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Interview de Bertrand Alfandari : Responsable du développement ETF chez BNP Paribas Asset Management

Bertrand Alfandari

Responsable du développement ETF chez BNP Paribas Asset Management

Depuis le début de l'année, environ 8 milliards d'euros de collecte nette ont été enregistrés sur les ETF indexés sur des indices ESG, soit 15% de la collecte globale

Publié le 24 Septembre 2019

De quelle manière se présente le marché des ETF* en France ?
Selon le dernier rapport de la société ETFGI, il existe près de 350 ETF listés en France à fin août 2019, proposés par 12 émetteurs différents. L’Hexagone se situe ainsi au troisième rang européen en termes de produits commercialisés derrière l’Allemagne (avec environ 600 ETF) et le Royaume-Uni (avec environ 500 ETF)**.

Qu’en est-il du niveau des encours pour les ETF en Europe ?

En Europe, les encours sur les ETF ont atteint 758 milliards d’euros fin août 2019. Cela correspond à une progression de 15% depuis le début de l’année (contre 4.4% sur les huit premiers mois de 2018). La dynamique demeure forte. On observe que 66% de ces encours sont positionnés sur les ETF actions, 28% sur les ETF obligataires et 3% sur les ETF investis dans les matières premières. L’effet marché a été favorable en 2019 contrairement à 2018. Si l’on raisonne en collecte nette, celle-ci s’élève à 44 milliards d’euros de janvier à août 2019, contre environ 30 milliards d’euros2 sur la même période l’année passée. La dynamique de collecte est donc encore plus forte cette année.

Quelle lecture faites-vous de cette dynamique ?

L’appétit pour les ETF ne s’essouffle pas. Plusieurs raisons à cela. Ces instruments sont accessibles, simples à appréhender dans leur utilisation, transparents. La diversité grandissante de l’offre est également un élément favorable car les ETF permettent aussi bien de se positionner sur des indice phares comme le CAC 40®, l’Eurostoxx 50® ou le S&P 500® que sur des indices thématiques, axés par exemples sur l’immobilier coté, les infrastructures ou encore l’ESG***.

On remarque une rupture de tendance dans la collecte depuis le quatrième trimestre 2018... 

Effectivement, les ETF actions ont été historiquement plébiscités par les investisseurs, notamment institutionnels. Depuis le quatrième trimestre 2018, la majorité des flux se dirigent vers les ETF obligataires. Cela traduit une aversion plus forte au risque depuis près d’un an. Depuis le début de l’année 2019, près de 90% de la collecte se sont orientés vers les ETF obligataires quand à peine 8% se sont dirigés vers les ETF sur indices actions.

Quel segment de la sphère obligataire a été le plus demandé par les investisseurs ?

Les indices sur les obligations d’entreprises (« corporate ») bien notées, dites « investment grade » ont été les plus convoités. Ils sont suivis des obligations souveraines des pays développés, puis des obligations des pays émergents et enfin des obligations d’entreprises moins bien notées, dites « high yield ». L’exposition à ces ETF obligataires permet aux investisseurs d’optimiser leur rendement net grâce aux faibles coûts de gestion associés à ces produits. En raison de la faiblesse des taux de rendement, l’impact des frais de gestion sur la performance des ETF obligataires est encore plus fort que sur celle des ETF actions.

Cet inversement de tendance a-t-elle eu une influence dans votre offre commerciale ?

Nous avons été amenés à densifier notre offre obligataire. Nous avons développé notre gamme sur de nouveaux indices, avec une approche essentiellement ISR****, sur des obligations d’Etat ou des obligations d’entreprises, avec différentes durations plus ou moins longues. Plus précisément, nous avons lancé quatre nouveaux ETF obligataires depuis le début de l’année.

Au sein des marchés actions, quels zones géographiques et indices ont tiré leur épingle du jeu ?

Chez les investisseurs européens, Les actions mondiales, les pays émergents et l’Amérique du nord constituent le trio gagnant en matière de collecte sur les ETF actions. Et l’indice MSCI Word a été particulièrement demandé. A contrario, les ETF sur les indices européens sont en forte décollecte depuis le début de l’année.
La réplication physique continue à dominer le marché…

Désormais, 80% des encours sont investis dans des ETF à réplication physique, c’est-à-dire ceux où le gérant achète directement les titres contenus dans l’indice. Le solde est constitué d’ETF dits à réplication synthétique qui permet notamment de rendre certains ETF éligibles au PEA ou de suivre des indices pour lesquels la réplication physique est plus compliquée (exemple d’un indice constitué de plusieurs milliers de valeurs).

L’approche ESG est de plus en plus généralisée…

Ce phénomène est observé aussi bien dans les ETF actions que dans les ETF obligations. Depuis le début de l’année, environ 8 milliards d’euros de collecte nette ont été enregistrés sur les ETF indexés sur des indices ESG, cela représente 15% de la collecte globale, contre 2% il y a trois ans. Au sein de BNPP AM, plus de 40% de notre collecte ETF en 2018 a été réalisée sur des indices ESG (empreinte bas carbone, indices MSCI ISR,…)*****. Un mouvement similaire se dessine pour cette année 2019.

Si les ETF sont devenus incontournables auprès des investisseurs professionnels, il n’en est pas encore de même s’agissant des investisseurs particuliers ?

Effectivement, l’engouement des investisseurs particuliers existe mais reste plus limité que celui des investisseurs professionnels, ce qui induit un potentiel de collecte encore important en Europe et a fortiori en France où ce retard est plus important que dans d’autres pays d’Europe.
On estime à 10 ou 15% la part des encours ETF détenus par les particuliers en Europe. Les choses évoluent avec l’appétit grandissant des conseillers en gestion de patrimoine, des banques privées, des gestions sous mandat, de l’assurance-vie, ou encore de robo-advisors. Le degré de connaissance de ces solutions d’investissement est en train de progresser et les initiatives en matière de pédagogie doivent continuer à se développer. Enfin, les nouvelles dispositions réglementaires – notamment relatives à la mise en place de MIFID II sur la transparence des frais – devraient commencer à porter leurs fruits auprès des particuliers.


*         Exchange Traded Fund : fonds indiciel coté
**       Source ETFGI, 30 août 2019
***     ESG : Environnement, Social et Gouvernance
****   ISR : Investissement Socialement Responsable
***** Source BNP Paribas Asset Management, 30 août 2019



 
Wébinaire réalisé avec Bertrand Alfandari, Responsable du développement ETF chez BNP Paribas AM et Jean-Baptiste Barbier, Directeur du développement commercial d'EasyBourse.




Imen Hazgui