Interview de Nathalie Benatia : Après un premier semestre marqué par de fortes tensions géopolitiques et un choc pétrolier, Nathalie Benatia revient sur la résilience des marchés, l'évolution de l'inflation, le rôle des banques centrales et les principales convictions d'allocation pour

Nathalie Benatia

Après un premier semestre marqué par de fortes tensions géopolitiques et un choc pétrolier, Nathalie Benatia revient sur la résilience des marchés, l'évolution de l'inflation, le rôle des banques centrales et les principales convictions d'allocation pour

Marchés financiers : quelles perspectives pour le second semestre 2026 ?

Publié le 15 Juillet 2026

Perspectives de marche : inflation, banques centrales, croissance, allocation d'actifs et intelligence artificielle

L’entretien en quelques repères
IntervenanteNathalie Benatia
FonctionSenior Market Strategist
Maison de gestionBNP Paribas Asset Management
HorizonSecond semestre 2026
Thèmes abordésMarchés actions, inflation, banques centrales, croissance, intelligence artificielle, allocation d'actifs et obligations

separateur perspectives de marche

Des marchés résilients face aux chocs

  

 
Après un premier semestre marqué par de fortes tensions géopolitiques, quel bilan tirez-vous de l'évolution des marchés financiers ?

La résistance des marchés repose avant tout sur la solidité persistante des fondamentaux économiques et des entreprises.

Le bilan est globalement positif sur les marchés actions. Bien évidemment, l'événement majeur de ce premier semestre reste le conflit entre l'Iran et les États-Unis et le choc pétrolier qui en a découlé, avec les conséquences que les marchés financiers et les économies ont dû absorber.

Ce qui est particulièrement frappant, c'est la capacité de résistance dont les économies ont fait preuve jusqu'à présent. Cela confirme le scénario que nous défendions depuis le début de l'année : les fondamentaux économiques et ceux des entreprises demeurent solides. Cette solidité s'est traduite par l'absence d'effondrement de l'activité malgré un environnement particulièrement incertain.

Le marché pétrolier s'est finalement révélé moins perturbé qu'on pouvait le craindre lorsque le conflit a éclaté. Certes, la fermeture du détroit d'Ormuz a pesé sur les exportations, mais la demande s'est rapidement adaptée. La Chine, par exemple, a puisé dans ses réserves stratégiques, comme d'autres pays. Les cours du pétrole sont ainsi revenus assez rapidement à des niveaux proches de ceux qui prévalaient avant le conflit, tout en conservant une légère prime de risque géopolitique. Cette normalisation a d'ailleurs été beaucoup plus rapide qu'après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, où il avait fallu près de dix-huit mois pour retrouver les niveaux antérieurs.

Cela ne signifie pas pour autant que rien ne s'est passé. Pendant plusieurs mois, l'économie mondiale a dû composer avec un prix du pétrole plus élevé, ce qui a alimenté l'inflation et accru l'incertitude. Il faudra encore en mesurer les effets sur la croissance et les prix, mais nous restons raisonnablement confiants dans le fait que cette poussée inflationniste restera temporaire et ne débouchera pas sur une récession.

L'autre enseignement majeur concerne la remarquable capacité d'adaptation des entreprises. Déjà en 2025, les premières tensions commerciales et protectionnistes, beaucoup ont anticipé leurs approvisionnements ou accéléré leur production afin de devancer d'éventuelles hausses des droits de douane ou des difficultés logistiques. Cette réactivité a permis de soutenir l'activité manufacturière et d'éviter des goulets d'étranglement plus importants. Des phénomènes comparables, comme un stockage de précaution, ont pu être observés depuis mars.

Les scénarios les plus pessimistes, qui envisageaient notamment un pétrole à 150 dollars ou davantage, ne sont finalement pas matérialisés. Les grandes institutions internationales comme les économistes du secteur privé commencent d'ailleurs à ajuster leurs prévisions de croissance et d'inflation en conséquence.

