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Interview de Jean-Lucien Rascle : Président de Boa Concept

Jean-Lucien Rascle

Président de Boa Concept

Une rupture culturelle et technique

Publié le 15 Juin 2021

Pourriez-vous commencer par décrire brièvement ce qu’est Boa Concept ?

Notre mission, depuis la création de Boa Concept en 2012, est d’équiper les acteurs du e-business et les prestataires logistiques dans la perspective de l’expédition de leurs colis. Nous fournissons donc des équipements destinés à leurs entrepôts, notamment à la phase de préparation des commandes : des convoyeurs, qui servent à acheminer le colis vers les opérateurs afin d’améliorer la productivité. Une problématique qui n’est pas neuve, car je travaille sur cette question des équipements logistiques depuis les années 1990. Dans ce secteur, la mécanisation est lourde et structurante, et par conséquent très difficile à modifier. Avec Boa Concept, nous avons donc avant tout cherché à concevoir des outils faciles à installer et adapter. Aujourd’hui, notre équipe compte 50 collaborateurs, correspondant à un tiers de personnels dédié à l’assemblage, un autre tiers à l’ingénierie et au bureau d’étude, et un dernier à l’administratif et à la force commerciale. Côté résultats, 2021 nous promet un chiffre d’affaires supérieur à 9 millions d’euros.

Votre produit phare, le convoyeur modulaire, représente une forme de révolution dans votre domaine…

En effet, notre convoyeur modulaire marque une forme de rupture dans la culture logistique. Et pour cause : il permet déjà, à la façon d’un circuit de petit train électrique, d’assembler les différents éléments dans l’ordre souhaité par le client. Chacun d’entre eux étant pré-câblé, il suffit de les placer et de connecter les prises qui les équipent : simple et très efficace. Mais notre convoyeur modulaire est surtout intelligent, ce qui représente un saut technologique important. Cela signifie que, une fois sous tension, tous les éléments s’organisent et discutent entre eux. Permettant non seulement de faire circuler un colis, mais aussi un flux d’informations qui le concernent. Concrètement, le colis au fur et à mesure de son trajet est accompagné par les informations qui s’y rapportent, simplifiant fortement son pilotage et le nombre de lecteurs intermédiaires nécessaires pour tracer son étiquette.

Pour vos clients, le caractère modulable ne représente-t-il pas une véritable aubaine ?

Cela paraît simple, mais représente d’énormes avantages. Tout d’abord, cela correspond au droit à l’erreur : Il devient facile de rectifier une organisation, de changer ou permuter certains éléments. Ensuite, le caractère aménageable des installations permet au client d’accompagner la croissance de son activité. Il faut dire que les installations traditionnelles imposent d’être aménagées d’un coup. Elles obligent ainsi les entreprises qui anticipent l’augmentation de leurs volumes à investir dès le début dans une installation dont elles n’auront besoin que dans cinq ou dix ans. Notre convoyeur modulaire, qui ne présente aucun surcoût en cas de multiplication des phases, permet au contraire d’accompagner en douceur cette évolution. Dernier aspect, très loin d’être négligeable : nos équipements peuvent être déménagés facilement si nécessaire, là où les anciennes installations sont impossibles à bouger et doivent être abandonnées sur place.

En plus de ce convoyeur modulaire, Boa Concept développe-t-il d’autres produits ?

Oui, et ils se placent dans la même philosophie de rapidité, plasticité et évolutivité. Le stockage automatique est une offre que nous avons lancée en 2019, et pour laquelle nous avons reçu en 2021 le prix Roi de la Supply Chain. Là où les projets concernant des convoyeurs suivent une fourchette de chiffre d’affaires entre 10 000 et 3 millions d’euros, ceux qui se rapportent au stockage automatique sont moins nombreux mais peuvent monter jusqu’à 5 ou 6 millions d’euros. Ils font aussi appel à des machines standard, alors que du côté des convoyeurs les équipements doivent être adaptés au client et revêtent donc une part d’ingénierie importante. En 2021, nous avons débuté la commercialisation de notre solution d’automatisation express Fast Track. Nous sommes partis du constat que des blocs fonction reviennent en permanence. Nous avons donc utilisé un configurateur pour les placer les uns à côtés des autres. Résultat : l’opération ne demande plus de savoir-faire ingénierie. Le bénéfice immédiat est que notre réponse aux projets est devenue plus rapide, et que cette technologie nous a permis d’attaquer le marché international aux côtés de partenaires. Notre objectif ? Cibler des projets de taille moyenne avec des solutions hyper qualitatives, celles que ne recherchent pas les plus grosses entreprises du marché.

