Interview de Philippe Haffner : Président Directeur Général de Haffner Energy

Philippe Haffner

Président Directeur Général de Haffner Energy

Notre ambition est de devenir l'un des leaders internationaux des technologies de la transition énergétique

Publié le 11 Septembre 2026

Pouvez-vous nous présenter Haffner Energy et préciser le positionnement de l’entreprise dans le domaine de la décarbonation ?

 « Haffner Energy a développé une plateforme technologique capable de proposer une alternative renouvelable à la quasi-totalité des énergies fossiles. »

Haffner Energy a développé une plateforme technologique capable de proposer une alternative renouvelable à la quasi-totalité des énergies fossiles. L’essence, le diesel, le gaz naturel ou encore le méthanol sont composés d’hydrogène et de carbone. Ces éléments étant déjà présents dans la biomasse, notre technologie reproduit en quelques secondes un processus que la nature a mis des millions d’années à accomplir.

Nous transformons la biomasse en syngaz, qui peut ensuite être raffiné pour produire du carburant d’aviation durable, du diesel renouvelable, de l’essence, du méthanol, du méthane ou de l’hydrogène. À la différence de l’électrolyse de l’eau, qui produit uniquement de l’hydrogène, notre matière première contient déjà le carbone renouvelable, requis, généralement appelé carbone biogénique.

Notre plateforme répond ainsi à trois enjeux : la décarbonation, la compétitivité et la sécurité énergétique. La biomasse présente notamment l’avantage d’être une énergie déjà stockée, qu’il suffit de transformer au moment où elle doit être utilisée.

Notre rendement de conversion de la biomasse en gaz peut atteindre environ 80 %. En fonction du biocarburant recherché et des traitements nécessaires en aval, l’efficacité globale se situe généralement entre 60 % et 80 %. À titre de comparaison, le rendement de la conversion de l’électricité en hydrogène par électrolyse est proche de 60 %.

Le marché de l’hydrogène renouvelable s’est développé beaucoup plus lentement qu’anticipé. Comment avez-vous adapté votre stratégie et quelles applications privilégiez-vous désormais ?
 « Lors de notre introduction en Bourse, nous avions choisi de nous concentrer sur l’hydrogène, car cette orientation correspondait aux attentes du marché et des investisseurs. »

Lors de notre introduction en Bourse, nous avions choisi de nous concentrer sur l’hydrogène, car cette orientation correspondait aux attentes du marché et des investisseurs. Cette molécule à forte valeur ajoutée permettait de compenser un CAPEX qui n’était pas encore optimisé, tout en bénéficiant d’une énergie primaire bon marché. Nos coûts de production étaient ainsi déjà sensiblement inférieurs à ceux de l’hydrogène obtenu par électrolyse.

Cependant, le marché n’a pas véritablement décollé. Les volumes annoncés ne se sont pas matérialisés et la mobilité hydrogène est restée extrêmement limitée, pour des raisons techniques, économiques, stratégiques et géopolitiques.

Nous avons donc élargi notre stratégie aux autres biocarburants que notre plateforme permet de produire. Le cœur technologique reste identique, mais nous avons adapté le dimensionnement des équipements et les traitements en aval aux différentes molécules recherchées. Haffner Energy ne se positionne donc plus uniquement sur l’hydrogène renouvelable, mais sur plusieurs marchés énergétiques existants.

Parmi ces différents marchés, lesquels offrent selon vous le potentiel commercial le plus immédiat ?
 « Nous privilégions les marchés répondant à des besoins immédiats et disposant déjà des infrastructures nécessaires. »

Nous privilégions les marchés répondant à des besoins immédiats et disposant déjà des infrastructures nécessaires.

Le premier débouché est la production de syngaz destiné à la combustion. Notre gaz renouvelable peut remplacer le gaz naturel ou le fioul dans les chaudières industrielles, ainsi que la combustion directe du bois dans les installations collectives. Cette solution est bien plus propre, car la combustion du bois génère des poussières, des particules et des oxydes d’azote.

Grâce à nos nouvelles plateformes, nous pouvons désormais proposer un gaz compétitif pour ces différentes applications.

Le deuxième débouché est l’électricité renouvelable pilotable. Contrairement à l’éolien et au solaire, nous pouvons produire de l’électricité au moment où le client ou le réseau en a besoin. Notre architecture modulaire peut atteindre un taux de disponibilité allant jusqu’à 99,995 %. Elle répond notamment aux exigences des data centers, des hôpitaux et des industries ne pouvant tolérer aucune interruption.

