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Interview de Stéphane Déo : Stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management

Stéphane Déo

Stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management

Marchés financiers : quel bilan pour ce premier trimestre 2019 ?

Publié le 28 Mars 2019

Quel regard portez-vous sur l’évolution des marchés financiers ce premier trimestre de l’année ?
Ce premier trimestre s’est caractérisé par une remarquable performance des actifs risqués. Le rebond en lui-même n’est pas une surprise en ce que nous étions d’avis que les marchés avaient excessivement corrigé à la fin de l’année dernière. Toutefois nous n’anticipions pas une telle ampleur et rythme aussi rapide.  

Comment expliquez-vous ce rallye ?

Beaucoup de ventes l’an dernier ont déprimé les valorisations des nombreux titres notamment dans le compartiment des actions ou celui des obligations à haut rendement à un niveau incohérent avec la teneur des données économiques publiées.  Une correction des excès de pessimisme était donc probable en début d'a
Par ailleurs, le discours plus accommodant porté par les grandes banques centrales, en particulier la Fed et la BCE, a constitué un important facteur déclencheur du mouvement de hausse.

Ce rallye s’est dessiné avec très peu de flux…

La forte baisse du mois de décembre 2018 s’est faite un volume extrêmement faible. C’est en parallèle la mécanique qui s’est mise en place à partir de début janvier. Les échanges ont ainsi été peu importants sur les premières semaines de l’année. Des acteurs clés comme les hedge funds n’ont manifestement pas remis le pied sur l’accélérateur.

En quoi consiste votre scénario économique central ?

Notre scénario central table sur un trou d’air dans le segment industriel avec une stabilisation de la croissance globale à la fin de l’année. Face à une telle perspective, nous jugeons les marchés à leur juste valeur à présent. Aussi, nous affichons une forte prudence sur les actifs risqués à un horizon de deux à trois mois.

Qu’en est il de votre allocation actuelle ?

Notre allocation était très orientée vers les actifs risqués au début d’année. Après le rallye de ces derniers mois, nous avons levé le pied pour aller vers une certaine neutralité. Cette configuration est très tactique.
Au sein des actifs risqués nous avons une préférence pour les obligations à haut rendement où il nous semble qu’il y a encore une marge de manœuvre.
Dans la sphère des actions, nous surpondérons les actifs émergents les plus à même de tirer avantage de la concrétisation d’un accord commercial sino-américain.

A la suite d’une éventuelle baisse technique, le rebond pourrait reprendre à l’automne…

De nombreux investisseurs institutionnels n’ont pas participé au rebond de ce début d’année et continuent à avoir beaucoup de liquidités à investir.
Pour l’instant nous ne voyons pas une rechute de la macro car les banques centrales restent à la manœuvre pour soutenir les économies. Leur positionnement est, par ailleurs, de nature à maintenir les taux très bas. La recherche d’un meilleur rendement que celui offert par les actifs sécures (obligations souveraines et obligations d’entreprises de bonne qualité) devrait pousser les intervenants sur les marchés à poursuivre leur orientation vers les actifs plus risqués (actions et obligations à haut rendement).

Quels principaux dossiers sont à surveiller pour les prochains mois ?

Les négociations entre la Chine et les Etats-Unis pour parvenir à un accord commercial et le Brexit sont les deux principaux dossiers qui focaliseront l’attention sur un plan politique.

Le sujet italien semble s’être apaisé pour l’instant. Pour ce qui est des élections européennes, il n’est pas exclu que les partis extrêmes aient davantage de sièges au sein du Parlement européen, cependant cela n’est pas de nature à changer fondamentalement la donne en Europe.

L’évolution de la croissance économique sera également à surveiller sur le front macroéconomique. En particulier il faudra veiller à ce que le ralentissement dans le secteur manufacturier en Europe et aux Etats-Unis ne s’accentue pas au point de contaminer d’autres pôles d’activité dans les services.
Un indicateur qui soulève une interrogation est le fort amoindrissement du commerce international. Un effet est à induire au nouvel an chinois qui donne lieu à un arrêt des importations-exportations.

Imen Hazgui

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