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Interview de Marc Girault : Co-fondateur et gérant de HMG finance

Marc Girault

Co-fondateur et gérant de HMG finance

Parmi nos principales convictions : Rougier, Chargeurs, Les Ciments français et Cybernetics

Publié le 26 Août 2011

Une de vos idées phare est de miser sur la croissance des pays émergents par le biais de sociétés françaises...
Effectivement nous nous intéressons à des sociétés françaises dont l’essentiel de l’activité est dans les pays émergents. Aujourd’hui nous observons une véritable dichotomie entre la valorisation des sociétés émergentes et la valorisation des sociétés européennes exposées aux pays émergents. Ces dernières sont plutôt bradées eu égard à la dynamique réelle de leur activité.
Vous intéressez vous à un profil précis en termes de taille ou de secteur ?
Il y a deux approches en termes de taille de sociétés. Une première possibilité est d’acheter de grands groupes comme L’Oréal, Michelin, Lafarge, LVMH, Unilever, Siemens qui ont une partie significative de leur activité dans les pays émergents.
Cela ne nous suffit pas. Ces sociétés ont encore une part prépondérante de leurs revenus générés dans les pays matures. Lafarge a 60% de ses revenus réalisés dans les pays développés.
Nous nous concentrons sur les sociétés qui ont au moins 75% de leur activité dans les pays émergents.

La notion de pays émergents est très disparate. Elle englobe des pays aux caractéristiques très diverses. Vous arrêtez vous sur des pays émergents en particulier ?
Nous avons une large compréhension des pays émergents qui sont le monde entier moins l‘Europe occidentale, les Etats-Unis et le Japon.

Quelles sont vos convictions du moment ?
Une première conviction est la société Rougier qui produit et exploite du bois en Afrique. La société a fait évoluer son business plan. Auparavant elle exploitait du bois en Afrique, l’amenait à la Rochelle, la société étant basée à Niort, et faisait là du contreplaqué. Aujourd’hui, la société produit du bois tropical en Afrique, au Gabon, au Cameroun et au Congo sur environ 2 millions d’hectares. Elle fait sur ses trois concessions, une exploitation raisonnée d’un ou deux arbres par hectare en moyenne qu’elle va ensuite transformer sur place soit en planches soit en contreplaqué. Elle exporte ce bois vers des marchés porteurs notamment l’Asie et le Moyen Orient.
Donc 100% de la production est faite en Afrique et l’essentiel des exportations est faite en Asie.
Le cours de la société se situe autour de 30 euros. Le bénéfice par action attendu est entre 2,30 euros et 2,50 euros. Le titre vaut 12 fois le résultat, quatre fois le cash flow. L’actif net par action est de 48 euros environ. La décote est d’environ 40% par rapport cet actif net.
Nous tablons sur une remontée du titre à 40 euros.

Quels sont les risques qui pèsent sur la valeur ?
Une remise en cause des concessions dans le cas d’un changement de gouvernement dans un des pays où la société est implantée. Par ailleurs, un autre risque réside dans la concurrence d’exploitants sauvages ou pirates qui fonctionnent avec des méthodes douteuses dans des conditions qui n’ont rien d’écologique et qui ont des prix de revient inférieurs à ceux de Rougier.
Au Gabon, quand Omar Bongo a cédé la place suite à son décès à Ali Bongo, du jour au lendemain l’Etat a décidé d’interdire les exportations de grumes, le tronc d’arbre brut qui n’est pas transformé en planche ou en contre plaqué, pour favoriser l’emploi local. Il a fallu que Rougier adapte son outil de production pour vendre des troncs d’arbre à des transformateurs locaux et exporter également des produits transformés.

Une autre de vos convictions est la société Chargeurs ?
Chargeurs est un petit groupe industriel diversifié dont le principal actionnaire est Jérome Seydoux. La société a trois activités. Tout d’abord, dans le négoce de la laine. Chargeurs achète de la laine en Australie, en Argentine, en Uruguay et l’envoie en Chine. La société fait également des films plastiques de protection, qui est en ce moment son activité la plus rentable. Sa troisième activité est l’entoilage, un textile technique utilisé dans l’industrie de la confection pour rigidifier le tissu d’un vêtement. 90% des usines qui s’occupent de cette activité sont implantées en Chine. Chargeurs est d’ailleurs associé à une société chinoise cotée sur la bourse de Shenzhen qui est filiale du plus grand confectionneur chinois.
Le titre vaut environ 4,5 fois le bénéfice d’exploitation publié en 2010, tenant compte d’une dilution des actions suite à émission d’obligations convertibles début 2011. Les résultats du premier semestre ont été annoncés ce matin. Chargeurs a réalisé un bénéfice net de 7,2 millions d'euros, contre 6,8 millions d'euros, un an plus tôt. Le résultat d'exploitation est en hausse de 15 % à 14,6 millions d'euros. Le chiffre d'affaires consolidé a progressé de 13,6 % à 290,7 millions d'euros.

La décote est d’environ 30%. Le titre devrait valoir 6 euros au lieu de 4 euros.
Les risques principaux sur la valeur sont un retournement de la conjoncture et l’évolution de la coentreprise en Chine. Nous voulons de notre côté que Chargeurs vende ses parts à son partenaire chinoise, touche de l’argent et le redistribue aux actionnaires.

Deux autres convictions sont Les Ciments français et Cybernetics…
Les Ciments français sont la filiale française du groupe italien Italcementi qui a plus de 65% de ses capacités de production dans les pays émergents, notamment en Egypte. La désorganisation de ce dernier pays suite à la révolution a conduit les investisseurs à alimenter des craintes sur l’activité du groupe. Le titre a fortement chuté. Fin juin, l’action valait 75 euros. Elle cote aujourd’hui 55 euros. La décote par rapport à l’actif net par action est de 40%. On est sur 5,2 fois le résultat opérationnel courant et 9 fois le résultat net.
Nous avons un premier objectif de retourner vers 70-75 euros. Cela ferait environ 20% de hausse. Nous estimons que la baisse de la rentabilité de l’activité en Egypte est temporaire. La croissance de la population égyptienne est forte et la croissance des besoins en ciment en Egypte est très forte.

Cybernetics est un petit groupe industriel d’une capitalisation de 21 millions d’euros et qui exerce 95% de ses activités en dehors de l’Europe. La société fabrique des robots sous marins très utiles aux plateformes sous marines. Le cours de l’action est d’environ 12 euros. On est monté jusqu’à 18 euros au cours des douze derniers mois. Le bénéfice par action est attendu cette année à 1,5 euro. On vaut environ 8 fois le résultat 2011. Le carnet de commandes est en progression. La société bénéficie très directement de l’expansion et des contraintes de sécurité de l’offshore pétrolier. Cybernetics vient d’ouvrir une filiale au Brésil.
Nous avons un objectif de cours immédiat à 15 euros.

Quel est votre horizon d’investissement sur ces valeurs ?
Tout d’abord, je tiens à préciser que nous gérons des mandats pour des caisses de retraite et des clients privés et des fonds communs de placement. L’ensemble de ces valeurs sont détenues dans notre gestion sous mandat et dans nos fonds communs de placement.
Notre horizon d’investissement est très long, d’environ 5 ans en moyenne.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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