Le troisième débouché est le gaz naturel renouvelable, ou méthane de synthèse. Il peut utiliser les réseaux de distribution et les équipements existants, mais aussi alimenter des véhicules sans modification fondamentale. Son adoption est donc beaucoup plus simple que celle de l’hydrogène, qui implique la création de nouvelles infrastructures.

Le diesel renouvelable et le carburant d’aviation durable présentent également un potentiel considérable. Ils nécessitent toutefois des unités plus importantes, dont le financement, la construction et la mise en service prennent généralement deux à trois ans. Ils constituent donc davantage des relais de croissance à moyen terme.

Pourquoi le carburant d’aviation durable représente-t-il un marché particulièrement stratégique pour Haffner Energy ?
 « L’aviation dépend encore presque entièrement des carburants fossiles, alors que le trafic continue de croître et que le secteur doit impérativement se décarboner. »

L’aviation dépend encore presque entièrement des carburants fossiles, alors que le trafic continue de croître et que le secteur doit impérativement se décarboner. Les vols longue distance nécessitent un carburant doté d’une très forte densité énergétique. Ni l’électricité ni l’hydrogène ne permettront de répondre de manière satisfaisante à cette contrainte pour les vols long et moyen-courrier, tout en respectant les exigences techniques et de sécurité.

La voie la plus réaliste consiste donc à remplacer progressivement le kérosène fossile par un kérosène renouvelable de synthèse, le SAF, que notre technologie permet de produire.

Nous travaillons notamment sur un projet de production de carburant d’aviation durable à proximité de l’aéroport de Vatry, dans la région Grand Est. Ce type d’installation représente plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement et nécessite des montages industriels et financiers complexes. Sa mise en service est envisagée à l’horizon 2030, ce qui explique pourquoi nous ne classons pas encore ce marché parmi nos débouchés les plus immédiats.

Vous avez récemment franchi une nouvelle étape dans la qualification de votre technologie H6. Quelles améliorations apporte-t-elle et quels avantages présente-t-elle par rapport aux solutions concurrentes ?
 « Nous ne connaissons pas d’entreprise proposant exactement la même combinaison de performances et de polyvalence. »

Nous ne connaissons pas d’entreprise proposant exactement la même combinaison de performances et de polyvalence. La biomasse recouvre des matières très diverses : résidus de bois, résidus agricoles, déchets verts, algues ou certaines fractions de déchets ménagers. Les technologies traditionnelles sont généralement spécialisées dans une ou deux catégories.

Cette spécialisation peut créer des conflits d’usage et des difficultés d’approvisionnement. Une installation conçue uniquement pour traiter de la paille sera, par exemple, exposée à la saisonnalité et aux mauvaises récoltes. Dès 2010, nous avons donc choisi de développer une technologie agnostique, capable de traiter différentes ressources selon leur disponibilité locale et saisonnière.

L’autre amélioration décisive concerne le coût. Grâce au retour d’expérience, à la standardisation des équipements et au travail d’ingénierie réalisé, nous avons divisé le CAPEX par deux tout en améliorant sensiblement l’efficacité énergétique. Cette évolution réduit le coût de production des biocarburants et l’exposition financière des investisseurs.

Nos projets dépendaient auparavant davantage des aides publiques. Or, il est difficile de développer durablement un marché reposant systématiquement sur des subventions. Nous disposons désormais d’une solution conçue pour être économiquement autonome.

Vous estimez pouvoir produire de l’hydrogène renouvelable à un coût proche de 2,34 euros par kilogramme. Sur quelles hypothèses repose ce chiffre ?
 « Il s’agit d’un coût complet, ou LCOH, intégrant le prix de la biomasse, l’amortissement du CAPEX, les frais de personnel, la maintenance, les assurances et les autres dépenses d’exploitation. »

Il s’agit d’un coût complet, ou LCOH, intégrant le prix de la biomasse, l’amortissement du CAPEX, les frais de personnel, la maintenance, les assurances et les autres dépenses d’exploitation.

Notre calcul repose notamment sur une biomasse achetée autour de 25 euros par mégawattheure, ce qui correspond au prix moyen observé actuellement sur le marché français. Il suppose également un fonctionnement continu de l’équipement, puisqu’une utilisation intermittente conduirait à répartir les coûts fixes sur un volume de production plus faible.

Dans ces conditions, nous estimons pouvoir produire l’hydrogène entre 2 et 2,50 euros par kilogramme, avec une valeur de référence proche de 2,34 euros, sans subvention. Nous ne disposons pas encore d’une unité commerciale produisant effectivement à ce coût, mais la solution technique correspondante figure déjà dans notre catalogue.

