Jean-Marc Delfieux
Responsable des gestions actions et flexibles au sein de Tikehau Capital
Tikehau International Cross Assets : une stratégie flexible face à la volatilité des marchés
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Publié le 26 Août 2026
1. Pouvez-vous nous présenter le fonds Tikehau International Cross Assets et sa philosophie de gestion ?
« Une approche de gestion diversifiée et flexible, construite autour de nos plus fortes convictions d’investissement. »
Notre fonds repose sur une approche de gestion diversifiée et flexible, construite autour de nos plus fortes convictions d’investissement. L’objectif est de combiner plusieurs expertises complémentaires afin de rechercher une performance régulière, tout en maîtrisant le niveau de risque.
La première expertise historique concerne le crédit. Depuis 2007, nous investissons dans des obligations cotées émises par des entreprises et des établissements financiers.. Cette classe d’actifs constitue aujourd’hui l’un des piliers de notre gestion.
La seconde expertise repose sur la sélection de valeurs actions. Depuis 2014, nous développons une gestion fondée sur une analyse fondamentale approfondie des entreprises afin d’identifier les sociétés qui nous semblent présenter les meilleures perspectives de création de valeur à long terme. Cette sélection se fait dans l’univers de sociétés cotées de qualité qui combinent de fortes marges, peu d’endettement, un retour sur capitaux élevé et des avenues de croissance pérennes.
Enfin, nous avons progressivement renforcé une troisième compétence autour des produits dérivés, notamment sur les marchés actions. Cette expertise, développée avec l’arrivée d’un spécialiste dédié, nous permet aussi bien de couvrir le portefeuille que de prendre certaines expositions tactiques ou encore de construire des profils de rendement asymétriques. Les produits dérivés constituent aujourd’hui un véritable levier de gestion, venant compléter les deux grandes classes d’actifs que sont les obligations et les actions.
Par ailleurs, les liquidités retrouvent aujourd’hui un véritable intérêt. Après une décennie durant laquelle elles ne procuraient pratiquement aucun rendement, elles sont désormais rémunérées et constituent un outil supplémentaire de gestion permettant d’ajuster l’exposition globale du portefeuille.
L’objectif du fonds est de surperformer, sur le long terme, son indice de référence, à savoir Ester majoré de 300 points de base, avant frais. Depuis sa création, cette ambition a été atteinte, le fonds affichant une performance supérieure à son indicateur de référence.
2. Quel rôle jouent précisément les produits dérivés dans votre gestion ?
« Les produits dérivés permettent de modifier le profil rendement/risque du portefeuille en introduisant davantage d’asymétrie. »
Les produits dérivés occupent aujourd’hui une place importante dans notre processus d’investissement. Ils ne servent pas uniquement à couvrir le portefeuille contre certains risques de marché. Ils constituent également un véritable outil d’optimisation de la gestion.
Ils peuvent par exemple être utilisés pour maintenir une exposition à une valeur tout en limitant le risque de baisse. Nous avons récemment vendu une position en actions après une forte progression du titre, tout en conservant une exposition synthétique grâce à des options cotées. Cette stratégie nous permettait de continuer à bénéficier d’une éventuelle hausse du titre, tout en limitant le risque en cas de retournement des marchés.
Plus généralement, les produits dérivés nous permettent de modifier le profil rendement/risque du portefeuille en introduisant davantage d’asymétrie. Nous pouvons ainsi construire des stratégies offrant un potentiel de gain tout en cherchant à limiter les pertes potentielles. Cette flexibilité constitue un élément différenciant de notre gestion.
3. Comment déterminez-vous la répartition entre actions, obligations et liquidités ?
« Le fonds est entièrement flexible : l’allocation évolue en permanence selon le couple rendement/risque attendu. »
Le fonds est entièrement flexible. L’allocation évolue en permanence en fonction de notre analyse des différentes classes d’actifs et de leur couple rendement/risque attendu.
