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Interview de Christine  Guillen : Co-fondatrice et directrice générale d'ELSALYS Biotech

Christine Guillen

Co-fondatrice et directrice générale d'ELSALYS Biotech

Notre principale motivation est d'être la première société française à commercialiser un produit en immunothérapie

Publié le 25 Mai 2018

Pouvez-vous nous présenter ELSALYS Biotech.
ELSALYS BIOTECH est spécialisée en immunothérapie dans le domaine de l’oncologie et des maladies rares. Nous concevons et développons une nouvelle génération d’anticorps thérapeutiques ciblant les tumeurs et leur microenvironnement immunitaire. Ces anticorps traitent le système immunitaire en l’activant quand il est inhibé par une tumeur ou le ralentissent, au contraire, quand il est activé dans des situations pathologiques.
La société, créée en 2013 à Lyon, compte 17 salariés issus de l’industrie pharmaceutique dont des docteurs en science spécialisés en immunologie, biologie moléculaire, biologie cellulaire, et des docteurs en pharmacie. La société s’est également entourée de consultants séniors médecins et développeurs.

Sur quels produits travaillez-vous plus précisément et à quelle phase de développement en sont vos différents programmes ?

Nous menons actuellement 5 programmes de développement d’anticorps. Le LEUKOTAC®, est notre produit le plus avancé au stade de l’enregistrement et dans une indication rare : la maladie du greffon contre l’hôte cortico-résistante. Celle-ci survient à l’occasion d’une greffe de moelle à un patient, qui a un déficit immunitaire à la naissance (des enfants) ou une leucémie et pour lequel les premières lignes de traitement ont échoué. La moelle osseuse est un système immunitaire complet qui détruit toutes les cellules immunitaires du système initial. Dans la moitié des cas, elle se suractive et détruit aussi la peau, le système digestif et le foie du patient. Les cliniciens traitent alors avec de la cortisone. Malheureusement la moitié des patients résistent à ce traitement corticoïdes, le LEUKOTAC® est alors administré. C’est un produit qui a déjà traité 2 300 patients, enfants et adultes. Il a déjà passé tout le processus de développement clinique avec les phases I, II et III et nous travaillons maintenant à son enregistrement.

En janvier 2018, nous avons signé un accord d’option de licence avec les laboratoires THEA pour un autre anticorps qui a des indications en ophtalmologie. Il cible la prolifération des vaisseaux anarchiques au niveau de la rétine, retrouvée dans des pathologies telles que la dégénérescence maculaire liées à l’âge, les rétinopathies diabétiques (effets secondaires liés au diabète) et les occlusions (thromboses au niveau de la veine rétinienne). Nous recourons au partenariat pour cette application en ophtalmologie car elle n’est pas dans notre domaine et nous travaillons maintenant sur la même cible en oncologie avec d’autres applications.

Un troisième anticorps est en cours d’évaluation par un leader de l’industrie pharmaceutique pour une utilisation en combinaison avec un de ses produits afin d’en augmenter l’efficacité et la portée à d’autres patients dans des indications telles que : le cancer du poumon, de la peau, de l’ovaire et du colon. Nous attendons pour ce produit un accord de licence pour l’année prochaine.

En parallèle, nous travaillons sur deux autres anticorps qui sont à un stade plus précoce, dont un qui a été sélectionné par Astra Zeneca dans le cadre de son programme REALIZE.

Quelle est votre stratégie de développement sur votre domaine d’activité ?

Notre stratégie de développement est axée sur la maîtrise des risques, avec un portefeuille diversifié sur les cibles adressés, les mécanismes d’action et les formats d’anticorps. Cela nous permet, en fonction des résultats que l’on obtient, de choisir la meilleure stratégie de création de valeur : privilégier un accord de licence avec un groupe pharmaceutique pour un produit visant des indications thérapeutiques larges ou garder la maîtrise du développement clinique et de la commercialisation pour des indications plus rares.
Notre modèle économique mixe ainsi deux sources de revenus : des revenus directs (ventes futures du LEUKOTAC®) et indirects via des partenariats avec des experts de leur domaine. A la levée de l’option par les Laboratoires Théa en fin d’année, ce partenariat pour l’anticorps en ophtalmologie va nous permettre de percevoir des redevances de vente et des revenus de sous-licence quand ils signeront un accord avec d’autres partenaires pour développer les ventes sur un autre territoire. Nous espérons fonctionner avec le même procédé pour le produit en cours d’évaluation par la société pharmaceutique.