Où en est le programme industriel CORE100 et quand les réservations pourront-elles être transformées en commandes fermes ?
 « En tant que société cotée, nous ne pouvons pas divulguer d’informations nouvelles susceptibles d’influencer le marché en dehors du cadre réglementaire. »

En tant que société cotée, nous ne pouvons pas divulguer d’informations nouvelles susceptibles d’influencer le marché en dehors du cadre réglementaire. Je peux néanmoins confirmer que CORE100 est plus que jamais d’actualité. Nous avons récemment annoncé la réservation de plusieurs unités supplémentaires par un acteur américain. Certaines réservations ne sont pas rendues publiques, les clients souhaitant préserver leur confidentialité tant qu’ils n’ont pas pris d’engagement ferme.

Le programme a été adapté à notre offre modulaire, notamment destinée aux data centers. La multiplication des modules crée une redondance : lorsque l’un d’entre eux est arrêté ou placé en maintenance, les autres continuent d’assurer la production. L’architecture est dimensionnée selon le niveau de disponibilité demandé par le client.

CORE100 doit nous permettre de fabriquer en série des équipements standardisés et de bénéficier d’effets d’échelle : réduction du coût de revient, amélioration de la qualité, simplification de l’industrialisation et raccourcissement des délais.

Les réservations deviendront des commandes fermes au lancement industriel du programme, lorsque les clients verseront le complément prévu. Un prochain communiqué précisera le statut du programme, les perspectives de conversion et le calendrier envisagé.

Comment sécurisez-vous un approvisionnement local et durable en biomasse ? Quel rôle le biochar joue-t-il dans l’équilibre économique et environnemental des projets ?
 « La capacité de notre technologie à traiter différentes biomasses facilite la sécurisation de l’approvisionnement. »

La capacité de notre technologie à traiter différentes biomasses facilite la sécurisation de l’approvisionnement. Nous pouvons utiliser des déchets verts, des résidus agricoles, des sous-produits forestiers ou combiner plusieurs ressources. En France, il est très rare de ne pas trouver les volumes nécessaires dans un rayon d’environ 50 kilomètres autour d’une installation de petite capacité.

Nous privilégions fortement des matières sans conflit d’usage : il ne s’agit pas de couper des arbres pour alimenter nos unités. Nous pouvons également traiter certaines fractions de déchets ménagers.

Le biochar, pour sa part, est une option qui n’est pas systématiquement retenue. Il répond principalement aux besoins des clients qui souhaitent rendre leur projet carbone négatif, afin de neutraliser les émissions liées à leur activité ou de compenser d’autres émissions.

Cette poudre, composée à environ 90 % de carbone et d’éléments minéraux issus de la plante, peut être incorporée dans les sols, où elle exerce une fonction agronomique tout en stockant durablement le carbone. Elle peut aussi être intégrée au ciment ou au bitume, auxquels elle peut apporter certaines propriétés tout en réduisant de manière significative leur empreinte carbone traditionnellement élevée.

La production de biochar consomme toutefois de l’énergie et son marché reste hétérogène et relativement étroit. Nous ne la proposons donc que lorsqu’elle répond à un besoin précis ou qu’un débouché local pertinent existe. Elle peut notamment intéresser un data center souhaitant atteindre une empreinte carbone négative.

Quels sont aujourd’hui vos projets internationaux les plus avancés et quelles retombées commerciales en attendez-vous ?
 « Le projet de Bécancour, au Québec, consacré à la production de gaz naturel renouvelable, progresse rapidement. »

Le projet de Bécancour, au Québec, consacré à la production de gaz naturel renouvelable, progresse rapidement. Il devrait ouvrir la voie à des installations de plus grande taille au Canada, dédiées au gaz naturel renouvelable et au diesel renouvelable.

Nous travaillons également sur des projets confidentiels portant principalement sur le syngaz, le gaz naturel renouvelable et la production d’électricité. Le diesel renouvelable et le carburant d’aviation durable interviendront dans un second temps.

Notre développement international concerne plusieurs pays européens ainsi que les États-Unis, notamment la Californie, l’Oregon et l’État de Washington. Malgré l’évolution de la politique fédérale américaine, la Californie conserve des objectifs ambitieux de réduction des émissions. Les États de l’Ouest doivent également valoriser la biomasse issue de l’entretien des forêts afin de prévenir les incendies. Sa transformation peut contribuer à financer cette prévention tout en produisant une énergie renouvelable.