Nous comparons en permanence l’attractivité relative des marchés actions et obligataires. Lorsque les perspectives de performance des actions nous paraissent particulièrement favorables, nous augmentons naturellement leur poids dans le portefeuille. À l’inverse, lorsque les valorisations deviennent plus exigeantes ou que les risques augmentent, nous privilégions davantage les obligations, qui offrent un profil plus défensif.
Aujourd’hui, le portefeuille est principalement investi crédit, qui représentent environ 60 % des actifs. Cette poche constitue le socle de la stratégie. Elle apporte un rendement relativement stable grâce au portage des coupons.
Nous analysons également la qualité des différents segments obligataires afin de déterminer s’il est préférable d’investir dans des obligations d’entreprises ou bancaires, dans des émissions seniors ou subordonnées, ou encore selon différents niveaux de notation de crédit.
L’évolution des taux constitue un facteur essentiel. Lorsque nous anticipons une baisse des taux, nous avons tendance à augmenter la sensibilité du portefeuille afin de bénéficier de l’appréciation des obligations. À l’inverse, dans un environnement où les taux longs restent sous pression, notamment en raison des importants déficits budgétaires observés des deux côtés de l’Atlantique, nous privilégions une duration plus faible.
Le degré d’exposition en actions est déterminé par une combinaison de facteurs comme l’état de l’économie, les perspectives de progression des profits des sociétés, les facteurs de supports techniques comme le positionnement des investisseurs sur cette classe d’actifs et les niveaux de valorisation. La répartition entre les différentes zones sur lesquelles nous avons une expertise (Etats-Unis, Europe, principalement) et dans les secteurs qui composent la cote résulte de notre appréciation des valorisations relatives, du positionnement des investisseurs et des flux attendus sur ces différents segments et des dynamismes économiques et sectoriels respectifs.
4. Quels sont les principaux indicateurs macroéconomiques que vous surveillez ?
« La croissance économique, l’inflation et les taux constituent les indicateurs les plus importants. »
Le croissance économique et ses moteurs, et ce moment l’inflation et les taux constituent lesindicateurs les plus importants.
Une croissance modérée représente généralement le meilleur environnement pour les marchés du crédit. À l’inverse, un ralentissement marqué ou une récession augmentent le risque de défaut des entreprises et rendent cette classe d’actifs moins attractive.
En revanche, lorsque la croissance est particulièrement dynamique, les marchés actions offrent souvent un meilleur potentiel de performance que les obligations.
Nous suivons également de très près les politiques monétaires des principales banques centrales, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. Les décisions concernant les taux directeurs influencent directement nos choix d’allocation.
Les taux longs retiennent également toute notre attention. Contrairement aux taux courts, davantage pilotés par les banques centrales, ils reflètent les anticipations des investisseurs sur la croissance, l’inflation et les besoins de financement des États. Les déséquilibres budgétaires observés aujourd’hui nous conduisent à rester relativement prudents sur les taux longs et à privilégier la partie courte de la courbe des taux.
Enfin, nous accordons une importance particulière aux flux de capitaux. Sur les marchés obligataires, nous observons notamment le succès des nouvelles émissions. Lorsqu’une émission est plusieurs fois sursouscrite, cela traduit un fort appétit des investisseurs pour cette classe d’actifs et constitue un indicateur précieux de la dynamique du marché.
Sur les marchés actions, nous suivons également les flux d’investissement, notamment ceux des investisseurs particuliers américains, dont le poids ne cesse de croître. Leur comportement influence désormais significativement les mouvements de marché, notamment sur les valeurs technologiques et les segments les plus spéculatifs.
5. Quelle est aujourd’hui la répartition du portefeuille entre actions, obligations et liquidités ?
« Le portefeuille est investi à environ 60 % en obligations privées, tandis que les actions représentent près de 47 % de l’exposition globale. »
Comme évoqué, actuellement, le portefeuille est investi à environ 60 % en obligations privées, qui constituent le socle de la stratégie. Les actions représentent près de 47% de l’exposition globale, une partie de cette exposition étant obtenue au travers de produits dérivés. Les liquidités, quant à elles, s’élèvent à environ 7 % des actifs.
