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Interview de Philippe  Crevel : Economiste indépendant, spécialiste de la question de l'épargne en France

Philippe Crevel

Economiste indépendant, spécialiste de la question de l'épargne en France

Le livret A n'est pas en danger pour le moment

Publié le 21 Octobre 2014

Le livret A a subi une décollecte de 2,37 milliards en septembre. Quels commentaires ce mouvement vous inspire-t-il ?
Le mois de septembre est en général un mauvais mois pour le livret A. Ces cinq dernières années, le mois de septembre est systématiquement ressorti en décollecte en raison des dépenses de rentrées et de l’impôt sur le revenu. S’est ajoutée cette année à ces deux derniers éléments, la baisse du taux de rémunération du livret A en août à 1% qui n’a pas incité les épargnants qui le pouvaient à placer leur fonds dans cette enveloppe financière.

Le montant des sorties est cependant un montant record sur un historique de plus de 10 ans…
Nous sommes effectivement sur un phénomène d’une ampleur importante, ce d’autant plus que septembre constitue le cinquième mois consécutif de décollecte.

De par cette ampleur du flux sortant, est-on face à une rupture ?
Nous ne sommes pas dans une rupture par rapport aux mois précédents. Cependant la puissance du flux est bien une nouveauté.

Ce montant record traduit-il selon vous une baisse du pouvoir d’achat des Français ?
Il est vrai que pour certains Français, l’impôt sur le revenu a été plus conséquent que prévu alors que les salaires ont eu tendance à stagner. Cela peut expliquer la nécessité pour ces derniers de puiser dans le livret A.

Où selon vous est allé le surplus d’épargne disponible qui ne s’est pas orienté vers le livret A ?

Probablement qu’une partie de cette épargne disponible s’est dirigée vers l’assurance vie. Par ailleurs, il est vraisemblable qu’une autre partie significative de cette épargne ait été laissée dans les comptes courants.

Y a-t-il lieu de s’inquiéter quant à la survie de ce produit ?
La décollecte enregistrée à l’issue des neuf premiers mois de l’année doit être mise en perspective au regard de la forte collecte en 2012 (28 milliards d’euros) et 2013 (12 milliards d’euros). Une inquiétude pourrait être alimentée par la poursuite de cette décollecte d’envergure en octobre. Pour l’instant nous pouvons légitimement espérer que septembre ait marqué un pic.

Pour l’heure vous ne vous attendez donc pas à ce que le flux sortant persiste avec une telle vigueur au cours des prochains mois ?

Non. Nous pourrions effectivement demeurer dans une tendance de décollecte mais pas de plus de 2 milliards d’euros.

Si l’on se rendait compte en octobre d’une persistance des sorties massives, pourrait-on escompter de la part des pouvoirs publics une action pour tenter de redonner une attractivité à ce produit ?
Cela me parait difficile. Logiquement le taux du livret A, indexé sur la variation de l’inflation, devrait encore diminuer. La hausse des prix à la consommation s’étant établie à 0,3%, le taux de rendement devrait descendre à 0,75%. Considérant la décollecte de septembre, il est plausible que le gouvernement ne touche pas à ce taux. Mais il ne devrait pas le remonter non plus.
Hormis une intervention au niveau du taux, il n’y a pas d’autres manières de redonner de l’attractivité au produit. Son bon fonctionnement dépendra de ce fait étroitement de l’environnement économique et social.
Ceci étant, tant que l’on reste sur une collecte située entre 500 millions et 1 milliard par mois, on peut admettre que le livret A n’est pas en danger.

Propos recueillis par Imen Hazgui