Au final, notre conviction reste inchangée : la bonne résistance des marchés financiers face à un choc géopolitique pourtant majeur s'explique avant tout par la solidité persistante des fondamentaux économiques et des entreprises.


 
Malgré un environnement géopolitique et économique particulièrement incertain, les marchés ont fait preuve d'une réelle résilience. Comment expliquez-vous cette capacité à résister aux mauvaises nouvelles ?

Les perspectives bénéficiaires, notamment dans la technologie et l'intelligence artificielle, continuent de soutenir la confiance des investisseurs.

Cette résilience s'explique avant tout par la solidité des perspectives bénéficiaires des entreprises. Les investisseurs continuent de considérer que les entreprises disposent d'une capacité de création de valeur suffisante pour absorber des chocs de court terme, ce qui soutient naturellement les marchés actions.

Il existe également un effet de confiance. Dans la mesure où les marchés ne se sont pas effondrés face au choc géopolitique, les investisseurs ont conservé leur conviction dans le scénario économique de fond. Si les marchés tiennent, c'est que les hypothèses qui soutiennent leurs anticipations demeurent crédibles.

Les perspectives bénéficiaires restent particulièrement favorables dans les secteurs technologiques. La dynamique d'investissement autour de l'intelligence artificielle se poursuit, qu'il s'agisse des infrastructures, des équipements ou des nouvelles capacités de production. Les exportations de produits technologiques, notamment en provenance des grands pays asiatiques, continuent d'ailleurs de progresser en volume, preuve que cette tendance repose sur une véritable réalité économique.

Cette capacité de résistance n'est évidemment pas illimitée. Avant l'annonce du protocole d'accord mettant fin au conflit, de nombreux spécialistes de l'énergie estimaient que le marché pétrolier approchait d'un point de non-retour. Si le détroit d'Ormuz était resté fermé plusieurs semaines supplémentaires, nous aurions probablement basculé vers un scénario beaucoup plus dégradé.

Mais cette hypothèse ne s'est pas matérialisée. Les économies ont démontré une capacité d'adaptation supérieure à ce que beaucoup imaginaient. C'est sans doute l'un des principaux enseignements de ce premier semestre : même confrontée à un choc géopolitique majeur, l'économie mondiale a fait preuve d'une résilience remarquable.

 

Inflation, banques centrales et perspectives de croissance

  

 
Comment analysez-vous aujourd'hui l'évolution de l'inflation et le rôle des banques centrales dans cet environnement de marché ?

Le choc pétrolier a renforcé la prudence des banques centrales, mais la normalisation de l'inflation devrait se poursuivre.

L'inflation poursuit globalement sa normalisation, même si le choc pétrolier est venu temporairement modifier les anticipations. Le renchérissement du pétrole a conduit les banques centrales à adopter une posture plus prudente. La Banque centrale européenne a ainsi relevé ses taux en juin et son discours reste centré sur la surveillance des anticipations d'inflation ainsi que sur le risque d'effets de second tour. Les marchés anticipent désormais une phase d'observation pendant l'été, avant une réévaluation de la situation à la rentrée.

Aux États-Unis, la situation est quelque peu différente. La Réserve fédérale est devenue moins prévisible avec l'arrivée de son nouveau président, Kevin Warsh. Celui-ci a clairement affiché sa volonté de revoir la communication de la Fed. Lors de son audition devant le Congrès, il a expliqué que, selon lui, la banque centrale communiquait excessivement. Cette évolution pourrait conduire à des conférences de presse moins systématiques et à une communication davantage encadrée.

Une communication plus sobre n'est pas nécessairement un problème. Pendant longtemps, la Fed n'organisait pas de conférence de presse après chacune de ses réunions de politique monétaire. Les marchés devront toutefois s'habituer à ce nouveau mode de fonctionnement, qui introduit une part d'incertitude supplémentaire.

