Interview de Emeline Othax  : Directrice Administrative et Financière d'Arverne

Emeline Othax

Directrice Administrative et Financière d'Arverne

Nous franchissons des étapes majeures dans le dérisquage de notre projet de lithium géothermal

Publié le 29 Septembre 2026

Arverne se présente aujourd’hui comme le premier fournisseur français de solutions géothermales. Pourriez-vous, pour commencer, expliquer simplement votre modèle économique et la manière dont vos trois activités – chaleur et froid, lithium géothermal, forages et travaux – s’articulent entre elles ?

 « Arverne est le premier fournisseur français de solutions géothermales et le seul acteur à couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur. »

Arverne est le premier fournisseur français de solutions géothermales et le seul acteur à couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur. Nous intervenons depuis les études du sous-sol jusqu’à la production de chaleur et de froid renouvelables et, désormais, à l’extraction de métaux critiques, en passant par le forage.

Cette intégration est au cœur de notre modèle « Dual Flow », que nous avons présenté en mars dernier. Il repose sur une idée simple : exploiter une même ressource géothermale pour produire à la fois de l’énergie renouvelable et des métaux critiques.

Nous avons trois activités. Notre première activité, qui est aussi notre activité historique, est celle des forages et travaux. Nous avons fait le choix d’internaliser ce savoir-faire, qui s’est progressivement raréfié en France, parce que nous considérions qu’il deviendrait stratégique. Cette maîtrise du forage nous permet à la fois de mieux contrôler les risques, les coûts, et les délais de nos projets.

Notre deuxième activité concerne la production de chaleur et de froid géothermiques. Nous nous adressons aussi bien aux collectivités qu’aux industriels et développons des projets reposant sur des contrats de fourniture d’énergie de très long terme, pouvant aller jusqu’à cinquante ans.

Enfin, notre troisième activité concerne l’extraction de métaux critiques et, en particulier, le projet Lithium de France en Alsace. Cette activité bénéficie directement de nos compétences dans le sous-sol et le forage. Les puits nécessaires à l’extraction du lithium permettent également de produire de la chaleur renouvelable destinée aux territoires.

Il faut donc considérer Arverne comme une chaîne de valeur complètement intégrée : nous étudions le sous-sol, nous réalisons les forages, nous exploitons la chaleur géothermale et nous pouvons également valoriser le lithium contenu dans les saumures géothermales.

Votre volume d’activité brut atteint 16,8 millions d’euros au premier semestre 2026, en progression de 60,1 %. Quels ont été les principaux moteurs de cette croissance et, surtout, comment cette forte progression doit-elle être interprétée par un investisseur alors que le Groupe reste encore dans une phase importante d’investissement et de développement ?
 « Trois éléments expliquent principalement cette progression. »

Trois éléments expliquent principalement cette progression.

Le premier est un important chantier réalisé pour Safran, qui s’est achevé au mois de mars. Nous avons passé un de leur site industriel en géothermie. Le deuxième moteur tient à la manière dont nous calculons notre volume d’activité brut : celui-ci intègre notamment les forages réalisés en interne pour nos propres projets. Au premier semestre, notre branche forage a ainsi réalisé un doublet géothermal en Alsace pour Lithium de France, ce qui représente près de 8 millions d’euros d’activité.

Le troisième driver est notre activité de forage de surface, qui a également enregistré une forte croissance, avec une progression de 21 % du nombre de mètres forés. Nous l’avons intégré à hauteur de notre quote part de participation, c’est-à-dire 50%.

Cette métrique de volume d’activité brut a donc vocation à refléter l’ensemble de l’activité générée au sein du Groupe, y compris une partie de l’activité réalisée entre nos différentes branches.

Il faut néanmoins mettre cette progression en perspective avec notre stade de développement. Arverne demeure une société qui investit fortement. Notre EBITDA et notre résultat net restent négatifs, notamment en raison des dépenses engagées pour développer notre activité dans les métaux critiques, structurer nos partenariats commerciaux dans la chaleur et le froid et poursuivre nos projets industriels.

À cela s’ajoutent les investissements qui ne passent pas directement par le compte de résultat. Au premier semestre, nous avons ainsi consacré environ 28 millions d’euros de trésorerie à nos investissements, notamment au projet alsacien. Nous avons donc simultanément une activité qui progresse fortement et des investissements importants destinés à préparer notre changement d’échelle.