Nous étudions par ailleurs sur d’autres projets au Moyen Orient et en Asie, dont un est fondé principalement sur la valorisation de déchets en raison de la faible disponibilité de biomasse traditionnelle. Il répond à un besoin considérable de traitement des déchets et de réduction de l’empreinte carbone locale. La présence éventuelle de plastiques devra naturellement être prise en compte dans l’analyse du cycle de vie.

Après un chiffre d’affaires encore limité sur l’exercice clos en mars 2026, quels contrats ou marchés doivent permettre à Haffner Energy de changer d’échelle ?
 « La conversion des réservations de CORE100 en commandes fermes doit permettre de générer du chiffre d’affaires grâce à la fabrication en série d’équipements standardisés. »

La conversion des réservations de CORE100 en commandes fermes doit permettre de générer du chiffre d’affaires grâce à la fabrication en série d’équipements standardisés. Une fois le programme lancé, les livraisons devraient être échelonnées sur environ trois ans, compte tenu de nos capacités industrielles.

La reconnaissance du chiffre d’affaires obéit à des règles comptables précises, notamment selon le degré d’avancement des contrats. Il est donc difficile de fournir une projection simple sans communiquer de nouvelles indications financières. Notre priorité consiste néanmoins à convertir le plus grand nombre possible de commandes et à générer du chiffre d’affaires dès l’exercice en cours.

Cet exercice constitue une période de transition majeure. Nous disposons désormais d’une solution compétitive répondant aux besoins réels des clients sans dépendre systématiquement des aides publiques.

Comment comptez-vous financer la prochaine phase de développement et quels objectifs opérationnels, commerciaux et financiers vous fixez-vous pour les dix-huit prochains mois ?
 « Nous ne pouvons pas communiquer à ce stade de nouveaux objectifs chiffrés susceptibles de constituer une information sensible. »

Nous ne pouvons pas communiquer à ce stade de nouveaux objectifs chiffrés susceptibles de constituer une information sensible. Nous avons néanmoins mis en place un financement destiné à accompagner cette phase de transition. Sa dilution maximale théorique a été communiquée, mais la dilution réelle dépendra notamment de l’évolution du cours de Bourse et pourrait donc être inférieure.

Nous avons parallèlement fortement réduit nos frais de structure. L’organisation avait été initialement dimensionnée selon les perspectives du marché de l’hydrogène présentées au moment de l’introduction en Bourse. Ce marché ne s’étant pas matérialisé, nous avons adapté notre structure et continuerons à maîtriser strictement nos coûts.

Nous disposons également d’un stock d’équipements et de composants d’environ 10 millions d’euros. Les décaissements correspondants ont déjà été réalisés et une partie de ce stock pourra servir à fabriquer les équipements à livrer. Cela aura un effet positif sur le besoin en fonds de roulement et réduira progressivement nos besoins de financement complémentaires.

Notre objectif est que les acomptes et les commandes des clients prennent rapidement le relais des financements de marché, couvrent les frais de structure et nous permettent de retrouver un EBITDA positif, puis de dégager des bénéfices.

Comment analysez-vous le récent rebond du cours de Bourse et quel message souhaitez-vous adresser aux actionnaires individuels ?
 « La progression du titre depuis le début de l’année est spectaculaire, mais elle intervient après un point de départ extrêmement bas. »

La progression du titre depuis le début de l’année est spectaculaire, mais elle intervient après un point de départ extrêmement bas. En début d’année, la valorisation ne reflétait plus, selon nous, la valeur des actifs ni le potentiel de l’entreprise. Le cours reste d’ailleurs très inférieur à celui observé au moment de l’introduction en Bourse.

La baisse précédente résultait en partie d’un phénomène mécanique. Les émissions régulières de titres liées à nos financements créaient une pression vendeuse importante, sans demande acheteuse suffisante en contrepartie. Le cours avait ainsi atteint un niveau que nous estimions déconnecté des fondamentaux.

Nous sommes satisfaits du regain d’intérêt, de l’amélioration de la liquidité et du soutien de notre communauté d’actionnaires. Nous recevons de nombreuses sollicitations auxquelles il n’est pas toujours possible de répondre comme les investisseurs le souhaiteraient, compte tenu des obligations strictes de communication applicables aux sociétés cotées. Nous accordons néanmoins une importance croissante à ce dialogue.

Haffner Energy demeure une petite valeur, mais notre ambition est de devenir l’un des leaders internationaux des technologies de la transition énergétique. Nous estimons disposer des éléments nécessaires pour changer de dimension : la technologie, les équipes, la structure industrielle et les marchés.

Pour aller plus loin 

Consultez la fiche transactionnelle achat/vente d'Haffner Energy 
 

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Imen Hazgui