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Interview de Damien Havard : Fondateur et PDG de Hydrogène de France

Damien Havard

Fondateur et PDG de Hydrogène de France

HDF est le pionnier mondial. Et c'est le moment d'en profiter !

Publié le 22 Juin 2021

Pourriez-vous s’il vous plaît nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Hydrogène de France, créé en 2012, développe de gros projets de centrales électriques produisant de l’énergie à partir d’hydrogène et d’énergie renouvelable. Nos équipes comptent 25 personnes, qui passeront à 30 d’ici une dizaine de jours. Pour l’instant, nous générons un chiffre d’affaires annuel de 2,5 millions d’euros, une performance qui assure déjà notre autonomie et notre rentabilité. C’est ce que permet notre structure légère, présentant à ce jour une faible empreinte au sol. Mais amenée à évoluer très prochainement.

Sur quels segments de l’hydrogène vous positionnez-vous aujourd’hui ?

Nous sommes pionnier dans le domaine de l’hydrogène-électricité. L’activité de notre entreprise est double. Tout d’abord, notre vocation est de développer des projets de production d’électricité. Pour cela, nous construisons des centrales qui ont la particularité de produire une électricité totalement stable et continue, 24h/24, à partir d’énergie renouvelable intermittente, grâce à un stockage massif par hydrogène.
Concrètement, cette technologie permet de pallier l’intermittence liée aux énergies renouvelables pour produire une électricité en bout de chaîne totalement stable, jour et nuit : l’hydrogène permet de stocker sur du temps long une très grande quantité d’énergie qui sera restituée ensuite sous forme d’électricité stable 24h/24. Nous développons ces grandes infrastructures industrielles pour des gestionnaires de réseaux, qui prennent la forme de grandes centrales électriques. Notre seconde activité est liée de près à la première. Nous produirons et commercialiserons nous-mêmes le composant le plus stratégique de nos centrales c’est-à-dire les piles à combustible à hydrogène de forte puissance. Celles-ci seront quinze fois plus puissante que celle que l’on place dans un bus à hydrogène, par exemple.

Est-ce à dire que vous travaillez aussi en mode R&D ?

Non, pas de recherche et développement fondamentale chez HDF, sur le cœur des technologies en tout cas. Par contre nous faisons de la R&D à vocation industrielle pour des applications commerciales concrètes. La technologie que nous utilisons est déjà mature et expérimentée. Nous intégrons dans notre grande pile à combustible un objet déjà fiable et surtout déjà bancable. L’objectif pour nous est la production en série de notre pile de forte puissance pour améliorer ses performances et réduire son prix. Notre pile à hydrogène de forte puissance, qui représente un avantage concurrentiel majeur, sera fabriquée à partir de fin 2023 dans notre future usine sur le site de l’ex-usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux. Et, en attendant, nous fabriquons celles dont nous avons besoin chez notre partenaire canadien Ballard, avec les équipes HDF.

Envisagez-vous une récurrence dans les projets sur lesquels vous vous positionnez, notamment à l’international ?

Ce que nous souhaitons, c’est en effet de garder un rôle dans nos projets. Nous lançons seuls leur développement. Puis arrivés à un certain stade du développement, nous faisons entrer des partenaires (des fonds infrastructures, des industriels locaux, etc.). Nous ne sommes alors pas majoritaires, c’est un choix, mais restons dans les sociétés projets pour garder un contact avec lui durant son exploitation. Et pour la construction, nous choisissons avec nos partenaires un constructeur général mieux à même que nous de tenir et gérer les opérations, surtout à l’international. Là n’est clairement pas notre valeur ajoutée, c’est pourquoi il est logique d’aller chercher les entreprises les plus compétentes. En revanche, nous souhaitons conserver un rôle de pilotage et de suivi.

Pouvez-vous nous décrire rapidement le marché de l’hydrogène, et la place que vous y occupez ?

Il existe à ce jour trois marchés dans l’hydrogène : celui de l’industrie, en plein défi de conversion d’un hydrogène sale vers un hydrogène propre ; celui de la mobilité, concernant dans un futur proche tous les types de véhicules roulants ; et enfin celui de l’énergie. Nous évoluons quant à nous sur ce troisième marché, qui représente un volume équivalent aux deux autres. Il n’est pas totalement isolé puisque l’essor des deux autres applications de l’hydrogène nous permet de récupérer et de combiner des technologies rendues moins coûteuses. Mais la grosse différence, c’est que sur la nôtre nous n’attendons pas les subventions. Bien plus, nos projets sont naturellement compétitifs : il s’agit la plupart du temps de remplacer des groupes électrogènes, face auxquels les solutions que nous proposons sont à la fois plus propres et meilleur marché. Naturellement, cette offre intéresse. HDF en est le pionnier mondial, et c’est le moment d’en profiter.