Lithium de France vient de franchir une étape importante : les deux premiers puits géothermiques ont livré des performances supérieures aux hypothèses initiales, notamment en matière de débit et de température, avec une teneur d’environ 180 mg/l de lithium. En quoi ces résultats réduisent-ils concrètement les risques techniques du projet et que reste-t-il encore à démontrer avant d’envisager son passage à l’échelle industrielle ?
 « Les résultats obtenus sont effectivement supérieurs aux hypothèses que nous avions retenues initialement. »

Les résultats obtenus sont effectivement supérieurs aux hypothèses que nous avions retenues initialement. C’est important parce qu’ils viennent confirmer plusieurs éléments à la fois : notre bonne analyse du sous-sol, la pertinence des zones que nous avons sélectionnées et notre maîtrise opérationnelle du forage.

Nous avons commencé par identifier correctement la cible grâce à notre travail sur le sous-sol. Il fallait ensuite être capables de l’atteindre. Les deux puits descendent à environ 2 900 mètres de profondeur et présentent une déviation pouvant atteindre environ 45 degrés. Il faut donc imaginer un forage de près de trois kilomètres permettant d’atteindre une zone cible d’environ trois mètres. La précision nécessaire est extrêmement importante.

Nous avons donc réussi à forer au bon endroit et dans les conditions attendues, sans sismicité induite. Cela permet de réduire une première série de risques : le risque lié à notre compréhension du sous-sol, mais également le risque opérationnel associé à notre capacité à réaliser des forages aussi complexes.

C’est aussi une illustration très concrète de l’intérêt de notre modèle intégré. Nous maîtrisons la connaissance du sous-sol, le forage, puis la construction et l’exploitation des installations. Les différentes briques ne sont pas indépendantes les unes des autres : le savoir-faire développé dans chacune d’entre elles contribue à sécuriser l’ensemble du projet.

Surtout, nous disposons désormais de données issues directement des puits et non plus uniquement d’hypothèses géologiques. Nous connaissons notamment le débit, la température et la concentration en lithium de la saumure, qui se situe autour de 180 mg/l. Ce sont des paramètres réels qui pourront désormais être intégrés aux prochaines étapes d’évaluation du projet.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les risques ont disparu. Ces performances devront être reproduites sur les sites suivants. Le projet Lithium de France ne repose pas uniquement sur ce premier doublet : il faudra démontrer notre capacité à répliquer cette réussite à mesure que nous déploierons le programme.

Mais ce premier résultat constitue une étape importante de dérisquage. Il renforce notre confiance dans le projet et apporte également des éléments concrets à nos partenaires industriels et financiers sur notre capacité à exécuter le plan de développement annoncé qui impliquera une réplicabilité de ce site.

Votre démonstrateur d’extraction directe du lithium, ou DLE, fonctionne désormais en conditions réelles et a validé une exploitation continue 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Quelles sont les prochaines étapes avant une production commerciale de lithium et quels seront les principaux critères permettant de décider du lancement industriel du projet ?
 « La mise en service du démonstrateur constitue une autre étape très importante. »

La mise en service du démonstrateur constitue une autre étape très importante. La technologie d’extraction directe du lithium, ou DLE, existe déjà, mais nous l’avons désormais connectée à un doublet géothermal en conditions réelles en pression. C’est une première en France.

Le démonstrateur fonctionne aujourd’hui 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Nous entrons maintenant dans une phase de tests de longue durée, qui doit se poursuivre pendant au moins six mois. Il ne suffit évidemment pas de démontrer que le procédé fonctionne pendant quelques semaines : nous devons valider sa robustesse et ses performances dans la durée.

Parallèlement, nous attendons d’ici la fin de l’année les résultats de notre étude définitive de faisabilité, ou DFS (« Definitive Feasibility Study »). Elle permettra de confirmer les paramètres techniques et économiques du projet avec un niveau de certitude supérieur à celui de la PFS (« Pre-Feasibility Study »), l’étude de préfaisabilité publiée en septembre 2024 dont les éléments clés de l’étude PFS et nos ambitions à 2031-2033: chiffre d’affaires annuel moyen de 450m€, marge EBITDA 75%, TRI 15%.

