L'Europe finit dans le rouge, la BCE durcit le ton face à l'inflation
par Diana Mandia
10 septembre (Reuters) - Les Bourses européennes ont terminé en baisse jeudi, les investisseurs réagissant au ton offensif de la Banque ?centrale européenne (BCE) après une deuxième hausse des taux d'intérêt cette année, tandis que la flambée des prix du pétrole a de nouveau contribué à l'envolée des rendements obligataires.
À Paris, le CAC 40 a perdu 0,49% à 8.116,76 ?points. À Francfort, le Dax a reculé de 0,69% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 0,57%.
L'indice EuroStoxx 50 a fini sur un recul de 0,55%, le FTSEurofirst 300 a perdu 0,66% et le Stoxx 600 a cédé 0,61%.
La BCE a, comme prévu, relevé jeudi de 25 points de base son taux de dépôt, à 2,5%, soulignant que la poursuite du conflit au Moyen-Orient menaçait de maintenir l'inflation au-dessus de l'objectif pendant une période ?plus longue.
Cette décision, largement anticipée par les économistes et les marchés, s'est accompagnée d'une révision à la hausse des prévisions d'inflation pour 2027, ce qui laisse en effet penser que l'impact de la flambée des coûts énergétiques sur les prix pourrait se prolonger.
Les opérateurs ont ensuite renforcé leurs paris ?sur de nouvelles hausses des taux et tablent désormais en moyenne sur une augmentation supplémentaire d'environ 80 points de ?base d'ici fin 2027, contre un peu moins de 70 points de base avant l'annonce.
"Une nouvelle hausse des taux directeurs avant la fin de l'année n'est plus un scénario improbable (...) En laissant la ?porte ouverte à un resserrement supplémentaire, la BCE a clairement indiqué qu'un risque inflationniste alimenté par l'énergie reste très présent", estime Olivier Dubs, gérant chez J.P. Morgan Private Bank.
"Nous estimons que les risques penchent en faveur d'un nombre réduit de hausses mais reconnaissons que le degré d'incertitude est exceptionnellement élevé", écrit pour sa part Konstantin Veit, gestionnaire de portefeuille ?chez PIMCO.
Les cours du Brent ont bondi de plus de 30% par rapport à ?leurs récents plus bas niveaux atteints début août, et ceux du gaz évoluent à un pic depuis 2022, à environ 82 euros par mégawattheure (MWh), alors ?que les échanges de tirs entre les Etats-Unis et l'Iran ont repris dans le Golfe et que les inquiétudes concernant l'approvisionnement s'intensifient.
Selon quatre sources militaires du gouvernement yéménite, les Houthis, rebelles soutenus par l'Iran, se sont emparés jeudi de la ville de Mokha, sur la mer Rouge, et se rapprochent donc un peu plus d'un contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, un des axes maritimes les plus stratégiques au monde.
La situation géopolitique accentue la pression ?sur les rendements obligataires des deux côtés de ?l'Atlantique et les risques de nouvelles hausses ne semblent pas près de se dissiper.
Les prix à la production (PPI) aux États-Unis ont progressé comme prévu en août, ce qui pourrait ?donner un aperçu des chiffres des prix à la consommation attendus vendredi, probablement déterminants pour que la Réserve fédérale (Fed) décide la semaine prochaine soit de relever ses taux, soit de s'abstenir à nouveau.
Selon l'outil CME FedWatch, les ?opérateurs estiment désormais à près de 70% la probabilité que la Fed relève ses taux, contre environ 64 % avant la publication du rapport sur les PPI.
VALEURS
À Londres, l'action Associated British Foods a ?abandonné plus de 7,9% après que le groupe britannique a annoncé que le chiffre d'affaires à périmètre constant de Primark devrait reculer de 3% au ?trimestre se terminant le 12 septembre.
A WALL STREET
Les craintes ?inflationnistes pénalisent également la Bourse de New York.
A l'heure de la clôture en Europe, le Dow Jones perd 0,49% et le Standard & Poor's 500 0,38%, comme le Nasdaq Composite.
LES INDICATEURS DU JOUR
L'indice définitif des prix à la ?consommation en Allemagne a confirmé jeudi une accélération de l'inflation à 2,9% sur un an dans la première économie de ?la zone euro.
En France, l'Insee a annoncé jeudi une forte révision à la baisse de sa prévision de croissance pour la France cette année, la ramenant à +0,4% contre une estimation de +0,7% retenue à ce stade par le gouvernement, qui va toutefois actualiser ses ?projections à la baisse vendredi.
TAUX
Les rendements obligataires ont connu une nouvelle séance de fortes hausses jeudi, ce qui reflète non seulement les craintes inflationnistes mais aussi les inquiétudes concernant la hausse vertigineuse de la dette publique.
Le rendement du Bund allemand à dix ans, qui sert de référence dans la zone euro, a pris 5,3 points de base à 3,4914%, touchant un plus haut niveau depuis 2011.
Le deux ans, encore plus sensible aux anticipations sur ?les taux, a pris 12 points de base à 3,1762%.
En France, le rendement de l'OAT à dix ans a gagné 9,8 points de base pour s'établir à 4,4241%. Celui de l'obligation à 30 ans a continué de grimper et a atteint jeudi 5,10%, son plus haut niveau depuis décembre 2003.
Le "spread", ou l'écart entre les rendements des obligations françaises et allemandes à 10 ans, évolue à son plus haut niveau depuis 2012, à plus de 92 points de base.
Aux Etats-Unis, le rendement des Treasuries à dix ans gagne 8,3 points de base à 4,9198%. Le deux ans grimpe de 10,2 points de base à 4,5287%.
CHANGES
Le dollar gagne 0,12% face à un panier de devises de référence, en attendant les données de l'inflation prévues vendredi.
L'euro perd 0,07% à 1,1624 dollar.
PÉTROLE
Le Brent gagne 4,75% à 106,01 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 4,63% à 100,50 dollars.
A SUIVRE ?LE 11 SEPTEMBRE :
(Certaines données peuvent accuser un léger décalage)
(Rédigé par Diana Mandiá)