La poche actions a été rééquilibrée à parts égales au début du mois de juin entre les aux États-Unis et l’Europe, après avoir privilégié l’exposition nord-américaine depuis le début du conflit en Iran. Cette répartition reflète notre analyse des opportunités offertes par les différents marchés, tout en conservant une diversification géographique.
Les liquidités jouent aujourd’hui un rôle plus important qu’au cours des années précédentes. Elles permettent bien entendu de répondre aux éventuels rachats des investisseurs, mais surtout de saisir rapidement des opportunités lorsque les marchés connaissent des phases de correction. Dans un environnement devenu plus volatil et moins prévisible, disposer d’une réserve de liquidités constitue un véritable atout de gestion.
6. Quel est votre budget de risque et comment encadrez-vous la volatilité du fonds ?
« Nous visons une volatilité annuelle de l’ordre de 10 % maximum, contre un peu plus de 5 % sur les douze derniers mois. »
Notre approche ne repose pas sur un budget de risque figé, mais plutôt sur un objectif de volatilité compatible avec le profil patrimonial du fonds.
Nous cherchons avant tout à exploiter les différentes sources de performance tout en maintenant un niveau de risque cohérent avec une classification de risque SRRI de niveau 3. Concrètement, cela correspond à une volatilité annuelle de l’ordre de 10 % maximum, sachant que la volatilité des 12 derniers mois est un peu plus de 5%
Cet objectif constitue notre principal guide de gestion. Nous souhaitons prendre suffisamment de risque pour générer de la performance, sans pour autant exposer les investisseurs à des fluctuations excessives.
Historiquement, une allocation proche de 60 % d’actions et 40 % d’obligations correspond au niveau maximal que nous pouvons atteindre tout en restant compatibles avec cet objectif de volatilité.
Depuis plusieurs mois, nous avons toutefois choisi d’augmenter légèrement notre niveau de risque. Cette évolution se traduit notamment par une exposition plus importante aux marchés actions. Cette décision reflète notre volonté d’améliorer le potentiel de performance du fonds tout en restant dans un cadre de risque maîtrisé.
7. Depuis son lancement, comment le fonds se comporte-t-il par rapport à son objectif de performance ?
« Depuis sa création en 2014, le fonds a rempli son objectif en surperformant son indicateur de référence. »
Depuis sa création en 2014, le fonds a rempli son objectif en surperformant son indicateur de référence, à savoir l’Euribor trois mois majoré de 300 points de base.
Nous calculons que notre processus de sélection de titres actions génère historiquement un alpha annuel d’environ 70 points de base par rapport à un indice mondial comparable, tout en conservant un bêta inférieur à un.
Autrement dit, nous cherchons avant tout à créer de la valeur par la sélection des entreprises plutôt qu’en augmentant mécaniquement notre exposition aux marchés.
Par ailleurs, la hausse récente de la volatilité s’est accompagnée d’un renforcement des dispositifs de couverture, afin de préserver le portefeuille en cas de retournement brutal des marchés.
8. Les produits dérivés servent-ils principalement à couvrir le portefeuille ou à accroître l’exposition aux marchés ?
« Les produits dérivés servent à couvrir certains risques, mais aussi à améliorer le couple rendement/risque du portefeuille. »
Ils remplissent ces deux fonctions.
Le premier objectif consiste à couvrir certains risques. Nous couvrons par exemple systématiquement le risque de change lorsque nous investissons dans des actifs libellés en devises étrangères. Le fonds étant libellé en euros, nous ne souhaitons pas que la performance dépende des fluctuations du dollar, de la livre sterling ou du franc suisse.
Les produits dérivés permettent également de couvrir certaines expositions sectorielles ou géographiques, mais aussi de protéger ponctuellement certaines positions individuelles.
