La Fed ne devrait pas toucher à ses taux cette année malgré une inflation élevée - économistes
par Indradip Ghosh
BANGALORE, 21 juillet (Reuters) - La Réserve fédérale américaine (Fed) ne touchera pas à l'objectif de taux des fonds fédéraux jusqu'à la fin ?de l'année afin de juguler une inflation qui reste à un niveau élevé depuis environ cinq ans, montre la prévision médiane des économistes interrogés par Reuters.
Une majorité de ceux ayant répondu à une question distincte sur la probabilité d'une ?hausse des taux directeurs cette année jugent désormais cette probabilité "élevée", ce qui constitue un revirement par rapport à l'enquête du mois dernier, où la plupart la considéraient comme "faible".
Les marchés anticipent deux hausses de taux directeurs aux Etats-Unis d'ici fin mars 2027, car la récente flambée des cours du pétrole à la suite d'une nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient fait craindre que le ralentissement de l'inflation, observé le mois dernier, ne soit un feu de paille. Les prix ?du brut ont repris près de 25% ces derniers jours alors que l'armée américaine a mené lundi une nouvelle vague de bombardements contre l'Iran, pour une dixième nuit consécutive.
Parallèlement l'inflation aux Etats-Unis reste environ deux fois supérieur à l'objectif de 2% visé à moyen terme par la Fed.
Le nouveau président de la ?Fed, Kevin Warsh, a réaffirmé la semaine dernière que sa priorité était de ramener l'inflation vers la cible visée, ?sans toutefois fournir des détails précis sur la manière d'y parvenir. La banque centrale américaine n'a pas réussi depuis plus de cinq ans à atteindre cet objectif.
Si certains responsables de l'institution ont laissé entrevoir une ?hausse des taux en cas de persistance d'une inflation élevée, la plupart des économistes interrogés dans le cadre de l'enquête Reuters, réalisée du 17 au 21 juillet, restent dubitatifs.
Les 104 économistes de l'enquête s'attendent à ce que la Fed maintienne ses taux directeurs à leur niveau actuel, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, lors de sa prochaine réunion, prévue les ?28 et 29 juillet.
Les trois quarts des économistes sondés, soit 78 personnes, ne prévoient pas ?non plus de changement d'ici la fin de l'année.
La plupart de ceux qui anticipent un changement prévoient désormais au moins une hausse des coûts d'emprunt cette ?année, tandis que seuls six d'entre eux tablent sur des baisses.
Le nombre d'économistes qui ne prévoient aucun changement en 2026 est resté identique à celui de l'enquête réalisée fin juin.
"Certains s'attendent effectivement à ce que Warsh resserre la politique monétaire relativement tôt dans son mandat. Nous pensons qu'il cherche plutôt à gagner du temps et à influencer les marchés pour qu'ils le perçoivent comme crédible, mais qu'il préférera en réalité ne pas avoir à resserrer les taux", analyse Jeremy ?Schwartz, économiste spécialisé des Etats-Unis chez Nomura.
"Nous constatons ?que bon nombre des domaines sur lesquels Warsh se concentre ressemblent au genre d'arguments que l'on avancerait pour justifier le maintien des taux", a-t-il ajouté.
UNE HAUSSE DE TAUX PAS EXCLUE
Une majorité ?des économistes sondés, soit 66% (44 sur 67), ayant répondu à une question distincte, a estimé que la probabilité d'une hausse des taux était élevée. Le mois dernier, 47 des 86 personnes ayant répondu à cette question la jugeaient faible.
"Si ?l'on souhaite réellement revenir à une inflation à 2%, le moment de relever les taux approche", note Jan Groen, chef économiste pour les Etats-Unis chez Société Générale, qui ne prévoit pas de changement de ?politique monétaire cette année.
"Il existe un groupe important qui continue de penser que le simple fait de maintenir les taux pendant une longue période finira par ?freiner progressivement les dépenses dans l'économie, et qu'avec le temps, ?nous reviendrons à 2%", développe-t-il.
"C'est la stratégie suivie depuis au moins deux ou trois ans, et cette stratégie a plus ou moins échoué", ajoute-t-il.
A l'approche des élections de mi-mandat, prévues en novembre, le coût élevé de la vie ?aux Etats-Unis reste un sérieux problème sur le plan politique pour le président Donald Trump. Le locataire de la Maison blanche ?a en partie assuré sa victoire à la présidentielle de 2024 sur la base de promesses de lutte contre l'inflation, allant même jusqu'à s'engager à faire baisser les prix.
La médiane des réponses de l'enquête Reuters montre cependant que le loyer de l'argent ne devrait pas ?augmenter d'ici 2028, même si l'indicateur d'inflation privilégié par la Fed ? l'indice des prix des dépenses de consommation personnelles (PCE) devrait rester supérieur à l'objectif tout au long de cette période. Le PCE s'est établi à 4,1% sur un an en mai.
"Warsh a vraiment insisté sur l'objectif de 2% (...) Mais là encore, il est difficile de savoir quelles sont les motivations de chacun. Nous avons tous vu ce qui s'est passé lors du processus de nomination", relève Jeremy Schwartz, ?de Nomura.
"Il est difficile d'oublier ce contexte lorsque l'on réfléchit aux facteurs susceptibles d'influencer la politique monétaire", a-t-il développé.
Concernant les prévisions économiques, le taux de chômage devrait osciller autour de 4,2% et la croissance économique s'établir en moyenne à environ 2%, ce qui suggère qu'aucun de ces deux facteurs ne devrait empêcher la Fed de relever ses taux si l'inflation l'y contraignait.
La politique monétaire future dépendra également des recommandations des groupes de travail récemment mis en place par Kevin Warsh. Ces groupes sont composés d'économistes de renom, de dirigeants d'entreprise et de banquiers centraux.
"Nous concluons que les groupes de travail sur la communication et le bilan sont susceptibles d'aboutir aux résultats les plus concrets pouvant être mis en ?uvre à court terme, tandis que le groupe de travail sur l'inflation pourrait avoir l'impact le plus durable sur la conduite de la politique monétaire à moyen terme", écrivent les économistes de JPMorgan dans une note.
(Reportage Indradip Ghosh; ?enqêtes de Nushaiba Iqbal; version française Claude Chendjou, édité par Zhifan Liu)