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Interview de Lamine  Saidi : Gérant du fonds Candriam SRI Equity Emerging Market

Lamine Saidi

Gérant du fonds Candriam SRI Equity Emerging Market

Candriam SRI Equity Emerging Markets : nous faisons en sorte que 80% de la performance du fonds provienne de la sélection de titres

Publié le 16 Mai 2018

Le fonds Candriam SRI Equity Emerging Markets a dix ans cette année. Pourriez-vous nous rappeler dans quoi investit ce fonds ?
Ce fonds investit dans les actions de sociétés ayant leur siège social et/ou leurs activités principales dans les pays émergents.

Une approche ISR intervient en amont dans la définition de l’univers d’investissement. En quoi consiste-t-elle ?

Le fonds a pour vocation d’investir uniquement dans des entreprises « socialement responsables ». Celles-ci doivent être en mesure de répondre aux grands défis qui se posent en matière de développement durable (changement climatique, surexploitation des ressources, évolutions démographiques…), doivent avoir adopté des normes de gouvernance d’entreprise conformes à celles de sociétés comparables dans leur secteur (indépendance du conseil d’administration, diversité dans les effectifs, droits des actionnaires…) et doivent respecter les principes du Pacte mondial des Nations Unies en matière de droits de l’homme et du travail, d’environnement et de lutte contre la corruption.

Un filtre composé de 12 critères est minutieusement appliqué de manière équipondérée par notre équipe d’analystes indépendants.

Y a-t-il des critères d’exclusion ?

Certaines sociétés peuvent effectivement être écartées en raison de leurs activités controversées (alcool, tabac, contenus pour adultes, armement, jeu).

De combien de valeurs se compose actuellement votre univers d’investissement une fois ce filtre ISR appliqué ?

L’univers d’investissement éligible se compose de 438 valeurs

Sur ces 438 valeurs éligibles, nous tenons compte par ailleurs de l’empreinte carbone dans la sélection des titres. Dans le cas où les ratios financiers seraient analogues entre deux entreprises d’un même secteur, nous aurons tendance à choisir l’entreprise la moins polluante.

De quelle manière évaluez-vous cette empreinte carbone ?

Avec l’appui d’un Fournisseur de données qui fait référence, nous mesurons la densité de l’empreinte carbone en estimant le rapport émission de carbone sur génération du chiffre d’affaires.
L’objectif étant de mettre en parallèle des sociétés de même dimension.

A ce premier niveau d’analyse extra financière, s’ajoute un second niveau d’analyse financière ?

Effectivement. Ce second niveau repose tout d’abord sur l’identification de thèmes porteurs, comme l’émergence des réseaux sociaux, l’essor de la classe moyenne, la hausse des dépenses d’infrastructures ou encore des dépenses de santé.

Nous faisons également attention à la qualité de l’entreprise sous le prisme du retour sur fonds propres qui doit être supérieur à 15%, pour témoigner d’une relative pérennité de la dynamique de croissance affichée. Et, nous considérons la capacité de développement que l’entreprise est en mesure d’autofinancer.

Ce processus de gestion nous amène à conserver environ quatre-vingt-dix de valeurs de conviction dans le portefeuille.

C’est donc un portefeuille plutôt concentré ?

Oui. Cela se justifie par le fait que nous sommes dans l’optique d’un investissement de moyen-long terme. C’est aussi une manière d’éviter qu’un excès de frais de transaction vienne affecter la performance.

Ce fonds a dix ans d’âge. L’univers éligible s’est-il étendu au fil du temps ? Les entreprises des pays émergents se sont-elles davantage disciplinées ?

La taille de l’univers est restée relativement stable. Il y a cependant eu un important turnover au sein de l'univers initialement retenu. Les entreprises du secteur de l’énergie et des matériaux de construction a progressivement laissé place aux entreprises de hautes technologies dans le benchmark de référence du fonds qui est le MSCI World.
Ainsi alors que le secteur l’énergie a perdu plus de la moitié de sa valeur sur dix ans, le poids de la high tech a quasiment triplé.

Une telle configuration du benchmark vous conduit-elle à avoir des biais apparents dans votre portefeuille ?

De manière à maintenir un certain équilibre sectoriel à l’intérieur du portefeuille nous nous efforçons de rechercher une entreprise alternative pour chaque entreprise que nous excluons.

De plus, nous pouvons puiser en dehors de l’indice jusqu'à 15% des actifs du fonds.

Des critères ont-ils été inclus pour répondre à la spécificité de l’appartenance de ces entreprises à des pays émergents ?

Pas vraiment. Les entreprises des pays émergents éligibles à notre fonds ont effectué les efforts nécessaires pour fonctionner dans une large mesure comme les entreprises des pays développés sur le plan de la communication, des reportings.

Toutefois, nous pouvons penser que l’ISR est plus complexe sur les marchés émergents que sur les marchés développés. De quelle manière parez-vous aux enjeux liés à la transparence, à la fiabilité des données ?
Les données utilisées sont auditées par des grands cabinets comptables, des « workplaces companies », et donc fiables. En outre, nos analystes n’hésitent pas à aller à la rencontre des dirigeants des entreprises soit directement dans les locaux des entreprises soit à l’occasion de la tenue d’assemblées générales des actionnaires.

Pouvez-vous nous parler d’une valeur particulièrement intéressante sur laquelle vous avez décidé de vous positionner ?

Nous avons constitué une position sur une importante société chinoise qui fabrique des panneaux solaires. La société qui n’est pas incluse dans le benchmark du fait de sa moindre dimension relative a su déployer son activité en Chine et dans d’autres pays du sud-est.

La société s’inscrit dans le thème porteur de l’énergie alternative. Elle réunit l’avantage d’avoir une rentabilité des fonds propres supérieurs à 15% et celui d’avoir une trésorerie abondante. Elle jouit par ailleurs du soutien de l’Etat chinois qui affiche une claire volonté de réduire la pollution dans le pays.
Sur un plan extra financier, la société a un score élevé dans l’ensemble des champs qui composent le filtre ISR.

Qu’en est il de la performance du fonds ?

La performance dégagée a été bonne sur l’ensemble de la période. Nous faisons en sorte que 80% de la performance du fonds provienne de la sélection de titres.

Quel a été l’impact du filtre ISR sur la performance du fonds ?

L’impact du filtre ISR sur la performance a été relativement marginal.




Propos recueillis par Imen Hazgui