Au-delà de cette fonction défensive, ils constituent également un outil offensif. Ils permettent de construire des profils de rendement asymétriques, en conservant une partie du potentiel de hausse tout en cherchant à limiter les pertes potentielles.
L’objectif n’est donc pas simplement de réduire le risque, mais d’améliorer le couple rendement/risque du portefeuille.
9. Vous utilisez également des stratégies quantitatives. Quel est leur intérêt ?
« Les stratégies quantitatives constituent un véritable complément à notre expertise fondamentale. »
Nous avons développé des stratégies quantitatives sophistiquées qui reposent notamment sur des portefeuilles d’options répliqués au travers de swaps conclus avec des établissements bancaires.
Cette approche présente plusieurs avantages.
Elle permet tout d’abord de regrouper un portefeuille parfois très complexe d’options au sein d’une seule ligne en portefeuille, ce qui simplifie considérablement la gestion opérationnelle.
Elle offre également un coût d’exécution parfaitement connu à l’avance tout en optimisant le collatéral immobilisé.
Enfin, elle permet d’accéder à des stratégies de couverture particulièrement efficaces, qu’il serait beaucoup plus difficile de mettre en œuvre quotidiennement de manière entièrement interne compte tenu du très grand nombre de transactions que cela impliquerait.
Ces solutions constituent aujourd’hui un véritable complément à notre expertise fondamentale.
10. Comment contrôlez-vous le coût de ces stratégies de couverture ?
« Une couverture efficace ne doit pas devenir un frein durable à la performance. »
Les produits dérivés présentent naturellement un coût de portage. Il est donc indispensable de s’assurer que leur utilisation reste pertinente.
Pour cela, nous avons développé une plateforme propriétaire qui nous permet de suivre quotidiennement la performance de chacune de nos stratégies optionnelles.
Nous comparons en permanence leur efficacité avec d’autres solutions de couverture, comme les contrats futures. Cette analyse nous permet de vérifier que le coût des options reste justifié par la protection qu’elles procurent et par l’amélioration du profil rendement/risque du portefeuille.
Cette discipline est essentielle car une couverture efficace ne doit pas devenir un frein durable à la performance.
11. Dans quels environnements de marché votre stratégie est-elle la plus performante ?
« Une baisse des taux liée à un reflux de l’inflation, sans dégradation importante de la croissance, représente probablement le scénario le plus favorable. »
Notre fonds est naturellement sensible à deux grands facteurs : la croissance économique et l’évolution des taux d’intérêt.
Une croissance économique positive constitue généralement un environnement favorable, aussi bien pour les marchés actions que pour le crédit obligataire. À l’inverse, une récession ou un ralentissement marqué pénalisent simultanément ces deux classes d’actifs.
Les taux jouent également un rôle déterminant.
Une baisse des taux liée à un reflux de l’inflation, sans dégradation importante de la croissance, représente probablement le scénario le plus favorable. Dans un tel contexte, les obligations bénéficient mécaniquement de la baisse des rendements tandis que les valorisations des actions, notamment celles des entreprises de croissance, sont soutenues.
À l’inverse, une baisse des taux provoquée par une forte contraction économique ne produit pas les mêmes effets. Les obligations peuvent certes en profiter, mais les perspectives bénéficiaires des entreprises se détériorent, ce qui pèse sur les marchés actions.
La flexibilité du fonds nous permet justement d’adapter rapidement notre allocation à ces différents scénarios macroéconomiques.
12. Comment expliquez-vous les performances plus modestes du fonds ces dernières années et sa notation Morningstar de deux étoiles ?
« Notre processus repose avant tout sur une sélection fondamentale de sociétés de qualité. »
Il est important de rappeler que les notations Morningstar comparent des fonds parfois très différents au sein d’une même catégorie. Elles constituent un indicateur intéressant pour les investisseurs particuliers, mais elles ne reflètent pas toujours fidèlement la philosophie de gestion.
Notre processus repose avant tout sur une sélection fondamentale de sociétés de qualité. Nous recherchons des entreprises affichant des marges élevées, une rentabilité durable, une croissance pérenne et un faible niveau d’endettement.