Au-delà de cette évolution, la véritable question reste celle de l'indépendance des banques centrales. C'est un principe essentiel pour les marchés financiers. Lors de la nomination de Kevin Warsh, certains commentaires de la Maison Blanche ont pu susciter des interrogations, avant qu'un certain apaisement ne s'installe. À ce stade, rien ne permet de remettre en cause l'indépendance de la Réserve fédérale, mais ce sujet continuera d'être scruté avec attention.

Dans notre scénario central, nous jugeons désormais peu probable une baisse des taux d'intérêt d'ici à la fin de l'année, aussi bien de la part de la Fed que de la BCE, même si l’inflation reflue. Cette appréciation restera naturellement conditionnée à l'évolution des statistiques économiques, notamment celles concernant l'emploi américain.

Nous estimons néanmoins qu'une période d'attentisme est aujourd'hui pleinement justifiée. Les banques centrales disposent de suffisamment de temps pour évaluer les conséquences du choc pétrolier avant d'envisager une nouvelle inflexion de leur politique monétaire.


 
Quelles sont aujourd'hui vos perspectives de croissance pour les grandes économies, et voyez-vous des différences entre les États-Unis et la zone euro ?

La zone euro pourrait offrir un profil plus favorable que les États-Unis grâce à sa reprise cyclique et à la montée en puissance de l'investissement public.

Globalement, nos perspectives de croissance restent favorables. Ce qui est intéressant, c'est que les prévisions n'ont finalement été que peu révisées malgré le choc géopolitique. Avec le reflux des cours du pétrole, il est même probable que certaines d'entre elles soient légèrement ajustées dans les prochains mois, avec un peu moins d'inflation et un peu plus de croissance.

En zone euro, nous demeurons plutôt confiants. Malgré les mauvaises surprises enregistrées jusqu'au mois de mai, nous pensons que la reprise cyclique n'a pas été remise en cause. Les enquêtes auprès des directeurs d'achat se sont améliorées, la confiance des consommateurs progresse et le sentiment économique s'est redressé beaucoup plus rapidement que lors des précédents chocs énergétiques. L'économie européenne a donc démontré une capacité de rebond supérieure aux attentes.

Cette dynamique devrait également être soutenue par la montée en puissance des investissements publics, notamment en Allemagne, où les programmes consacrés aux infrastructures et à la défense commencent à produire leurs effets.

Aux États-Unis, le tableau est un peu différent. L'investissement des entreprises demeure très dynamique, porté par les dépenses liées à l'intelligence artificielle et aux infrastructures technologiques. En revanche, nous serons particulièrement attentifs à l'évolution du consommateur américain, qui constitue selon nous le principal point d'interrogation pour les prochains mois.

Après avoir absorbé la hausse des prix de l'énergie, les ménages devront désormais composer avec ses effets sur leur pouvoir d'achat. Les indicateurs restent globalement rassurants, mais la consommation a déjà été légèrement révisée à la baisse dans les dernières estimations du PIB.

L'évolution du marché de l'emploi sera également déterminante. Une dégradation plus marquée de l'emploi, qui ne constitue pas notre scénario central, modifierait naturellement notre appréciation sur l'économie américaine.

À ce stade, nous estimons néanmoins que les risques pèsent davantage sur les États-Unis que sur la zone euro. Pour une fois, l'Europe nous paraît offrir un profil plus favorable, grâce au redémarrage progressif de son cycle économique et à la concrétisation de ses investissements stratégiques.

 

Bénéfices, risques et moteurs structurels

  

 
Les bénéfices des entreprises vous semblent-ils suffisamment solides pour continuer à soutenir les marchés actions au second semestre ?

Les bénéfices restent solides et les valorisations technologiques demeurent très éloignées des excès observés lors de la bulle Internet.