Une autre étape déterminante interviendra début 2027 avec la publication d’un rapport indépendant de certification des réserves. Ce document sera essentiel, notamment pour les banques, car il devra confirmer que les réserves disponibles permettent de soutenir le niveau de production prévu par notre modèle économique.

L’ensemble de ces éléments doit nous conduire vers une décision finale d’investissement fin 2027. La phase de construction pourra ensuite commencer, avec les installations de production de chaleur, les équipements industriels d’extraction directe du lithium et les unités de purification nécessaires à la production de lithium de qualité batterie. Notre objectif est d’aboutir à une première production commerciale à l’horizon de la fin 2028.

L’étude indépendante réalisée par Sproule ERCE estime à 26 millions de tonnes équivalent carbonate de lithium les ressources indiquées et déduites sur vos permis alsaciens, avec un potentiel total d’exploration pouvant atteindre 43 millions de tonnes. Comment faut-il interpréter ces chiffres ? Quelle part de ces ressources pourrait, à terme, être techniquement et économiquement exploitable ?
 « Il faut d’abord préciser que ces chiffres concernent uniquement nos propres permis d’exploration. »

Il faut d’abord préciser que ces chiffres concernent uniquement nos propres permis d’exploration. Il ne s’agit donc pas d’une estimation portant sur l’ensemble de l’Alsace ou du fossé rhénan.

Le potentiel total d’exploration est estimé à 43 millions de tonnes équivalent carbonate de lithium. À l’intérieur de cet ensemble, environ 26 millions de tonnes correspondent aux ressources indiquées et présumées.

Il faut cependant bien distinguer la notion de ressource de celle de réserve. Les ressources correspondent à une estimation de la quantité de lithium présente dans le sous-sol à partir des connaissances géologiques dont nous disposons. Une réserve suppose un niveau de démonstration supplémentaire : il faut notamment établir que cette ressource peut être effectivement exploitée dans des conditions techniques et économiques satisfaisantes.

Autrement dit, les 43 millions de tonnes identifiées ne correspondent pas à 43 millions de tonnes que nous pourrions nécessairement produire. Il est encore trop tôt pour déterminer précisément quelle proportion pourra être convertie en réserves exploitables.

C’est précisément l’objet du rapport indépendant de certification attendu début 2027. Il devra permettre de déterminer la part de ces ressources qui pourra effectivement être considérée comme techniquement et économiquement exploitable.

Depuis l’établissement des premières estimations, nous disposons néanmoins d’informations supplémentaires particulièrement importantes. Jusqu’à présent, certains paramètres reposaient sur des études et des modèles géologiques. Nous disposons désormais de données directement issues de nos propres forages.

La concentration en lithium d’environ 180 mg/l, le débit et la température sont aujourd’hui mesurés en conditions réelles. Ces paramètres pourront donc être intégrés à l’évaluation des réserves avec un niveau de connaissance beaucoup plus élevé.

Un autre élément est important : les ressources déjà identifiées, autrement dit les 26 millions de tonnes, sont très largement supérieures aux besoins de notre projet tel qu’il est actuellement dimensionné. Notre objectif de développement correspond à terme à environ 27 000 tonnes par an pendant 25 à 30 ans. Les volumes nécessaires à ce plan ne représenteraient donc qu’une faible fraction des ressources actuellement identifiées.

Cela nous apporte une marge de développement importante au-delà même du projet actuellement envisagé. C’est également un élément essentiel pour les partenaires financiers : la profondeur de la ressource contribue à donner de la visibilité sur la durée de vie potentielle du projet et sur sa capacité à générer des flux de trésorerie dans la durée.

L’étude définitive de faisabilité du projet Lithium de France est attendue d’ici la fin de l’année 2026 et porte notamment sur une première capacité de production de 5 000 tonnes par an de carbonate de lithium de qualité batterie. Quels enseignements attendez-vous de cette étude et constituera-t-elle le principal jalon avant une décision finale d’investissement ?
 « Cette étude est effectivement déterminante puisqu’elle doit affiner l’ensemble des paramètres techniques et économiques qui avaient été établis lors de l’étude de préfaisabilité de septembre 2024. »

Cette étude est effectivement déterminante puisqu’elle doit affiner l’ensemble des paramètres techniques et économiques qui avaient été établis lors de l’étude de préfaisabilité de septembre 2024.

