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Interview de Christophe  Douat  : Président du directoire de MEDINCELL

Christophe Douat

Président du directoire de MEDINCELL

MEDINCELL est la deuxième société pharmaceutique à s'introduire sur Euronext avec un produit en phase III

Publié le 24 Septembre 2018

Présentez-nous votre société et son domaine d’activité.
MEDINCELL est une société pharmaceutique, fondée en 2002 près de Montpellier.
Notre activité repose sur le développement d’une technologie de reformulation innovante de médicaments existants, baptisée BEPO, qui permet la prise de médicament via une injection sous-cutanée. Cette technologie est basée sur des polymères biodégradables. Le travail de nos chercheurs est de définir, pour tous les produits reformulés, les polymères qui fonctionnent avec une molécule précise, et de trouver le bon mixte de polymères.

De 7 collaborateurs en 2009, MEDINCELL est passée à 120 personnes aujourd’hui, dont 50 chercheurs venant de 30 nationalités différentes.
Une des particularités de MEDINCELL est son modèle d’entreprise innovant, proche de sociétés de la Silicon Valley. Nos 120 collaborateurs sont actionnaires. Les deux tiers du capital appartiennent à des personnes qui sont encore actives dans la société, dont presque 20 % aux employés. Nous avons ainsi une équipe extrêmement motivée, autonome et qui a des intérêts alignés avec nos futurs actionnaires.

En quoi MEDINCELL est-elle différente d’une société de biotechnologie ?

Nous utilisons des molécules connues et déjà commercialisées pour en faire de nouveaux traitements et de meilleurs produits. C’est ce qui nous distingue d’une biotech, dont l’activité et les risques associés portent sur le développement de nouvelles molécules.
Nous travaillons sur des développements pharmaceutiques qui coûtent moins cher et plus rapides car leur processus réglementaire est accéléré.

Sur quels produits travaillez-vous et qu’apporte votre technologie BEPO dans les traitements médicaux ?

Notre premier groupe d’indication, avec la technologie BEPO, est la durée du traitement. Nous développons des injections de longue action qui permettent de promouvoir l’observance, c’est-à-dire la prise effective du traitement par le patient pour qu’il soit efficace. Concrètement, nous remplaçons la prise de pilule quotidienne par une injection qui diffuse le médicament dans le corps pendant une durée choisie de plusieurs semaines à plusieurs mois. Notre produit le plus long diffuse pendant 6 mois. Les statistiques montrent qu’un patient sur deux ne démarre pas ou ne suit pas son traitement. L’OMS reconnaît elle-même que la priorité n°1 de la santé dans le monde est de s’assurer que les patients prennent leur traitement.

La schizophrénie, qui touche 1 % de la population dans le monde, est notre première application. Des produits de première génération existent sous forme d’injections intramusculaires, mais sont douloureuses et complexes. Notre produit de nouvelle génération consiste en une injection sous cutanée, beaucoup moins douloureuse, avec une aiguille fine et vise à diffuser le médicament pendant 2 mois. Pour ce produit nous avons, depuis 5 ans, une collaboration très forte avec Teva, un des géants mondiaux de la pharmacie, spécialiste du système nerveux central.

Une deuxième application relative à la durée du traitement est la contraception. Les produits de longue action sur le marché ne sont pas satisfaisants. Ce sont soit des injections intramusculaires, soit des implants non biodégradables qu’il faut retirer par une intervention chirurgicale. La Fondation de Bill et Melinda Gates nous a choisis pour développer un contraceptif de longue action sur 6 mois, injectable sous cutanée et biodégradable. Notre collaboration a démarré il y a un peu moins d’un an, ils nous ont attribué 3,5 millions de dollars pour la phase de formulation. C’est une collaboration passionnante pour MEDINCELL qui veut être une société à fort impact dans la santé dans tous les pays du monde, et pas uniquement dans les pays développés. Et nous voulons démontrer que nous pouvons le faire de manière profitable car nous garderons les droits du produit pour les pays développés.

Y’a-t-ils d’autres indications pour lesquelles des produits sont bien avancés ?

Oui, il y a un autre type d’application où nous pouvons avoir un impact très fort. Notre technologie BEPO fonctionne avec l’injection sous la peau d’un petit liquide visqueux. Juste après, ce liquide précipite et forme une petite boule de la taille d’un demi petit pois, basé sur des bio-polymères, dans lequel le médicament est encapsulé. Ces bio-polymères vont se dégrader et permettre au médicament de se diffuser. C’est l’équivalent d’une mini-pompe virtuelle qui libère un médicament dans la durée de façon sécurisée. Et nous pouvons l’injecter localement dans le corps.