Vos concurrents, à technologie comparable, existent-ils sur ce marché ?

La technologie du convoyage existe depuis très longtemps. Mais nous avons totalement changé la manière de concevoir ces installations. En France, notre principal concurrent pèse entre 80 et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires mais ne se positionne pas seulement sur les convoyeurs. D’autres entreprises occupent le terrain comme Savoye, Actemium ou Fives. À l’international, ceux qui tiennent le secteur, Schäfer, Knapp, Dematic, Vanderland, sont surtout allemands, autrichiens et suisses. Les plus grosses de ces entreprises atteignant 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires répartis sur un grand nombre d’activité… Toutefois, aucun de ces acteurs, si gros soit-il, n’a conçu comme nous de dispositifs intelligents et évolutifs.

Seriez-vous à l’avant-garde d’une nouvelle manière de pratiquer la logistique ?

Dans notre secteur, il y a l’ancien monde et le nouveau monde : d’un côté les mécaniciens qui ont assorti leur système de plus ou moins d’automatisme ; de l’autre, les entreprises pilotées par l’informatique, la robotique et l’intelligence artificielle. Des domaines qui constituent le socle de leur approche, ensuite enrichi par la mécanique. Ce nouvel écosystème qui commence à apparaître représente un autre point de vue sur notre métier, une véritable rupture culturelle et technique. Il est extrêmement prometteur, mais fait aussi peur. C’est pourquoi il nécessite beaucoup de pédagogie pour entraîner les gens.

Quelles sont les tendances du marché sur lequel vous évoluez ?

Le marché du e-commerce en France représente 112 milliards d’euros en 2020. En moins de quinze ans, ce chiffre a été multiplié par 15 ! Particularité très positive, ce marché n’a même jamais connu de baisse depuis 1990… Et pour cause : la logistique est impossible à délocaliser. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes, c’est pourquoi nous sommes très optimistes sur nos chances d’attendre en 2025 un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros. Il s’appuie bien entendu sur le recrutement de nouveaux salariés et sur la sous-traitance. Par ailleurs, le désavantage que représente le caractère modulable de nos équipements, incitant donc le client à s’équiper petit à petit, se transforme grâce à leur confiance en marché récurrent qui pèse jusqu’à 30 % de notre activité. C’est une évolution à la fois sécurisante et très positive.

Quelle est la raison de votre entrée en Bourse ?

Nous cherchons avant tout à renforcer notre croissance des années à venir via une levée de fonds de 5,1 millions d’euros. Cela passe par la sécurisation de trois piliers portant notre stratégie à moyen terme. La croissance organique d’abord, qui nous amène à continuer à travailler, creuser et développer notre marché. Elle est loin d’être difficile, car il n’est pas rare qu’un client satisfait entraîne ses concurrents à nous rejoindre à leur tour. Nous cherchons ensuite à concevoir et développer de nouveaux produits, comme notre Plug-and-Store et notre offre logiciel WCS. Enfin, Boa Concept va se concentrer sur son déploiement à l’international, notamment via le Fast Track qui permet d’engager plus facilement des projets grâce à l’aide de partenaires. L’opération actuelle financera donc pour partie la démarche commerciale pour les recruter, les former et monter ensuite avec eux des bureaux de liaison.

Pour conclure, pouvez-vous nous parler de la politique RSE de Boa Concept ?

Nous sommes français et fortement implantés dans la région Rhône-Alpes, à Saint-Étienne. Quasiment toutes les pièces détachées et éléments dont nous avons besoin pour nos dispositifs sont fabriqués ou façonnés dans un rayon de vingt kilomètres alentours, ce qui en dit long sur notre engagement local. Matériel français, soutien du tissu économique, mais aussi engagement durable : notre convoyeur est conçu pour ne fonctionner que lorsque quelque chose est posé dessus, les éléments démarrant séparément. Cela représente, ajouté à la baisse des ressources informatiques nécessaires, une importante économie d’énergie. L’aspect écologique est aussi visible dans la conception même du convoyeur, conçu en acier traité. Pas besoin de le peindre, mais surtout il peut être recyclé à 98 % ! Quand les équipements de la génération précédente partent intégralement à la poubelle, nous réutilisons les nôtres. Nous proposons d’ailleurs une offre en location, parce que rendre nos clients plus « verts » est un réel engagement pour nous.


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