Sur le plan industriel, elle permettra notamment de valider le dimensionnement des installations et du procédé. Sur le plan économique, elle doit préciser et actualiser les CAPEX, c’est-à-dire les dépenses d’investissement nécessaires au développement du projet. Nous avions mentionné à ce sujet autour de 1,9 milliards d’euros, avec des aléas de 15%.

Elle doit également confirmer nos hypothèses en matière de coûts d’exploitation. C’est un indicateur particulièrement important, car il permet de positionner le projet par rapport aux autres projets de production de lithium dans le monde. La PFS faisait notamment ressortir un coût de production de l’ordre de 4 500 euros par tonne, relativement faible et nous positionnant ainsi dans le premier quartile des projets mondiaux qu’ils soient du lithium minier, des salars ou géothermal.

L’objectif est donc de disposer, à l’issue de la DFS, d’une vision beaucoup plus précise du coût d’investissement, des coûts de production et de la performance économique attendue.

La DFS constitue ainsi un jalon majeur dans le processus qui doit conduire à la décision finale d’investissement. Elle est également essentielle pour les banques et les autres partenaires financiers, puisqu’elle leur permettra d’évaluer le projet avec un niveau de risque sensiblement inférieur à celui qui existait au stade de la préfaisabilité.

Au-delà du lithium, vous souhaitez développer fortement votre activité de production de chaleur et de froid géothermiques. Avec la Banque des Territoires, vous avez notamment créé la Francilienne de Géothermie, avec un engagement financier pouvant atteindre 45,1 millions d’euros, et vos premières ventes de chaleur renouvelable sont attendues dès cet hiver. Quel modèle économique souhaitez-vous construire autour de cette activité et quelle part de revenus récurrents pourrait-elle représenter à terme pour Arverne ?
 « Notre modèle repose sur la création de sociétés de projets, ou SPV (« Special Purpose Vehicles »), dans lesquelles Arverne conserve un rôle de chef de file aux côtés de partenaires qui peuvent être industriels, financiers ou directement clients du projet. »

Notre modèle repose sur la création de sociétés de projets, ou SPV (« Special Purpose Vehicles »), dans lesquelles Arverne conserve un rôle de chef de file aux côtés de partenaires qui peuvent être industriels, financiers ou directement clients du projet.

Nous intervenons sur l’ensemble du cycle de vie de ces actifs. Nous assurons leur conception et leur réalisation, puis leur exploitation et leur maintenance. À ces différentes sources de revenus vient s’ajouter la vente de chaleur elle-même, dans le cadre de contrats de très long terme.

C’est un point essentiel de notre modèle : une fois les infrastructures mises en service, elles ont vocation à générer des revenus récurrents pendant plusieurs décennies.

Nous développons deux grandes catégories de projets.

La première est la géothermie profonde. Un projet type peut représenter environ 25 millions d’euros de CAPEX et produire de l’ordre de 75 GWh de chaleur par an. Cette énergie peut ensuite être fournie à un réseau de chaleur urbain ou directement à un industriel dans le cadre de contrats pouvant aller jusqu’à trente ans.

Sur toute sa durée de vie, un projet de ce type peut ainsi représenter environ 140 à 150 millions d’euros de chiffre d’affaires et des marges EBITDA de l’ordre de 50%. Nous sommes donc dans un modèle d’infrastructure : l’investissement initial est important et essentiellement financé par dette, mais il permet ensuite de sécuriser des flux de revenus sur une période très longue.

Nous développons parallèlement un deuxième modèle autour de la géothermie de surface, notamment grâce à des réseaux autonomes et des boucles tempérées. Ces solutions peuvent être particulièrement intéressantes pour des communes qui n’ont pas accès aux grands réseaux de chaleur urbains et qui restent aujourd’hui très dépendantes du gaz ou d'autres énergies.

Dans ce cas, les investissements sont plus faibles, généralement de l’ordre de 8 à 10 millions d’euros par projet. Le chiffre d’affaires généré sur la durée de vie du projet est également inférieur à celui d’un projet de géothermie profonde, autour de 40 millions d’euros, mais la capacité de réplication est beaucoup plus importante. Nous avons l’ambition de mettre en place 250 réseaux autonomes

C’est précisément l’un des intérêts de la géothermie de surface : son potentiel d’application concerne une très grande partie du territoire français, autour de 97%, alors que la géothermie profonde nécessite des caractéristiques géologiques particulières.

