Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Enrico Bastianelli : Fondateur et PDG de TheraVet

Enrico Bastianelli

Fondateur et PDG de TheraVet

Notre marché est anticyclique car la pandémie a renforcé le besoin de lien avec l'animal

Publié le 31 Mai 2021

 Pourriez-vous s’il vous plaît nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

TheraVet est une société de médecine vétérinaire créée en 2018, spécialisée dans la santé animale et le traitement des pathologies ostéo-articulaires. Ce secteur est traversé par des enjeux cruciaux : d’une part, toutes les études récentes démontrent combien le lien entre les propriétaires et leurs animaux s’est renforcé ces derniers temps et d’autre part, les vétérinaires disposent actuellement de peu de traitements innovants. Les options thérapeutiques existantes agissent de plus essentiellement sur les symptômes et non sur la maladie elle-même. TheraVet a conçu deux gammes de produits de pointe répondant aux besoins spécifiques de ce secteur : Biocera-Vet, des substituts osseux injectables synthétiques, et Visco-Vet, des gels visco-régénérants articulaires injectables.

 Quelle sont les tendances du marché sur lequel vous évoluez ?

Le marché de la santé animale est traversé par des enjeux cruciaux, mais n’a pas du tout souffert de la récente crise. Il est même anticyclique, car la pandémie a renforcé le besoin de lien avec l’animal. Le nombre d’animaux de compagnie, représentant plus de 40 % du secteur animalier, a progressé de plus de 18 % ces dix dernières années en Europe. Cela signifie également plus de chiens et de chats, vivant plus longtemps et davantage sujets aux comorbidités comme les maladies chroniques et l’obésité, sans parler du vieillissement avec la hausse régulière de l’espérance de vie. Cette évolution, encore plus sensible en Europe et aux États-Unis qui représentent à eux deux plus de 75 % du marché, se traduit par une hausse du nombre de propriétaires, très intéressés par de nouveaux traitements bénéficiant à la santé de leur animal. En témoigne notamment l’explosion récente des assurances santé dédiées, pour un marché mondial estimé à plus de 2 milliards d’euros en 2020 ! Du côté des vétérinaires enfin, la tendance est elle aussi à la forte hausse avec une croissance de leur nombre de plus de 35 % en Europe entre 2007 et 2017. On assiste aussi à leur regroupement en cliniques et réseaux de spécialistes, un mouvement qui favorise une offre de soins de plus en plus sophistiquée.

 Quelles parties de ce marché adressez-vous en particulier ?

Nous adressons deux marchés différents avec chacun de nos deux produits. Le premier, le Visco-Vet, adresse le marché articulaire, représentant plus de 40 millions de chiens et des indications comme l’arthrose et la déficience du ligament croisé antérieur. Notre second produit, le Biocera-Vet, positionné sur le marché orthopédique, concerne entre 2 et 3 % des chiens et chats chaque année en Europe et aux Etats-Unis, soit 11 millions de procédures chirurgicales osseuses, comme les fractures et les fusions osseuse, ou encore l’ostéosarcome.

 Pourriez-vous nous parler plus en détails du développement actuel de ces deux produits ?

Le Biocera-Vet, commercialisé depuis le premier semestre 2021 dans son acception destinée à la chirurgie osseuse, concerne les chiens et les chats. La version dédiée au traitement contre l’ostéosarcome sera disponible au deuxième semestre 2021, et celle adjoignant chirurgie osseuse et antibiotiques début 2022. Concernant le Visco-Vet, les études se poursuivent pour une commercialisation envisagée courant 2024. Enfin, nous avons engagé la création d’une troisième gamme, nommée Matri-Vet, un injectable destiné à soigner l’arthrose chez le chien et le chat, qui sera disponible à la vente dès 2022 car c’est un dispositif médical : les contraintes réglementaires le concernant sont donc beaucoup plus simples et nous permettent de nous positionner sur ce marché où personne ne se trouve actuellement.

 Quelles barrières concurrentielles protègent aujourd’hui le savoir-faire de TheraVet ?

