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Interview de Vincent  Cornet  : Directeur de la gestion de La Banque Postale Asset Managment

Vincent Cornet

Directeur de la gestion de La Banque Postale Asset Managment

La purge de 2019 que nous appréhendions est-elle en train d'avoir lieu en cette fin 2018 ?

Publié le 27 Novembre 2018

A un mois de la fin de l’année 2018, quel bilan en faites-vous ?
Cette année 2018 a été caractérisée par la multiplication d’aléas géopolitiques. Les diverses déclarations du Président Trump en ce qui concerne l’application de tarifs douaniers, l’adoption d’un budget à risque par la coalition italienne qui a ouvert à un bras de fer avec la Commission européenne, les difficiles négociations du Brexit, la montée du populisme dans de nombreux pays…sont autant de sujets qui ont donné l’impression aux investisseurs d’un regain d’incertitudes sur les marchés et ont alimenté une accentuation de l’aversion pour le risque.

Etes-vous d’avis que cette année a été marquée par deux moments forts début février et fin octobre et un moment clé au mois de mai ?
  

C’est effectivement le cas. Les marchés étaient bien orientés en début d’année, portés par la dynamique de la croissance dans les grandes régions du monde à la fin de l’année 2017 et la relance budgétaire orchestrée par l’administration Trump.
Assez rapidement le sentiment de marché s’est retourné autour du mois de mai, consécutivement à l’attitude affichée par Donald Trump vis-à-vis du reste du monde dans le volet du commerce international. Le marché a pris conscience que cette attitude n’avait pas vocation à être ponctuelle mais durable.
Et Les résultats surprenants des élections en Italie ont clairement favorisé ce renversement.

De quelle manière avez-vous vécu ces différents moments de l’année ?

Nous avons plutôt bien traversé la phase de turbulences de février car nous avions bien géré l’évolution de la volatilité, en particulier dans nos produits flexibles. Nous faisions face à un effondrement de la volatilité, qui nous paraissait anormale. Nous avions alors acheté de la protection sous forme d’options.
L’issue des échéances italiennes a été plus compliquée à digérer car nous étions dans une posture favorable à une consolidation européenne. Il n’a pas été évident de sortir les actifs italiens de nos portefeuilles car ils étaient devenus très illiquides. Nous sommes tout de même parvenus à neutraliser notre exposition assez rapidement.

Quels autres ajustements marquants avez-vous effectué au cours de l’année ?

Nous avons progressivement réduit notre positionnement sur le crédit européen face au risque de remontée de taux d’une part et dans l’éventualité d’une posture plus défensive des investisseurs vis-à-vis de cette classe d’actifs par anticipation de l’arrêt du programme d’achats massifs de titres de la Banque centrale européenne.
En revanche, nous sommes restés constructifs sur le début de la courbe.

Comment avez-vous vécu la phase de tensions de fin octobre-début novembre ?

Nous avions le sentiment que les élections de mi-mandat aux Etats-Unis qui allaient donner la victoire aux Démocrates au sein de la Chambre des Représentants conduiraient à une réduction de la marge de manœuvre de Donald Trump et à une forme de répit sur le front géopolitique. Dans l’anticipation d’une remontée des marchés actions en conséquence, nous avions repris un peu de risque sur des points d’entrée intéressants. Les faits ultérieurs n’ont pas confirmé cette prévision.
Nous n’avons cependant pas été affectés outre mesure car nous étions globalement restés prudents. Nous n’étions pas dans une configuration de vive surexposition aux actions.

Pensez-vous que nous puissions escompter un rallye de fin d’année ?

Je pense que des éléments sont réunis pour que nous l’ayons : la baisse du cours du baril qui a un effet positif sur le pouvoir d’achat des consommateurs, la baisse des taux, la tonalité plus conciliantes des représentants des grandes banques centrales, notoirement la Réserve fédérale américaine.

Cette situation vous a-t-elle poussé à reprendre du risque ?

Pas ces derniers jours car nous étions dans une sorte de capitulation des marchés sur les actifs qui avaient le plus progressé. Nous avons assisté à des prises de bénéfices importantes.
Nous préférons attendre que cette phase de nettoyage se termine avant de nous repositionner.

Vers quelles classes d’actifs serez-vous amenés à vous orienter ?

Nous pensons que les valeurs bancaires européennes ont connu une très violente correction. Certaines valorisations sont devenues excessivement faibles.
Plus généralement de multiples actions décotées semblent retrouver de l’intérêt à présent. A la suite d’annonces de résultats, certaines valeurs ont été sanctionnées dans une ampleur disproportionnée. Cela autorise la génération de nouvelles idées de stock picking.

De quelle manière pressentez-vous 2019 ?

Je m’interroge aujourd’hui sur le fait de savoir si la purge de 2019 que nous appréhendions n’est pas en train d’avoir lieu en cette fin 2018.
Dans tous les cas, la configuration que nous escomptons sur le front macroéconomique et le terrain géopolitique nous incite à tabler sur la persistance d’un comportement très conciliant de la part des grandes banques centrales. Cela devrait encourager les gestionnaires à revenir sur le marché avec de nouvelles intentions d’investissement.
Toutefois, la concrétisation d’un rebond plus durable nécessitera la résolution de sujets clés mentionnés en amont de cette interview.



Imen Hazgui

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