Nous ne cherchons jamais à reproduire un indice.
Or, ces dernières années, les marchés ont été très largement dominés par un nombre extrêmement limité de valeurs, principalement liées à l’intelligence artificielle et aux infrastructures technologiques. Cette concentration exceptionnelle des performances a fortement favorisé les stratégies indicielles ou les approches axées sur le momentum.
Notre style de gestion, davantage orienté vers la qualité fondamentale des entreprises que vers les valeurs les plus populaires du moment, a naturellement souffert dans cet environnement.
L’essor des investisseurs particuliers américains a également renforcé ce phénomène. Leurs flux se concentrent très largement sur les valeurs les plus médiatisées, indépendamment de leur valorisation ou de leurs fondamentaux économiques.
Nous sommes convaincus que cette situation ne remet pas en cause la pertinence de notre approche à long terme. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons progressivement augmenté notre exposition aux actions afin d’améliorer le potentiel de performance futur du fonds, tout en restant fidèles à notre philosophie de gestion.
13. Le fonds est classé Article 8 au sens du règlement SFDR. Comment les critères ESG sont-ils intégrés dans votre processus d’investissement ?
« L’ESG est pleinement intégré à notre processus de gestion dès la construction de l’univers d’investissement. »
L’ESG est pleinement intégré à notre processus de gestion et intervient dès la construction de notre univers d’investissement. Il ne s’agit pas d’une analyse réalisée a posteriori, mais d’un élément structurant de notre sélection des titres et du suivi permanent du portefeuille.
Notre approche repose sur trois piliers principaux.
Le premier consiste en une politique d’exclusion stricte. Certains secteurs ou activités sont exclus de manière systématique de notre univers d’investissement, notamment le tabac, certaines catégories d’armement controversé ainsi qu’une partie des énergies fossiles. Nous veillons également au respect des grands principes internationaux, notamment ceux du Pacte mondial des Nations unies et des recommandations de l’OCDE.
Le deuxième pilier repose sur une évaluation ESG approfondie de chaque émetteur. Avant tout investissement, les entreprises font l’objet d’une analyse quantitative et qualitative fondée sur des bases de données spécialisées. Cette analyse permet d’apprécier leur capacité à gérer leurs risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. Les entreprises présentant un niveau de risque trop élevé sont exclues de l’univers d’investissement, tandis que celles dont la situation est intermédiaire peuvent être soumises à un examen complémentaire par les équipes de gestion.
Enfin, nous accordons une attention particulière à l’empreinte carbone du portefeuille. L’objectif est de maintenir une intensité carbone compatible avec nos engagements tout en conservant une approche pragmatique de l’investissement.
Au-delà de ces critères, nous privilégions également une démarche d’engagement actionnarial. Lorsque certaines entreprises présentent des axes d’amélioration, nous dialoguons directement avec leurs dirigeants afin d’encourager la mise en œuvre de bonnes pratiques. Cet engagement est complété par une politique active de vote lors des assemblées générales.
L’analyse ESG constitue ainsi un processus vivant, régulièrement actualisé en fonction des évolutions observées chez les entreprises.
14. Quelles sont aujourd’hui vos convictions d’investissement les plus fortes ?
« Nos principales convictions portent sur la souveraineté économique et industrielle, la technologie et l’intelligence artificielle. »
Sur l’expositon en actions, nous identifions plusieurs tendances structurelles qui devraient continuer à façonner les marchés au cours des prochaines années.
La première est sans doute la montée en puissance de la souveraineté économique et industrielle. Depuis la crise sanitaire, la guerre en Ukraine et le retour des tensions commerciales internationales, nous assistons progressivement à la remise en cause de plusieurs décennies de mondialisation.
Pendant longtemps, les entreprises ont principalement cherché à optimiser leurs coûts de production en délocalisant leurs activités vers les zones les moins chères. Aujourd’hui, la priorité est davantage donnée à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et à la résilience industrielle. Les entreprises privilégient désormais la proximité, la diversification de leurs fournisseurs ou encore la relocalisation de certaines productions stratégiques.