Le Biocera-Vet est couvert par une licence mondiale s’appuyant sur une famille de brevets délivrés dans les pays-clés. Le Visco-Vet est protégé, lui, par trois familles de brevets dont TheraVet est propriétaire. L’entreprise ne s’occupe, dans l’ensemble du processus, que des étapes du contrôle de l’approvisionnement et de la qualité. Le reste, production, conditionnement et distribution, est sous-traité. Nous préférons en effet nous concentrer sur les maillons essentiels de la chaîne de valeur. Un autre élément très important à mentionner : nous avons choisi dès le début une méthode de développement dérisquée, en allant au-delà des exigences réglementaires liées à la catégorie de nos produits. Nous avons notamment réalisé des traitements compassionnels avec un réseau de vétérinaires de renom et des études cliniques prospectives, représentant fin 2021 un total de 70 cas de chiens et chats traités en chirurgie osseuse. Et à ce jour 15 cas cliniques de chiens souffrant d’ostéosarcome. Une façon d’ancrer notre stratégie marketing sur le socle essentiel d’essais médicaux solides et crédibles.

 Et justement, qui sont vos concurrents aujourd’hui ?

Ils sont peu nombreux, et surtout engagés sur des techniques moins innovantes : allogreffe, traitements synthétiques ou autogreffe. Cette dernière solution, le traitement de référence, est ce qui se rapproche le plus de l’efficacité du Biocera Vet. Toutefois, à l’inverse de notre solution, elle présente certains désavantages importants pour l’animal, comme des douleurs importantes et des risques infectieux, et pour le vétérinaire avec un allongement des interventions de 30 à 45 minutes. De notre côté, les résultats que nous avons obtenus pendant nos études montrent que l’utilisation du Biocera-Vet, en plus d’être facile et intuitive, entraîne une consolidation au moins aussi rapide des zones osseuses traitées que le traitement de référence. Le temps économisé par le chirurgien, de l’ordre de 30 minutes par opération, représente aussi un gain de productivité non négligeable. Visco-Vet évolue lui aussi dans les mêmes gammes de prix que ses concurrents, mais présente l’avantage d’un traitement ciblé évitant le risque systémique et les effets secondaires comme diarrhée et vomissement. Il a montré aussi une efficacité prolongée au-delà de trois mois, la durée de l’étude. Ce qui tend à prouver que notre produit ne traite pas seulement le symptôme, mais la maladie elle-même.

 À quelle étape du développement de l’entreprise vous trouvez-vous actuellement ?

Depuis 2018, nous avons franchi celles liées au développement de nos produits. Le premier est déjà disponible à la vente, et l’autre le sera d’ici 2024. Nous sommes donc entrés cette année dans la phase de développement commercial qui nous mènera à une implantation rapide sur les marchés d’ici 2023. Puis viendra celle de la croissance durable, avec un modèle à maturité bénéficiant d’un marché dynamique sensibilisé à la qualité de nos produits. Il sera temps alors de rechercher la massification de la commercialisation qui devrait nous permettre d’accélérer très fortement, entraînant un cashflow positif à partir de 2026. Ce développement s’appuie notamment sur un déploiement à l’international, en France et Pays-Bas dès fin 2021, puis vers le reste de l’Europe de l’Ouest et du Sud et vers les États-Unis. Concrètement, nous appuyons notre commercialisation sur un réseau de KOLs reconnu et regroupant des spécialistes de la profession vétérinaire. Des experts pour parler à des experts, et vendre en direct !

 Comment s’insère dans cette stratégie la levée de fond que vous visez avec l’opération boursière lancée le 26 mai 2021 ?

Nous engageons cette opération afin de récolter des fonds destinés à financer le développement de nos produits et le déploiement commercial de l’entreprise. Nos actionnaires et partenaires historiques, notamment des fonds institutionnels belges représentant plus de 75 % du capital de l’entreprise, nous ont offert un socle stable. Nous cherchons à présent à lever entre 6 et 8 millions d’euros via une double cotation sur les places de Paris et Bruxelles. Cette opération, signe favorable, est déjà couverte à 28 % par des engagements de 1,7 million d’euros. L’objectif de cette augmentation de capital est d’alimenter notre activité et de nous donner les moyens de porter à maturité nos produits dans la perspective du développement commercial intensif que nous attendons à partir de 2025.




Aymeric Jeanson

_