Notre deuxième produit le plus mûr en termes de développement utilise ce principe. Nous travaillons avec une équipe de chirurgiens orthopédiques du Canada pour le traitement post-opératoire de pose de prothèse. Un quart des patients souffrent de graves problèmes d’inflammation mais ne peuvent pas prendre d’anti-inflammatoires, contre-indiqués avec la prise d’anti-thrombotiques. Nous avons développé un petit BEPO qui est placé à l’endroit opéré pour libérer l’anti-inflammatoire pendant plus d’un mois.

Nous travaillons sur un nouveau produit avec une application locale, qui sert d’anesthésie pendant la chirurgie et d’analgésie pendant 4 jours. Cela évite l’injection de l’anesthésie par cathéter, puis la prise d’opioïdes. Et cela permet aux patients de rentrer plus rapidement chez eux après une opération.

A quelle phase de développement en sont vos différents produits ? Et quelles sont leurs perspectives de commercialisation ?

Notre produit le plus avancé, pour le traitement de la schizophrénie, est en phase III des essais cliniques, qui est la phase finale avant les essais sur l’homme. Elle a démarré en mai pour 24 mois jusqu’en mai 2020, avec des résultats intérimaires fin 2019, et sera suivie de quelques mois pour recevoir l’approbation, puis démarrer la commercialisation. Sur les 50 sociétés qui ont rejoint Euronext dans le secteur de la pharmacie, MEDINCELL est la deuxième, historiquement, à détenir un produit en phase III.
Teva a été très satisfait des résultats obtenus sur le premier produit. Il a démarré deux autres produits avec nous, dont un qui est entré en phase préclinique cet été et le troisième, qui a aussi une application pour la schizophrénie, devrait démarrer son processus réglementaire en 2019.

Le produit en application orthopédique post-opératoire est en phase II des essais cliniques aux Etats-Unis. Celui pour l’application anesthésique locale, devrait démarrer les essais en 2019.

Le produit pour la contraception est en phase de formulation. Son potentiel commercial, notamment aux Etats-Unis, est considérable.

Nous ajoutons d’autres produits au fils du temps, toujours avec la même technologie de base sur des molécules connues. Chacun a un potentiel financier significatif.

Comment avez-vous financé jusque-là vos recherches et essais ?

C’est une autre particularité de MEDINCELL. Nous avons réussi à nous développer seul pendant toute la première phase de développement. Puis nous avons signé ce gros partenariat avec Teva qui nous a apporté des moyens financiers. Par la suite, Teva nous a accordé un prêt de 15 millions de dollars pour accélérer notre recherche.

Il y a un an, après validation de notre technologie, de notre business model et équipe, et à l’appui de mon expérience chez Boston Consulting Group, nous avons conclu que nous étions prêts pour des investissements créateurs de valeur. Nous avons donc décidé de faire rentrer les premiers investisseurs financiers : CM-CIC Innovation, Seventure Partners (Natixis Banque Populaire) et BNP Paribas Développement ont investi ces douze derniers mois. De plus, en mars 2018, la Banque européenne d’investissement (BEI) nous a octroyé 20 millions d’euros en trois tranches.

Notre objectif est de travailler sur un plus grand nombre de produits et de les amener dans des phases de développement plus en aval pour accroître la valeur créée.

Par ailleurs, notre cœur de métier est basé sur des polymères. Pour s’assurer de leur industrialisation de manière façon fluide, nous avons développé une alliance avec le n°1 mondial des bio-polymères, Corbion, une société hollandaise cotée sur Euronext. Cette alliance s’est transformée en joint-venture qui produit les polymères sur des lignes de production industrielles pour toutes nos applications. Nous avons ainsi éliminé le risque d’industrialisation, qui est le risque principal d’évolution des sociétés biotechnologiques.

Comment comptez-vous utiliser vos 34 à 45 millions d’euros d’augmentation de capital à l’occasion de votre introduction en Bourse ?

L’essentiel des fonds servira à démarrer des formulations dans de nouvelles indications avec la perspective d’amener certains d’entre eux à des étapes cliniques, puis à les commercialiser ou trouver des partenaires.

Quid si les fonds levés sont inférieurs à vos attentes ?

Nous n’arrivons pas en Bourse parce que nous n’avons plus de cash. Notre trésorerie est confortable, avec 8 millions de revenus perçus fin mars 2018.
Nous arrivons en Bourse car c’est le bon moment pour investir dans la croissance et dans des essais cliniques sur homme. Nous pensons que nous pouvons créer beaucoup de valeur. MEDINCELL a été nommée la PME la plus innovante de France l’an dernier.

Nos partenaires financiers nous manifestent aussi leur confiance. Deux d’entre eux se sont engagés à souscrire à notre opération d’introduction sur Euronext : CM-CIC Innovation et BNP Paribas Développement se sont engagés sur plus de 7 millions d’euros.

Caroline Durand-Friot

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