Ces deux modèles sont donc complémentaires. La géothermie profonde permet de développer des actifs importants, avec des volumes significatifs et des contrats de très long terme. La géothermie de surface offre, de son côté, un potentiel de déploiement beaucoup plus large et plus réplicable.

Dans les deux cas, notre objectif est de constituer progressivement un portefeuille d’infrastructures générant des revenus récurrents sur plusieurs décennies. C’est un élément important de notre stratégie, car il doit progressivement renforcer la visibilité de notre modèle économique parallèlement au développement de Lithium de France.

Vous avez levé cet été 70 millions d’euros via une émission d’ORANE souscrite notamment par Bpifrance, ADEME Investissement, Crédit Mutuel Equity, Eiffel Investment Group et GEOGREEN. Quels besoins cette opération permet-elle de couvrir et quels financements supplémentaires seront encore nécessaires pour réaliser votre plan stratégique Dual Flow et, en particulier, industrialiser Lithium de France ?
 « Ces 70 millions d’euros doivent nous permettre d’agir sur trois leviers principaux. »

Ces 70 millions d’euros doivent nous permettre d’agir sur trois leviers principaux.

Le premier consiste à financer la construction de nos actifs industriels et à accompagner notamment Lithium de France dans le développement de ses capacités.

Le deuxième vise à accélérer notre développement commercial et la conversion de notre portefeuille de projets en contrats signés, en particulier dans la chaleur et le froid. Le contexte réglementaire est aujourd’hui très favorable au développement de certaines solutions de géothermie de surface et nous souhaitons profiter de cette fenêtre pour accélérer leur déploiement.

Enfin, le troisième levier consiste plus largement à financer le développement de nos actifs bas carbone sur l’ensemble de la chaîne de valeur, notamment dans la géothermie profonde et aux côtés de la Banque des Territoires.

Mais il est important de comprendre que cette opération de 70 millions d’euros ne constitue qu’une première étape dans la structuration globale du financement de notre plan. Le développement de projets industriels de cette ampleur suppose de mobiliser plusieurs sources de capitaux.

Pour Lithium de France, nous travaillons notamment sur la mise en place de financements bancaires et de dette de projet pour 2027. La logique consiste à financer une partie des infrastructures directement au niveau du projet, en s’appuyant sur ses actifs et sur les flux de trésorerie qu’il doit générer à terme.

C’est aussi pour cette raison que les différents jalons techniques dont nous avons parlé sont aussi importants. Les résultats des forages, la validation de la technologie DLE, l’étude définitive de faisabilité, la certification des réserves ou encore les contrats commerciaux contribuent tous à réduire progressivement le niveau de risque du projet et à permettre aux banques d’évaluer sa capacité à supporter de la dette.

Nous pouvons parallèlement nous appuyer sur des financements publics. Nous avons notamment obtenu l’agrément au titre du crédit d’impôt pour les investissements en faveur de l’industrie verte, qui pourrait représenter environ 150 millions d’euros de soutien au financement du projet.

Lithium de France bénéficie également du soutien de partenaires industriels et financiers historiques comme Equinor – l’équivalent de Total en Norvège soutenu par le fonds souverain norvégien - qui participent à son développement et à ses différents tours de financement, avec par exemple dernièrement le versement de 8 millions d’euros.

La logique de financement repose donc sur plusieurs briques complémentaires : les fonds propres, la dette de projet, les dispositifs publics et la participation de partenaires industriels ou financiers.

Notre objectif est de construire la structure la plus adaptée à chaque projet et d’obtenir les meilleures conditions de financement possibles, tout en poursuivant le développement d’Arverne dans l’intérêt de ses actionnaires.

Vous venez également d’obtenir un nouveau permis exclusif de recherches de lithium géothermal de plus de 442 km² dans le bassin de Limagne, en Auvergne. L’Alsace reste-t-elle votre priorité absolue ou souhaitez-vous progressivement construire plusieurs pôles de production de lithium et de chaleur géothermale en France ?
 « Ce nouveau permis vient renforcer notre portefeuille et notre positionnement dans le domaine de la géothermie et du lithium. »

Ce nouveau permis vient renforcer notre portefeuille et notre positionnement dans le domaine de la géothermie et du lithium.

En Auvergne, nous disposions déjà d’un permis géothermal et nous avons commencé à travailler sur cette zone. Nous avons notamment réalisé une acquisition de données 3D en 2024 qui nous permet aujourd’hui de disposer d’une connaissance relativement approfondie du sous-sol.