Quel potentiel commercial estimez-vous pour vos produits les plus avancés ?

Le LEUKOTAC® vise un marché d’une maladie rare. C’est un petit marché mais il est certain : le besoin médical est extrêmement fort et il n’y a pas de produit enregistré dans son indication. Sur ce marché, le chiffre d’affaires mondial potentiel est de l’ordre de 100 millions d’euros par an.
Les marchés des autres produits sont beaucoup plus gros. Pour le produit en ophtalmologie, le marché peut atteindre 20 milliards de dollars.

Quelles motivations vous conduisent à vous introduire sur Euronext Growth ?

Nous espérons lever 15 à 19,8 millions d’euros en milieu de fourchette.
Notre principale motivation est d’être la première société française à commercialiser un produit en immunothérapie en enregistrant le LEUKOTAC®. Nous visons une autorisation de mise sur le marché conditionnelle en 2020 pour l’Europe et une mise le marché aux Etats-Unis en 2021. Une partie des fonds levés (5 à 6 millions €) couvriront les coûts relatifs à la réalisation de cet objectif avec un horizon de moins de 18 mois : la production de lots, le dépôt du dossier à l’agence européenne, la préparation et la soumission de notre plan pédiatrique.
L’autre partie des fonds servira à financer le développement de nos autres produits en portefeuille, le renforcement de notre équipe.

Comment vos actionnaires et partenaires se positionnent-ils dans cette nouvelle étape ?

Plusieurs investisseurs nous accompagnent déjà depuis notre création. Nous avons eu des fonds d’amorçage de Sofimac Innovation (fonds de capital-innovation national) et de Transgene. Puis, IM Europe, filiale de l’Institut Mérieux, et Crédit Agricole Création sont entrés au capital en 2015. Tous sont mobilisés pour le développement d’ELSALYS.
A l’occasion de notre introduction en Bourse, la confiance dans notre projet d’entreprise est confortée par les engagements d’IM Europe et des Laboratoires Thea à souscrire pour un montant total de 5,5 millions d’euros.

Avez-vous des perspectives chiffrées à court-moyen terme ?

Nous ne sommes pas encore en mesure de chiffrer des objectifs. Pour le moment, nous visons le dépôt d’une demande d’Autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour le LEUKOTAC® fin 2018 pour être en capacité de traiter des patients dès 2019.

Envisagez-vous de recourir à la croissance externe ou de nouveaux partenariats ?

Le développement via des partenariats fait partie de notre ADN. En revanche, nous ne sommes pas fermés à une opération de croissance externe, mais cela ne figure pas dans notre scénario à court terme.

Le secteur des biotechnologies est très concurrentiel. Comment percevez-vous cette concurrence et quels sont vos atouts pour vous démarquer ?

Le secteur de l’immuno-oncologie est hautement compétitif avec quelques leaders mondiaux (BMS, Merck, J&J, Roche). Cependant, une société comme ELSALYS Biotech, qui a un portefeuille très innovant, a une carte à jouer. Nous travaillons sur des cibles « first-in-class » non travaillées par d’autres. Notre valeur ajoutée est cette capacité d’être le premier entrant sur des cibles, portée par une équipe dynamique et un réseau mondial.
Pour notre produit LEUKOTAC®, la fenêtre de tir est maintenant. Notre principal concurrent, Novartis, sera en phase clinique jusqu’en 2019. Notre avantage sur le timing et notre profil de sécurité - notre produit étant extrêmement bien toléré - devraient nous permettre de garder notre avance.

Propos recueillis par Caroline Durand Friot