Cette évolution bénéficie directement à plusieurs secteurs comme la santé, la défense, les infrastructures industrielles, l’innovation technologique ou encore certains segments de la production manufacturière bénéficiant des politiques de relocalisation, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis.
Notre seconde grande conviction concerne la technologie et l’intelligence artificielle.
Après une première phase dominée par les investissements massifs dans les infrastructures, nous entrons progressivement dans une phase de monétisation des usages. Les grands acteurs technologiques commencent désormais à transformer leurs investissements en revenus, ce qui ouvre de nouvelles perspectives de croissance.
Nous nous intéressons toutefois davantage à l’ensemble de l’écosystème qu’aux seules grandes valeurs technologiques.
Le développement de l’intelligence artificielle entraîne des besoins considérables en centres de données, en capacités de stockage, en semi-conducteurs, en alimentation électrique, en systèmes de refroidissement ou encore en infrastructures cloud. Nous cherchons donc à identifier les entreprises susceptibles de bénéficier durablement de cette transformation, tout en restant attentifs à leur niveau de valorisation.
Notre philosophie consiste précisément à investir sur ces grandes tendances structurelles sans pour autant accepter n’importe quel prix. Nous recherchons des sociétés dont les perspectives restent attractives tout en conservant des valorisations raisonnables.
Par ailleurs, comme discuté plus haut, le portefeuille bénéficie du taux de rendement et du portage de l’exposition credit. Le rendement moyen de cette exposition demeure assez élevé par rapport à la précédente décennie et permet au fonds d’asseoir une base de performance annuelle. Nos convictions demeurent fortes sur les obligations à Haut Rendement et les obligations financières subordonnées des banques, un secteur dont les fondamentaux se sont largement améliorés depuis des années. deux segments sur lesquels nous avons une expertise pointue depuis de nombreuses années.
Sur ces segments nous avons cependant réduit les sensibilités aux taux et aux primes de risque credit. Les taux demeurent soumis depuis plusieurs mois au risque géopolitique mais sont également sensibles à l’accroissement des stocks d’endettement des pays européens et des Etats-Unis, les ratios d’endettement sur PIB étant sur une tendance haussière, sans vrai vélléité ou possibilité politiques de les restreindre. Il est donc préférable, selon nous, de rester à l’écart des maturités obligataires longues.
15. Les fortes hausses de taux de ces dernières années ont-elles conduit à faire évoluer votre processus de gestion ?
« Un niveau de liquidités légèrement supérieur constitue une protection et permet de saisir rapidement les opportunités. »
Oui, plusieurs enseignements importants ont été tirés des épisodes de marché récents.
Dès 2021, nous estimions que le régime de taux extrêmement bas observé durant les années 2010 touchait à sa fin. Cette conviction nous a conduits très tôt à réduire la sensibilité de notre portefeuille obligataire aux variations des taux d’intérêt.
L’année 2022 a toutefois constitué un véritable tournant.
Traditionnellement, les obligations souveraines jouent un rôle de protection lorsque les marchés actions corrigent. Or, cette relation historique s’est révélée beaucoup moins efficace lors de la forte remontée simultanée des taux d’intérêt et des primes de crédit. Les obligations d’État n’ont pas pleinement rempli leur rôle d’actif refuge.
Ce constat nous a conduits à diversifier davantage nos outils de protection.
Nous avons notamment renforcé notre recours aux produits dérivés, mais également accordé une place plus importante aux liquidités et à certains actifs alternatifs susceptibles de jouer un rôle de diversification lors des périodes de stress.
Aujourd’hui, nous considérons que disposer d’un niveau de liquidités légèrement supérieur à celui observé par le passé constitue une forme de protection particulièrement efficace. Cela permet non seulement de limiter la volatilité du portefeuille, mais aussi de saisir rapidement des opportunités lorsque les marchés corrigent.
