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Interview de Vincent  Juvyns : Stratégiste au sein d'ING Investment Management

Vincent Juvyns

Stratégiste au sein d'ING Investment Management

Dévaluation des monnaies : la Fed est la seule à avoir la capacité de ses ambitions

Publié le 12 Février 2013

Peut–on selon vous parler de guerre des monnaies ou de risque de guerre des monnaies à ce jour ?
Le terme de guerre me semble exagéré. Ce n'est pas un élément que nous prenons en compte dans notre scénario central.

Mis à part en Suisse et au Japon, la volonté d'avoir une devise moins chères n'a pas été clairement affichée.
Ensuite, une guerre des devises ne serait pas dans l'intérêt des banques centrales, ni des zones économiques qu'elles représentent.
On a laissé s'instaurer un système où les cours de devises sont déterminés par les marchés en fonction des fondamentaux des économies. L'histoire récente a démontré que cette manière de fixer les devises était probablement la plus saine et la plus cohérente.
Enfin, toutes les tentatives de livrer bataille seront vraisemblablement contrées au niveau international par des instances telles que le g20.

Une guerre des monnaies n'est, par ailleurs, pas un phénomène évident dans le contexte actuel…

Une guerre des monnaies est difficile à mener pour une banque centrale dans l'économie globalisée que nous connaissons aujourd'hui.
C'est un combat vain que de vouloir lutter contre les forces du marché. Beaucoup de banques centrales l'ont appris à leur dépend.
La Banque centrale suisse avait tenté de se livrer dans une bataille, lorsque la crise de la dette de la zone euro avait atteint son paroxysme, de manière à maintenir la parité franc suisse-euro à 1,20. Elle n'avait que très moyennement réussi. Plusieurs interventions d'envergure ont été nécessaires avant de voir le franc suisse reculer. Le fléchissement de la devise a, in fine, été surtout motivé par le changement des conditions de marché.
La Banque centrale du Japon est également intervenue sur le yen de manière massive mais sans grand succès.

La capacité d’interférence est limitée ?

A défaut d'avoir une politique monétaire opaque comme la Banque centrale de Chine, si une Banque centrale fait le choix d'une politique monétaire transparente soumise, à la force du marché, celle-ci se révèle rapidement impuissante à agir sur la valeur de sa devise.
L'orientation de la politique monétaire vers le taux de change ne suffit pas si derrière les fondamentaux ne suivent pas.
Une interférence peut produire ses effets à court terme mais n’a pas d’effets durables.
Ensuite, les conséquences perverses l'emportent sur les retombées positives. Ces Etats qui poussent leur banque centrale à jouer la dévaluation sont mal perçus sur la scène internationale.

La Banque centrale qui pourrait le mieux s'en sortir dans une politique ambitieuse de dévaluation de sa monnaie est la Banque centrale américaine...
La Fed est la seule, à mon sens, a avoir la capacité de ses ambitions pour restaurer une certaine compétitivité dans l'économie américaine. Elle est d'une taille conséquente, et représente une zone économique importante.
La large utilisation du dollar comme devise de référence rend la tache de la Fed foncièrement plus aisée. Le dollar peut être facilement injecté dans l'économie sans que cela ne crée une explosion de l'inflation.

La BCE serait en mesure de contrebalancer les mouvements induits par la politique de la Fed mais elle refuse de le faire. Si ces deux précédentes années ont été caractérisées par un affaiblissement de l'euro, cela a davantage été la conséquence de la crise que de la politique accommodante de la BCE.

Quel regard portez-vous sur l'immobilisme de la BCE ? Certains voient l’euro remonter à 1,40…
La devise reste le miroir de la santé économique de la zone dont elle émane. Une parité à 1,40 me parait aberrante compte tenu des dynamiques que nous percevons.
Alors que l'économie américaine a retrouvé son PNB d'avant crise, affiche une croissance saine, et est en mesure de renouer au second semestre avec une dynamique plus forte.
L'économie européenne est convalescente, est fragmentée et pourrait connaitre un ou deux trimestres de récession.

En ce qu'elle a été claire sur ses ambitions, la Fed est limitée dans son ambition de peser sur un dollar plus faible...
Si l'économie américaine continue à connaitre une embellie, et que les objectifs assignés d'une inflation à 2% et d'un taux de chômage à 6,5%, la Fed sera tentée d'amorcer un processus de durcissement de sa politique monétaire.
La Fed sera conditionnée par les indicateurs économiques.

Propos recueillis par Imen Hazgui