont vos principaux paris dans l'univers des actions de la zone euro ?

Notre fonds Ulysse associe les expertises de nos différentes gestions thématiques (dividendes, valeurs de croissance, situations spéciales). Le portefeuille est plutôt concentré autour d’une quarantaine de valeurs européennes de petite, moyenne et grande capitalisation, dans une philosophie d’accompagnement de long terme. Nous avons par exemple investi, dès son introduction en bourse, dans Maisons du Monde qui nous semble être une valeur de croissance intéressante, tout comme les sociétés de services informatiques Atos, que nous accompagnons depuis 2 ans, et Neurones, depuis plus de 15 ans, et qui sont nos deux principales positions, respectivement 6% et 4% du portefeuille. Dans la catégorie 'situation spéciale' nous avons gardé Zodiac Aerospace dans le contexte de l'offre de rachat de Safran. Nous jouons également la revalorisation des banques françaises et italiennes avec la remontée progressive des taux d'intérêt.

Le programme d'Emmanuel Macron peut-il profiter à certains secteurs ou certaines valeurs ?

Nous n'anticipons pas d'impact sur un secteur en particulier. Cependant si la confiance des ménages redémarrait, la consommation en tirerait logiquement bénéfice. Un titre comme Carrefour, détenu depuis l’an dernier, qui a plutôt mal performé au cours des derniers mois, pourrait en profiter, de même que ceux d'autres acteurs des biens de consommation courante que nous détenons également comme Fnac ou Seb. Plus généralement, nous serons bien sûr attentifs à tout mouvement de concentration sectorielle, comme évoqué précédemment dans le secteur des télécoms.

Propos recueillis par François Schott

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