Notre priorité pour le lithium reste néanmoins clairement l’Alsace. Nous devons d’abord démontrer notre capacité à extraire et à produire industriellement du lithium à partir de nos ressources alsaciennes avant d’envisager de répliquer ce modèle dans d’autres régions.

En revanche, l’Auvergne présente dès aujourd’hui un intérêt pour notre activité de production de chaleur géothermale. Nous travaillons donc avec les territoires pour identifier et développer des solutions adaptées.

Notre logique consiste ainsi à avancer de manière progressive : démontrer d’abord notre modèle industriel du lithium en Alsace tout en préparant, parallèlement, les futurs relais de développement du Groupe.

Arverne entre dans une phase où plusieurs projets doivent progressivement passer de l’exploration et de la démonstration à l’exploitation commerciale. Quels sont les trois ou quatre jalons opérationnels et financiers qu’un actionnaire individuel devrait surveiller au cours des 12 à 24 prochains mois pour mesurer la bonne exécution de votre stratégie ?
 « Sur Lithium de France, trois jalons seront particulièrement importants. »

Sur Lithium de France, trois jalons seront particulièrement importants.

Le premier sera la publication de l’étude définitive de faisabilité. Le deuxième sera la validation de notre technologie d’extraction directe du lithium à l’issue de la campagne de tests de longue durée, qui doit se poursuivre pendant au moins six mois. Le troisième sera le rapport indépendant sur les réserves, attendu en 2027. Il sera déterminant pour la crédibilité et le financement du projet.

Ces différentes étapes doivent ensuite conduire à la décision finale d’investissement, attendue au troisième trimestre 2027.

Sur la chaleur et le froid, la mise en production de nos premiers projets et les premières ventes de chaleur cet hiver constitueront également un jalon très important : il s’agira de démontrer concrètement notre capacité à transformer les projets développés ces dernières années en actifs générateurs de revenus récurrents.

Il faudra également suivre la progression des signatures de contrats commerciaux de long terme. Notre objectif est de développer progressivement un portefeuille très significatif de contrats, d’environ 400 millions d’euros qui apportera davantage de visibilité à notre activité. A ce titre, il est intéressant de relever concernant le lithium, la conclusion d’un contrat avec Renault portant sur les 25 000 premières tonnes produites, réparties sur cinq ans.

Enfin, la structuration des financements sera naturellement essentielle. Les étapes opérationnelles, commerciales et financières sont étroitement liées : la réussite technique de nos projets et la signature de contrats de long terme doivent nous permettre de sécuriser les financements nécessaires à leur industrialisation et, à terme, de créer de la valeur pour Arverne et ses actionnaires.

Enfin, le cours de Bourse d’Arverne affiche une progression de l’ordre de 30 % depuis le début de l’année, malgré des mouvements plus contrastés ces dernières semaines. Quel regard portez-vous sur cette évolution et sur la manière dont le marché valorise aujourd’hui les avancées opérationnelles et financières du Groupe ?
 « Nous considérons que les mouvements observés ces dernières semaines ne reflètent pas une dégradation de nos fondamentaux. »

Nous considérons que les mouvements observés ces dernières semaines ne reflètent pas une dégradation de nos fondamentaux.

Depuis notre Capital Markets Day de mars dernier, au cours duquel nous avons réitéré nos ambitions et précisé nos objectifs projet par projet, nous avons au contraire franchi plusieurs étapes importantes. Nous avons renforcé notre structure financière, élargi notre portefeuille d’actifs et réalisé des avancées majeures dans le dérisquage de nos projets.

Notre cours de Bourse reste effectivement en progression depuis le début de l’année. Les mouvements observés plus récemment peuvent, selon nous, s’expliquer notamment par des prises de bénéfices et par un contexte de marché plus général, plutôt que par une évolution de nos performances opérationnelles ou financières.

De notre côté, nous restons concentrés sur l’exécution de notre feuille de route. Notre priorité est de continuer à franchir les jalons opérationnels, commerciaux et financiers que nous avons annoncés et de démontrer, étape après étape, notre capacité à mener à bien notre plan de développement.


 Pour aller plus loin
Consultez la fiche transactionnelle Achat/Vente d'Arverne

 

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Imen Hazgui