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Interview de Paul-François Fournier : Directeur de l'innovation chez Bpifrance

Paul-François Fournier

Directeur de l'innovation chez Bpifrance

Il manque en France deux ou trois fonds de plus d'un milliard d'euros

Publié le 03 Juin 2015

Bpifrance est le principal ‘capital-risqueur’ aujourd’hui en France. Comment se déclinent vos investissements dans les nouvelles technologies ?
Nous gérons cinq fonds de capital-risque consacrés au secteur de l’innovation, qui englobe les secteurs du numérique mais aussi la biotech, les cleantech, etc. Le premier fonds, Ambition numérique, aide les entreprises innovantes à accélérer leur croissance et à prendre des positions dominantes sur leur marché. Il a investi dans 25 sociétés à l’heure actuelle dont des éditeurs de logiciels (Talentsoft, Systancia notamment), des prestataires de services internet (Teads, lekiosk.com, Geolid) et des fabricants d’objets connectés (Netatmo) pour des tickets allant de 1 à 10 millions d’euros. Le fonds Large Venture, doté de 600 millions, prend le relais pour les levées au-delà de 10 millions. Il a accompagné une quinzaine de sociétés notamment le spécialiste des objectifs connectés Withings ou l’opérateur de réseaux basse consommation Sigfox. Nous avons également deux fonds thématiques, l’un sur la biotech, l’autre sur les Eco-technologies, dotés de 150 millions d’euros chacun. Enfin le Fonds Accélération, lancé fin 2014 et doté de 200 millions d’euros, nous permet de financer des accélérateurs de startups, ces structures qui aident partout en France les jeunes pousses à grandir en leur apportant des conseils ou des services à forte valeur ajoutée (marketing, business développement, prototypage, notamment). En tant que banque publique nous octroyons également de nombreux prêts aux entreprises innovantes (prêts d’amorçage, prêts à l’innovation), qui peuvent aller de quelques milliers à plusieurs millions d’euros.

Le financement des start-up en France ne repose-t-il pas exagérément sur les pouvoirs publics ?
Notre action en « direct » reste très minoritaire, et à vocation à le rester, par rapport à notre activité en « fonds de fonds ». Nous investissons chaque année environ 250M€ dans une centaine de fonds de capital-risque français. C’est notre principal « outil » pour développer l’investissement dans les start-up. En investissant dans ces fonds, on facilite et on encourage leur recherche de fonds privés. J’ajoute que l’industrie du capital-risque française est l’une des plus dynamiques aujourd’hui en Europe. Il existe environ 200 fonds communs de placement dans l’innovation, c’est beaucoup. Mais il manque deux ou trois fonds de plus d’un milliard d’euros qui permettraient aux entreprises tricolores de réaliser des levées plus importantes. C’est pourquoi nous sommes favorables à l’émergence de fonds paneuropéens où le savoir-faire des gérants français pourrait s’exprimer. Nous soutenons ainsi la création d’un fonds de fonds pan-européen dans le cadre du plan d’investissement Juncker.

Comment expliquez-vous que les entreprises de la ‘French Tech’ restent attirées par les Etats-Unis, notamment lorsqu’il s’agit d’entrer en bourse ?
Il ne faut pas systématiquement opposer l’Europe et les Etats-Unis dans ce domaine. Regardez ce qui se passe dans le secteur de la biotech. En 2014 la place de Paris s’est imposée comme une place de référence pour les entreprises du secteur, dont certaines ont ensuite choisi une seconde cotation au Nasdaq (ndlr : Cellectis, DBV Technologies). Si elles veulent réussir les entreprises françaises doivent se développer aux Etats-Unis et elles peuvent aussi y lever des fonds. Cela ne les empêche pas de poursuivre leur croissance en France, au contraire. C’est ce cycle vertueux que l’on voit apparaître de plus en plus.

Propos recueillis par François Schott

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