Oui, nous le pensons. Les perspectives bénéficiaires constituent aujourd'hui l'un des principaux soutiens des marchés actions et expliquent en grande partie leur bonne résistance depuis le début de l'année.

Les analystes continuent, dans leur grande majorité, de réviser leurs prévisions de bénéfices à la hausse. En tant que stratégistes macroéconomiques, nous intégrons naturellement ces estimations dans notre analyse et, à ce stade, rien ne nous conduit à remettre en cause cette dynamique.

Cette confiance repose sur la poursuite des investissements, en particulier dans les secteurs liés à l'intelligence artificielle et aux infrastructures technologiques, qui continuent d'alimenter la croissance des résultats.

Le secteur technologique illustre parfaitement cette situation. Malgré les interrogations récurrentes sur une éventuelle bulle de l'intelligence artificielle, nous observons une véritable réalité économique. Les investissements restent très importants, les exportations de produits technologiques continuent de progresser, y compris en volume, et les perspectives bénéficiaires demeurent solides.

Surtout, les valorisations actuelles ne sont pas comparables à celles de la bulle Internet. À la fin du mois de juin, le ratio cours/bénéfices des sociétés spécialisées dans les équipements informatiques s'établissait autour de 20,4 fois, contre une moyenne historique de 19,4 fois. Nous sommes donc légèrement au-dessus de cette moyenne, mais très loin des 57 fois observés au plus fort de la bulle Internet.

Autrement dit, les valorisations restent cohérentes avec les bénéfices attendus. En l'absence de scénario de récession, nous ne voyons pas de raison de remettre en cause cette dynamique.

La véritable différence, au cours des prochains mois, se fera probablement moins sur le niveau global des bénéfices que sur la capacité des investisseurs à sélectionner les entreprises et les secteurs qui profiteront le mieux de ces tendances de long terme.


 
Quels sont, selon vous, les principaux risques susceptibles de perturber les marchés au cours des prochains mois ?

Inflation, politique monétaire, géopolitique et finances publiques restent les principaux risques, sans remettre en cause le scénario central.

Le premier risque reste celui de l'inflation. Pendant toute la période du choc pétrolier, la principale crainte était de voir cette hausse des prix s'installer durablement et finir par peser sur la croissance mondiale. Aujourd'hui, nous avons plutôt le sentiment que ce risque s'éloigne progressivement. Le choc pétrolier semble avoir été plus court qu'attendu et nous n'observons pas de nouvelles tensions majeures sur les chaînes d'approvisionnement comparables à celles qui avaient suivi la crise sanitaire ou l'invasion de l'Ukraine.

Le principal changement intervenu depuis le début de l'année concerne désormais la politique monétaire. Le marché anticipait encore plusieurs baisses de taux ; ce scénario a disparu. Les investisseurs se sont adaptés à l'idée que les banques centrales pourraient maintenir leurs taux plus longtemps, voire les relever si les conditions l'exigeaient.

Pour autant, il convient de relativiser ce risque. Historiquement, les marchés actions ont déjà évolué favorablement dans des phases de remontée des taux directeurs. Personne n'anticipe aujourd'hui un cycle de resserrement monétaire agressif susceptible de remettre en cause le scénario économique.

Le véritable risque aurait été celui d'une stagflation, c'est-à-dire la combinaison d'une inflation durablement élevée, d'un ralentissement marqué de la croissance et d'une activité atone. À ce stade, nous ne pensons pas que ce scénario soit en train de se matérialiser.

Les investisseurs continueront également de s'interroger sur les valorisations liées à l'intelligence artificielle. Cette question reviendra régulièrement, mais les niveaux actuels nous paraissent toujours cohérents avec les perspectives bénéficiaires des entreprises.

Les échéances politiques et géopolitiques – qu'il s'agisse des élections américaines, des scrutins européens ou des tensions internationales – resteront naturellement des sources de volatilité. Elles provoquent souvent des prises de bénéfices de court terme davantage qu'une remise en cause des fondamentaux économiques.