Sur quelle dynamique repose aujourd’hui votre activité ?

À vrai dire, nous nous préparons déjà activement depuis un an à faire sortir notre usine de terre, produire nos propres dispositifs et, de fait, accélérer très fortement notre commercialisation. En effet, à ce jour où nous ne vendons pas encore nos piles, nous ne facturons encore que les frais de développement des centrales. Nous anticipons donc à partir de fin 2023 une très forte accélération de notre chiffre d’affaires, de nature à nous faire viser 100 millions d’euros en 2025. Ce chiffre s’explique notamment par le fait que les projets que nous adressons représentent chacun une dimension importante de l’ordre de 100 millions d’euros. Sur ces opérations, le chiffre d’affaires qui revient à HDF s’établit entre 12 et 17 % de l’enveloppe globale. Raison pour laquelle, face à la multiplication des opérations qui nous attendent, nous allons très prochainement faire grossir nos équipes à l’international. C’est le moment d’accélérer pour répondre aux sollicitations !

Vous engagez justement en ce moment une levée de fond de 100 millions d’euros. À quels objectifs répond cette stratégie ?

Comme je l’ai dit, nous devons accélérer rapidement pour nous emparer du marché et conforter notre avance face aux concurrents qui se lanceront prochainement. Pour cela, cette opération boursière finance d’abord, pour 20 millions d’euros, l’usine qui assurera la production de nos piles à hydrogène. Ensuite, nous nous devons d’étoffer nos équipes, d’aménager notre stratégie commerciale et d’assurer le développement international de HDF. Cet objectif représente un investissement également estimé à 20 millions d’euros. Enfin, dans les projets que nous allons développer, nous souhaitons prendre une participation minoritaire afin d’en conserver l’accès au pilotage. Une stratégie qui représente 50 millions d’euros. Dernier objectif important de cette opération, nous voulons utiliser la Bourse pour assurer notre indépendance tout en nous donnant de la visibilité à l’international.

Quelles perspectives de croissance envisagez-vous à moyen terme ?

Notre objectif est très clair : en 2025, un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros et un EBITDA de 35 %. Par la suite, bien sûr, nous comptons nous donner les moyens de poursuivre cette croissance. Mais l’étape de structuration sera derrière nous, et nous pourrons ensuite autofinancer la poursuite de notre développement. Ce qui est très positif, c’est que nous sommes déjà dans une posture business effective et rentable, et que nous ne dépendons d’aucune subvention. Notre modèle économique est éprouvé et a fait la démonstration de sa réalité économique.

Des partenaires de poids s’engagent avec vous dans cette opération. Qui sont-ils ?

Rubis, tout d’abord, souhaite nous accompagner en investissant dans nos projets comme actionnaire majoritaire. Il le fait d’ailleurs déjà avec nous dans les Caraïbes et en Guyane. C’est l’occasion pour nous de poursuivre notre développement sans que la recherche ne soit un problème. De quoi nous aider très concrètement à atteindre notre objectif : passer de pionner à leader mondial de l’hydrogène-électricité. Dans cette perspective, partager la valeur ne pose pas de problème dès lors qu’on travaille en confiance en utilisant au mieux la taille des autres. Nous avons jusque-là beaucoup utilisé l’aïkido, et allons continuer de le faire afin de continuer à grandir ! Et cela en jouant gagnant-gagnant avec nos partenaires. Notre autre partenaire est l’entreprise Teréga, gestionnaire des réseaux gaz dans le sud-ouest de la France. Dans ce rapprochement, c’est la collaboration qui prime. Eux sont transporteur et stockeur, nous produisons l’énergie : nos métiers sont complémentaires. C’est ce qui explique leur souscription de 10 millions d’euros à l’opération, à laquelle s’ajoutent les 50 millions d’euros de Rubis. D’autres fonds portent la souscription totale déjà sécurisée à 80 millions d’euros sur les 100 millions que nous visons. Voici la preuve que HDF et ces entreprises se connaissent bien car elles sont déjà partenaires, et que l’historique de collaboration a déjà convaincu tout le monde.

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