Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Philippe  Crevel  : Directeur du Cercle de l'Épargne

Philippe Crevel

Directeur du Cercle de l'Épargne

Sicav monétaires, fonds euros, livret A, PEL, unités de compte : les Français sont assez rationnels au niveau de la gestion de leur épargne

Publié le 01 Juin 2016

BlackRock a fait état la semaine dernière des principales conclusions de sa dernière étude Investor Pulse Survey pour le marché français. Celle-ci rend compte d’un décalage manifeste entre l’inclination des Français à épargner et celle à prendre des décisions d’investissement financier. L’écart s’élève à plus d’une dizaine de points. Un commentaire ?
Les Français sont assez rationnels au niveau de la gestion de leur épargne. Ils privilégient la sécurité, ce qui est également le cas pour les épargnants allemands. Par ailleurs, ils savent s'adapter au contexte. Après avoir choisi les SICAV monétaires dans les années 70, les fonds euros dans les années 90/2000, le Livret A entre 2008/2012, ils ont opté pour le PEL qui offrait une bonne rémunération jusqu'à maintenant.
Ils commencent progressivement à se tourner vers les Unités de compte au sein de l’assurance vie du fait de la baisse de rendement des fonds euros. En cela, ils apparaissent plus agiles que les épargnants allemands qui privilégient les dépôts à vue.

Les Français semblent continuer à avoir peur d’investir. Comment l’expliquer selon vous ?

La situation économique, le sentiment de défiance et l'impression qu'aucun placement n'est intéressant expliquent le choix de la liquidité qui est avant tout un choix par défaut.

Pourtant les taux offerts par ces produits liquides ont considérablement diminué ?
Les jeunes disposent souvent de faibles revenus et ont par nature des patrimoines de taille réduite. De ce fait, ils souhaitent sécuriser leurs placements. Ce n'est qu'après avoir atteint 50 000 euros de patrimoine financier que l'exposition aux risques augmente.

L’étude de BlackRock révèle que davantage de Français ont commencé à épargner pour leur retraite. Cependant une grande partie d’entre eux, les deux tiers, n’ont toujours pas le sentiment d’être en capacité d’atteindre leurs objectifs et s’attendent à devoir moins dépenser à l’avenir ?

L'enquête du Cercle intitulée « Les Français, l'épargne et la retraite » confirme les résultats avancés par Black Rock. 72 % des personnes que nous avons sondées déclarent que leur pension publique sera insuffisante. Un peu plus de la moitié des Français (55%) affirment de ce fait épargner pour la retraite. Ils sont 27 % à indiquer qu'ils épargnent régulièrement.
Le décalage est lié aux problèmes de revenus. La montée en puissance des dépenses de logement érode les capacités d'épargne financière à long terme des ménages. En outre, la peur du chômage et l'absence de visibilité conduisent à une augmentation de la poche d'épargne à court terme.

Dans son étude BlackROck a questionné les Français sur ce que devait faire le gouvernement pour renforcer l’épargne retraite. Trois actions principales ont été évoquées. En premier lieu desquelles la fourniture de conseils gratuits. Les deux autres actions mentionnées sont l’imposition d’une obligation à tous les Français pour épargner pour leur retraite, la proposition d’une fiscalité plus avantageuse pour la retraite. Qu’en pensez-vous ?
Les produits d'épargne retraite bénéficient aujourd'hui d'un régime fiscal avantageux mais ils ne constituent pas des solutions avancées par les Français pour préparer leur retraite. Ils préfèrent la pierre ou l'assurance-vie. Ils n'apprécient pas le caractère tunnel de ces produits. Ils ne peuvent en sortir qu'au moment de la cessation d'activité quand il est possible de faire des rachats à tout moment sur les contrats d'assurance-vie. Il y a par ailleurs une méconnaissance des produits d'épargne retraite.
Il serait souhaitable d'inciter les branches professionnelles à mettre en place des accords afin de couvrir les salariés qu'ils travaillent au sein de grandes entreprises ou au sein de PME. Aujourd'hui, il y a une réelle inégalité de traitement entre les salariés en la matière.

Propos recueillis par Imen Hazgui