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Interview de Alain Pitous : Directeur Général - Associé et Gérant de Talence Gestion

Alain Pitous

Directeur Général - Associé et Gérant de Talence Gestion

Le Cac 40 pourrait récupérer encore 5% à 6% d'ici fin décembre

Publié le 18 Juin 2018

Quel regard portez-vous sur l’environnement actuel ?
La toile de fond macroéconomique est relativement favorable. La croissance mondiale devrait s’établir entre 3,5% et 3,8%.
Dans la mesure où les taux d’intérêt restent relativement bas, et l’inflation demeure assez faible, une croissance de chiffre d’affaires de 5% ou 6% est à même de conduire à un résultat par action de 8% à 10% en Europe.
Dans ces conditions, nous pourrions en déduire que toute allocation d’actifs devrait donner la primeur aux actifs risqués, en premier lieux desquels les actions.

Toutefois, plusieurs signaux négatifs se sont allumés ces dernières semaines qui tendent à freiner l’ardeur des investisseurs.
Tout d’abord, la situation politique en Italie peut paraitre reste préoccupante. Dans le cas où les tensions palpables ces dernières semaines venaient à contaminer durablement la dette italienne, cela pourrait mettre à mal le secteur bancaire italien, et par effet de contagion fragiliser le secteur bancaire européen à un moment où la politique de la Banque centrale européenne se veut moins accommodante. Des incidences sur la croissance dans la région pourraient par conséquent se faire ressentir.
Un autre signal négatif est lié aux multiples changements d’attitude de Donald Trump. Ce dernier ne ce cesse de souffler le chaud et le froid aux quatre coins de la planète. Les tergiversations relayées en particulier dans le domaine commercial sont de nature à nourrir la prudence des grandes entreprises internationales et à freiner les investissements internationaux. De nombreuses sociétés européennes ont d’ores et déjà manifesté leur intention de geler leur projet d’affaires dans les pays pointés du doigt par le Président américain comme l’Iran.

Une troisième zone d’ombre réside dans la hausse du cours du pétrole qui rogne le pouvoir d’achat de très nombreux consommateurs et pèse sur les couts de production de beaucoup d’entreprises utilisatrices de la matière première. Selon les études d’importantes organisations internationales, un prix du pétrole qui resterait à 80 dollars pourrait réduire la croissance mondiale de 0,2% à 0,5%.

Enfin, un dernier aléa est relatif à l’appréciation du dollar qui pousse à un creusement du déficit commercial des Etats-Unis déjà très déséquilibré. Un recul de la parité euro-dollar à 1,10 ne serait pas de bon augure.
La revalorisation du billet vert est également un handicap à prendre en compte pour la sphère émergente. Les pays caractérisés par une non indépendance de la Banque centrale, et l’absence d’une politique fiscale pertinente, parmi lesquels l’Argentine et la Turquie, n’ont d’ailleurs pas été épargnés. Un doute s’est progressivement installé au sujet de pays voisins, comme le Brésil.

Ces différents points d’attention ont eu pour effet d’ébranler la confiance des investisseurs témoignée à l’égard d’un environnement qui de prime abord est favorable pour les actifs risqués.

Doit-on craindre, selon vous, une nouvelle crise de dette au sein de la zone euro ?

Jusque-là, les tensions politiques en Italie n’ont pas été sans conséquence sur les actifs financiers italiens. Les spreads des taux dix ans italiens avec les taux dix ans allemands se sont élargis. Les actions italiennes ont notablement corrigé.
Pour autant, le danger d’un dérapage, s’il existe, ne nous parait pas significatif. La marge de manœuvre des dirigeants italiens est étroite. La Banque centrale européenne continue à être aux commandes. Le secteur bancaire italien a été grandement nettoyé de ses créances douteuses.
Nous sommes d’avis que le bon sens devrait finir par l’emporter, à l’instar de ce qui s’est passé en Grèce. Nous ne misons pas sur un scénario catastrophe où le gouvernement en place se lancerait dans un processus de sortie de l’Italie de la zone euro, avec des marchés actions qui s’effondreraient de 30% à 40%, et la survenance d’une récession durable sur plusieurs années.