16. Les marchés semblent aujourd’hui beaucoup plus volatils. Cette évolution modifie-t-elle votre manière de gérer le portefeuille ?
« Les épisodes de volatilité sont désormais plus fréquents, plus violents, mais aussi beaucoup plus courts. »
Très clairement. Nous observons que les épisodes de volatilité sont désormais plus fréquents, plus violents, mais aussi beaucoup plus courts qu’auparavant.
Les marchés peuvent connaître une correction extrêmement brutale avant d’effacer une grande partie de leurs pertes en seulement quelques séances. Cette rapidité rend les stratégies de couverture beaucoup plus complexes.
Une couverture classique peut parfaitement protéger le portefeuille pendant la baisse, mais perdre rapidement de sa valeur lorsque les marchés rebondissent. Si elle n’a pas été ajustée ou monétisée suffisamment rapidement, son coût peut finalement dépasser son bénéfice.
C’est précisément pour répondre à cette nouvelle configuration que nous avons renforcé nos outils propriétaires de gestion des dérivés.
Nos systèmes permettent d’ajuster quotidiennement les couvertures afin de neutraliser une partie de l’exposition directionnelle aux marchés et de tirer davantage parti de l’évolution de la volatilité elle-même.
Cette approche offre davantage de flexibilité dans des marchés devenus beaucoup plus réactifs.
17. Les comportements des investisseurs ont-ils également évolué ?
« Le poids des investisseurs particuliers, notamment aux États-Unis, ne cesse de croître. »
Oui, c’est une évolution que nous jugeons particulièrement importante.
Le poids des investisseurs particuliers, notamment aux États-Unis, ne cesse de croître. Leur influence sur les flux de marché est aujourd’hui beaucoup plus forte qu’elle ne l’était il y a encore quelques années.
Leur comportement diffère parfois sensiblement de celui des investisseurs institutionnels.
Ils accordent souvent davantage d’importance au momentum, aux discussions sur les réseaux sociaux ou aux performances récentes qu’à l’analyse fondamentale des entreprises.
Ce phénomène contribue à renforcer les mouvements de marché, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Certaines valeurs peuvent ainsi atteindre des niveaux de valorisation particulièrement élevés simplement parce qu’elles concentrent l’attention des investisseurs.
Même si nous restons fidèles à notre approche fondée sur les fondamentaux des entreprises, il nous paraît indispensable de suivre attentivement ces nouveaux flux, car ils influencent désormais significativement la dynamique des marchés.
18. Pour conclure, comment définiriez-vous aujourd’hui votre philosophie de gestion ?
« La flexibilité constitue un avantage déterminant dans un monde plus volatil, plus fragmenté et plus imprévisible. »
Notre ambition reste inchangée : construire un portefeuille capable de générer une performance durable dans des environnements de marché très différents par une sélection de titres et d’instruments approfondie et fondamentale.
Cette approche repose sur trois piliers complémentaires : une expertise reconnue en crédit obligataire, une sélection rigoureuse de sociétés de qualité sur les marchés actions et une utilisation de plus en plus sophistiquée des produits dérivés afin d’améliorer le profil rendement/risque du portefeuille.
Dans un monde devenu plus volatil, plus fragmenté et plus imprévisible, nous sommes convaincus que la flexibilité constitue un avantage déterminant. Notre objectif est d’adapter en permanence la composition du portefeuille aux évolutions macroéconomiques, aux changements de régime de marché et aux nouvelles sources de risque, tout en restant fidèles à notre discipline d’investissement fondée sur une analyse fondamentale rigoureuse.
Pour aller plus loin :
Consultez la fiche transactionnelle Achat/Vente du fonds Tikehau International Cross Assets (LU2147879543)
Avertissement : Les informations présentées dans cette interview sont fournies à titre exclusivement informatif et ne constituent ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. L’investissement en instruments financiers présente un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir.
Imen Hazgui
Tikehau International Cross Assets : une stratégie flexible face à la volatilité des marchés