Enfin, certains observateurs continuent de s'interroger sur les finances publiques et sur le risque d'une remontée brutale des taux longs. Jusqu'à présent, ce scénario ne s'est pas matérialisé. Les rendements obligataires ont retrouvé des niveaux plus élevés, mais ceux-ci apparaissent aujourd'hui davantage en ligne avec les fondamentaux économiques qu'avec une perte de confiance des investisseurs.

Reste enfin le risque que personne n'anticipe : le fameux Black Swan. Par définition, il est impossible de le prévoir, ce qui explique qu'il demeure le risque le plus difficile à intégrer dans un scénario de marché.

Au total, plusieurs facteurs d'incertitude demeurent, mais aucun ne nous paraît aujourd'hui suffisamment puissant pour remettre durablement en cause notre scénario central.


 
Au-delà des fondamentaux économiques, quels pourraient être les principaux catalyseurs des marchés au cours du second semestre ?

Défense, souveraineté économique, intelligence artificielle, électrification et infrastructures devraient rester les grands moteurs structurels.

Nous pensons que le second semestre s'inscrira davantage dans la continuité des grandes tendances déjà à l'œuvre avant le conflit que dans l'émergence de nouveaux catalyseurs. À mesure que les tensions géopolitiques s'apaisent, les investisseurs devraient progressivement se détourner de l'actualité immédiate pour se recentrer sur les moteurs structurels de la croissance.

La première de ces tendances est celle de la souveraineté économique. Au-delà du contexte géopolitique, les investissements dans la défense, les infrastructures et la sécurisation des chaînes d'approvisionnement s'inscrivent dans une dynamique de long terme susceptible de soutenir durablement les marchés.

L'intelligence artificielle constitue naturellement un autre moteur majeur. Au-delà des seules grandes valeurs technologiques, cette révolution crée des opportunités dans toute la chaîne de valeur.

C'est notamment le cas de l'électrification. Le développement de l'intelligence artificielle nécessitera des investissements considérables dans les réseaux électriques, les infrastructures énergétiques et les capacités de production. Il s'agit d'un moyen pertinent de s'exposer à cette transformation tout en diversifiant ses investissements.

Nous pensons également que les investisseurs auront intérêt à élargir leur univers d'investissement. Certaines régions, comme le Japon, où d'importants programmes de dépenses publiques sont en cours de déploiement, pourraient offrir de nouvelles opportunités.

En fin de compte, les véritables moteurs des marchés resteront les grandes tendances structurelles plutôt que les événements de court terme. Défense, souveraineté économique, intelligence artificielle, électrification et infrastructures devraient continuer d'offrir des relais de croissance aux investisseurs.

 

Allocation d’actifs et vision de long terme

  

 
Dans ce contexte, quelle allocation d'actifs privilégiez-vous aujourd'hui et quels thèmes d'investissement vous semblent les plus porteurs ?

BNP Paribas Asset Management conserve un biais favorable aux actions, tout en renforçant la diversification géographique et sectorielle.

Etant donné notre scénario macroéconomique, nous conservons une surpondération des actions dans nos portefeuilles diversifiés. Les perspectives bénéficiaires restent favorables et nous ne voyons pas, à ce stade, de remise en cause du scénario de croissance.

Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille ignorer les risques. L'été est traditionnellement une période de liquidité plus faible et de volatilité plus marquée. Dans ce contexte, il peut être judicieux de réduire tactiquement une partie de cette surexposition, tout en conservant un biais favorable aux actions.

Au-delà de cette approche tactique, notre conviction est qu'une allocation doit aujourd'hui être plus diversifiée, tant sur le plan géographique que sectoriel. Après plusieurs années de forte concentration sur les grandes capitalisations américaines, nous pensons que l'Europe, l'Asie et notamment le Japon offrent des opportunités de diversification intéressantes.

