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Interview de Christian Reuter : Portfolio manager Equities chez Deutsche Bank Asset Wealth Management

Christian Reuter

Portfolio manager Equities chez Deutsche Bank Asset Wealth Management

Bouygues Telecom pourrait susciter l'intérêt de groupes étrangers comme Deutsche Telekom ou Vodafone

Publié le 17 Juillet 2015

Comment expliquez-vous le rejet par Bouygues Telecom de l’offre de rachat de Numericable-SFR ?
Compte tenu du prix que proposait Numericable-SFR -10 milliards d’euros, soit 2 milliards de plus que ce que Bouygues aurait pu accepter (d’Iliad) il y a un an- ce rejet est surprenant. Nous pensons en effet qu’un rapprochement aurait permis une stabilisation, si ce n’est une hausse des marges des opérateurs télécom français après plusieurs années de baisse. Mais pour expliquer son refus Bouygues Telecom souligne à juste titre qu’il a réussi à stabiliser sa marge au premier trimestre, grâce à son programme de réduction de coûts. Par ailleurs le groupe se montre assez optimiste sur ses perspectives d’activité, ce qui devrait se traduire par une poursuite de l’amélioration opérationnelle. Ce faisant le groupe espère pouvoir survivre sur un marché très concurrentiel mais cela n’empêchera pas de nouvelles spéculations sur son rachat.

Ce refus est-il définitif selon vous ?

Non, cela peut faire partie de la négociation. Numericable pourrait relever son prix et répondre aux réserves exprimées par Bouygues concernant les aspects réglementaires. Bouygues estime en effet l’opération trop risquée vis-à-vis des autorités de la concurrence. Mais cela peut se résoudre par l’introduction d’un « break up fee », une indemnité en cas d’abandon de l’opération pour une raison ou une autre. Le gouvernement, lui, voit des risques pour l’emploi. Là-encore Numericable pourrait surmonter les réticences en prenant des engagements formels de maintien de l’emploi dans le nouveau groupe.

Le gouvernement français pointe également les risques d’une hausse des prix de la téléphonie en cas de retour à trois opérateurs…

Cela reste à voir. En Allemagne, où le marché est récemment passé de quatre à trois opérateurs, on observe plutôt une stabilisation des prix. Les premiers abonnements sont accessibles autour de 7-8 euros ce qui reste abordable. Il y a un niveau de prix à partir duquel les consommateurs ne demandent plus de baisse car ils sont également attentifs au rapport qualité-prix et au niveau de service. Compte tenu des investissements nécessaires dans les réseaux et les nouvelles technologies, il y a une logique aux rapprochements entre opérateurs. C’est pourquoi nous misons sur la poursuite du mouvement de consolidation en Europe. Cela passe par une réduction du nombre d’opérateurs à l’intérieur de chaque pays mais aussi par des opérations transnationales comme par exemple le rachat de l’opérateur espagnol Jazztel par Orange.

Bouygues Telecom peut-il intéresser des groupes étrangers ?
Bouygues Telecom pourrait susciter l’intérêt de groupes étrangers, comme Deutsche Telekom ou Vodafone, qui chercheraient à s’implanter sur le marché français. Et ce, d’autant que ce dernier semble avoir atteint un point bas fin 2014 et bénéficie de meilleures perspectives aujourd’hui. Mais les repreneurs potentiels pourraient attendre la fin du processus d’attribution des nouvelles fréquences 4G (700 Mhz), en novembre, pour se dévoiler (ndlr : ces fréquences qui permettront aux opérateurs de supporter l’augmentation des communications seront mises aux enchères à partir du mois de juillet 2015 pour un montant d’au moins 2,5 milliards d’euros).

Propos recueillis par François Schott

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