Que surveillez-vous tout particulièrement pour apprécier l’évolution de cette menace italienne ?

Nous surveillons de près le niveau des taux italiens à 2 ans et 10 ans qui renseigne sur le niveau de difficultés auquel peuvent être confrontées les banques italiennes. Nous suivons également attentivement le niveau de l’euro pour palper la confiance des investisseurs internationaux dans la solidité de la zone euro.
Qu’en est il de votre positionnement actuel sur les actions ?
Dans une optique de préservation du capital de nos investisseurs, nous avons fait le choix de lever le pied les investissements en actions en attendant de voir plus clair.
Avec un CAC 40 au-dessus de 5500 points, nous jugeons le risque dissymétrique, autrement dit nous pensons qu’il y a plus à perdre qu’à gagner.

Dans un contexte de volatilité plus élevée, il est moins aisé à partir des niveaux de valorisation actuels de concrétiser des performances substantielles. En revanche, la prime de risque est plus encline à rapidement se reconstituer.

Avez-vous des biais actuellement dans votre allocation ?

Nous sommes davantage positionnés sur les actifs européens que sur les actifs américains. Nous sommes très peu présents dans les actifs émergents où nous mettons l’accent sur l’Asie.
La gestion sous mandat met à l’honneur les sociétés qui offrent une belle visibilité sur leurs résultats, sont en croissance, affichent une bonne stratégie d’investissement, et sont en mesure redistribuer un surplus de leur trésorerie aux actionnaires.

En dehors, nous avons un meilleur appétit pour les actions cycliques et décotées
Profitez-vous des replis occasionnels pour revenir sur le marché ?
Nous sommes avant tout, investisseurs, sur le long terme sur des dossiers sur lesquels nous avons une conviction forgée à partir d’une analyse foncièrement fondamentale.

En cela, nous ne nous contentons pas de replis ponctuels pour nous mettre en face d’un marché sous pression.

Qu’est ce qui pourrait vous amener à renforcer votre allocation dans les actions d’ici la fin de l’année ?

Si deux schémas venaient à se présenter. Dans le premier schéma, les marchés actions corrigent fortement. L’indice CAC 40 descend à 5100 points. Nous serions alors tentés d’accroitre notre poche actions, pour atteindre 60% contre 40% aujourd’hui si l’on considère un portefeuille équilibré. Cela pourrait se produire cet été.
Second schéma, un ou plusieurs des risques identifiés, qui n’ont pas vocation à disparaitre instantanément, s’atténuent à la suite de déclarations ou actions diverses. Nous serions là aussi incités à nous renforcer sur les actions à hauteur de 50%-55%.

Quid de la mise en place de protections dans votre allocation ?

Nous ne mettons en place de protections pour ne pas subir les contrecoups similaires à ceux qui ont découlé des protections érigées au moment du Brexit ou encore après l’annonce de l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. A la suite de ces événements, les protections à l’œuvre se sont avérées très couteuses car le marché est allé dans le sens contraire de ce qui était pressenti.

Finalement quelle évolution du marché escomptez-vous d’ici la fin de l’année ?

Le marché des actions européennes devrait poursuivre sa hausse au gré de l’annonce de résultats positifs des entreprises.
Typiquement l’indice CAC 40 devrait performer entre 8% et 10% en moyenne sur l’ensemble de l’année. Il pourrait récupérer encore 5% à 6% d’ici fin décembre.
Au-delà de choisir le bon timing pour se positionner, exercice qui n’est pas des plus évident, il est nécessaire de savoir être suffisamment diversifié ce qui reste la meilleure solution pour optimiser la gestion de son épargne mais qui nécessite une discipline constante !



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Propos recueillis par Imen Hazgui

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