Notre approche privilégie les grandes tendances structurelles déjà identifiées – autonomie stratégique, intelligence artificielle, électrification ou encore infrastructures – mais avec une logique de portefeuille plutôt que de paris concentrés sur quelques valeurs emblématiques. Les investisseurs ont intérêt à rechercher des expositions plus larges à ces transformations de long terme.

Enfin, dans un environnement où les écarts de valorisation pourraient progressivement se creuser, la sélection des entreprises redeviendra un facteur déterminant de performance. Au-delà des grandes tendances d'investissement, la capacité à identifier les sociétés les mieux positionnées sera probablement le principal moteur de création de valeur.

 
9) Les obligations retrouvent-elles aujourd'hui toute leur place dans une allocation de portefeuille aux côtés des actions ?

Les obligations retrouvent un rôle central, avec une préférence pour les maturités courtes et une gestion sélective.

Oui, les obligations retrouvent pleinement leur place dans une allocation diversifiée. Par nature, la construction d'un portefeuille repose sur la complémentarité entre actions et obligations, même si cette relation n'est pas toujours aussi protectrice qu'on pourrait le souhaiter.

Nous restons convaincus que les obligations conservent un rôle essentiel, notamment dans un environnement où la recherche de rendement redevient un enjeu majeur.

Les produits obligataires offrant du rendement ou une protection contre l'inflation présentent aujourd'hui un réel intérêt. En revanche, les obligations indexées sur l'inflation constituent un marché relativement technique, davantage destiné aux investisseurs professionnels. Investir sur cette classe d'actifs ne consiste pas uniquement à anticiper l'évolution de l'inflation ; il faut également intégrer de nombreux paramètres de marché, ce qui nécessite une véritable expertise.

Dans le contexte actuel, marqué par une visibilité encore limitée et par la perspective de nouvelles phases de volatilité, nous privilégions des ajustements tactiques plutôt que des paris directionnels importants.

Concrètement, nous recommandons de limiter le risque de taux en privilégiant des maturités plus courtes. Cette approche permet de continuer à rechercher du rendement tout en réduisant l'exposition à d'éventuelles variations des taux d'intérêt.

Ainsi, les obligations retrouvent pleinement leur place dans les allocations, à la fois comme outil de diversification et comme source de rendement, à condition d'adopter une gestion suffisamment sélective.

 
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux investisseurs particuliers qui abordent ce second semestre dans un environnement toujours incertain ?

Régularité, sélection des investissements et vision de long terme restent les meilleurs repères pour traverser les cycles de marché.

La principale leçon de ce premier semestre est que les marchés financiers ne sont jamais un long fleuve tranquille. Les épisodes de volatilité, les chocs géopolitiques ou économiques font partie intégrante de leur fonctionnement. Pourtant, à long terme, ce sont toujours les fondamentaux des entreprises qui finissent par se refléter dans les cours.

C'est pourquoi il est essentiel de conserver une vision de long terme et de ne pas se laisser guider par les seuls événements de court terme.

Dans cet environnement, la sélection des investissements devient plus importante que jamais. Il ne s'agit pas seulement d'identifier des secteurs porteurs, mais surtout de choisir des entreprises disposant de modèles économiques solides et de véritables avantages compétitifs.

C'est précisément l'approche que nous privilégions chez BNP Paribas Asset Management. Notre gestion repose sur des convictions fortes et sur une connaissance approfondie des entreprises dans lesquelles nous investissons. Dans un environnement appelé à rester exigeant, cette discipline constitue un atout majeur.

Plus largement, continuer à investir régulièrement, construire progressivement son patrimoine et conserver une vision de long terme demeurent, selon nous, les meilleures façons de traverser les différents cycles de marché.

 
Les propos retranscrits dans cette interview sont fournis à titre informatif et ne constituent pas une recommandation d’investissement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.


Hazgui Imen