LVMH: Les ventes au T3 ravivent les doutes sur la reprise du secteur du luxe
par ELENA SMIRNOVA
13 octobre (Reuters) - Les ventes de la division Mode et Maroquinerie de LVMH, inférieures aux attentes ?au troisième trimestre en raison d'un affaiblissement de la demande des consommateurs chinois pour sa marque phare, Louis Vuitton, ravivent les interrogations sur les perspectives de reprise du secteur du ?luxe.
Quatre analystes ont abaissé de 9% en moyenne leur objectif de cours sur LVMH. Premier grand groupe du secteur à dévoiler ses résultats trimestriels, le géant du luxe offre également un premier aperçu des difficultés auxquelles sont confrontés certains de ses concurrents.
Les grands groupes européens du luxe, confrontés à un ralentissement qui dure depuis trois ans, ont perdu environ 330 ?milliards d'euros de capitalisation boursière depuis le début de l'année. LVMH a, à lui seul, abandonné près de 40%.
À Paris, vers 08h14 GMT, l?action LVMH recule de 1,6%. Les titres Hermès, Kering et Richemont sont également en baisse, cédant respectivement ?2,4%, 1,6% et 1,63%.
"Malgré la récente baisse des cours, nous anticipons de nouvelles pressions sur ?l'ensemble du secteur aujourd'hui, les résultats confirmant que le marché chinois semble avoir connu un net repli, plus marqué que redouté", ont indiqué les analystes de JPMorgan ?dans une note.
LA REPRISE PRENDRA DU TEMPS, SELON LA DIRFIN
LVMH a fait état lundi d'un recul de 5% des ventes organiques de sa division mode et maroquinerie, qui représente près de la moitié du chiffre d'affaires du groupe. Le résultat est nettement inférieur aux attentes du consensus de ?Visible Alpha, qui tablait sur une baisse de 1,8%.
Le groupe a ?expliqué que ses revenus avaient été affectés par un "environnement moins porteur" en Chine. Au total, les ventes organiques ont progressé ?de 1%, hors effets de change, à 18,5 milliards d'euros, contre une croissance de 1,3% attendue par les analystes.
Autre motif d'inquiétude pour les investisseurs, la croissance de la division montres et joaillerie, qui regroupe notamment Bulgari et Tiffany, a ralenti à 6%, contre 9% au premier semestre. Cette évolution marque un infléchissement dans l'un des rares segments du luxe qui résistaient ?jusqu'ici.
Interrogée lors d'une conférence téléphonique avec ?les analystes sur les perspectives de reprise de Louis Vuitton, la directrice financière de LVMH, Cécile Cabanis, a déclaré : "Cela prend un peu de temps, ?mais je ne pense pas qu'il existe beaucoup de raccourcis."
La direction a évoqué lors de la conférence téléphonique un environnement macroéconomique plus difficile pesant sur la consommation en Chine, estimant ?que ce contexte "retarde quelque peu la reprise" du segment Mode et Maroquinerie, selon Jefferies.
"Il n'y a rien de structurel ni de spécifique qui puisse entraver cette ?reprise. Elle prendra simplement un peu plus de temps", a précisé LVMH, selon une note de Jefferies.
D'après le courtier, la ?direction a également indiqué que l'activité enregistrée en ?septembre et au début du quatrième trimestre était supérieure à la moyenne du troisième trimestre, y compris auprès de la clientèle chinoise, tout en soulignant la faible visibilité sur ?l'évolution de l'environnement macroéconomique.
"Nous pouvons espérer que ces difficultés s'atténuent, mais nous prévoyons dans tous les cas ?de renforcer notre exécution opérationnelle afin d'y faire face si elles persistent", a précisé la direction.
LA DEMANDE CHINOISE SOUS PRESSION
Bernstein souligne qu'en Asie, la demande s'est fortement détériorée au début du trimestre sous l'effet d'un ?affaiblissement du moral des consommateurs et d'un flux de nouvelles défavorable.
"Dans la division Mode et Maroquinerie, la demande chinoise a reculé dans une fourchette de l'ordre de 15%, les ventes sur le marché domestique chinois accusant une baisse à deux chiffres et la demande des consommateurs chinois à l'étranger un repli de l'ordre de 5%", indique le courter.
Bernstein ?note toutefois que les tendances se sont améliorées au fil du trimestre, septembre ayant été meilleur que la moyenne du troisième trimestre. La direction a réaffirmé que "l'amélioration de la performance reposera principalement sur les initiatives des marques, l'innovation et l'exécution, plutôt que sur une amélioration de l'environnement macroéconomique".
DES PERFORMANCES PLUS RÉSILIENTES DANS D'AUTRES DIVISIONS
Selon Jefferies, qui maintient sa recommandation à "conserver", les performances de Louis Vuitton ont cependant éclipsé une dynamique plus robuste dans d'autres divisions du groupe, notamment Sephora, les montres et joaillerie ainsi que les vins et spiritueux.
Le courtier relève que cette résilience de la beauté pourrait refléter un effet "rouge à lèvres", les consommateurs privilégiant des achats de luxe plus abordables dans un environnement économique difficile.
(Rédigé par Elena Smirnova, Alessandro ?Parodi et Jakob Van Calster, édité par Augustin Turpin)