La défaite de Trump donne une marge de manoeuvre à ses partenaires commerciaux en Asie
par Jihoon Lee, Tamiyuki Kihara, Saurabh Sharma et Kevin Yao
SEOUL/TOKYO/NEW DELHI/PEKIN, 4 novembre (Reuters) - La déroute du Parti républicain de Donald Trump aux ?élections de mi-mandat, provoquée notamment par la hausse du coût de la vie résultant en partie de la politique commerciale agressive du président américain, pourrait encourager les partenaires de Washington à lui résister davantage.
Certains pays qui ont ?fait des promesses d'investissements massifs aux États-Unis pour échapper à des droits de douane trop élevés pourraient chercher à gagner du temps avant l'élection présidentielle américaine dans deux ans, tandis que la Chine abordera en position de force les négociations à venir, estiment de nombreux observateurs politiques et économiques.
Donald Trump est attendu à la fin du mois en Asie, où il doit rencontrer les dirigeants des pays d'Asie du Sud-Est aux Philippines, puis participer ?au forum de Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) à Shenzhen, en Chine.
Le Japon et la Corée du Sud, principaux partenaires des États-Unis en Asie, se sont engagés l'année dernière à investir respectivement 550 et 350 milliards de dollars (environ 483 et 308 milliards d'euros) sur le sol américain dans le cadre ?d'accords conclus avec Donald Trump.
"Les démocrates semblent considérer que ces engagements ont été imposés par les États-Unis à ?leurs partenaires", relève Heo Yoon, professeur d'économie à l'université Sogang de Séoul, qui s'attend à ce que ces pays se sentent moins contraints de les respecter.
Certains observateurs se montrent moins optimistes pour les ?partenaires commerciaux de Washington, soulignant qu'après avoir subi un tel camouflet électoral, Donald Trump pourrait au contraire accentuer la pression sur ces pays pour démontrer l'efficacité de ses politiques.
"La question des droits de douane n'est pas close. Si la réponse du Japon tarde à venir, les appels à l'instauration de droits de douane supplémentaires pourraient refaire surface", met ?en garde Kazuhiro Maeshima, professeur de politique américaine à l'université Sophia de Tokyo.
La Corée ?du Sud est la cible privilégiée de la colère de Donald Trump à l'encontre des pays qui, selon lui, ne tiennent pas leurs promesses ?d'investissements. Séoul a récemment réfuté les affirmations du président américain selon lesquelles elle aurait accepté de financer l'Alaska LNG, un projet de gazoduc de gaz naturel liquéfié.
TRUMP ENTRAVÉ OU DÉCHAÎNÉ ?
Si Donald Trump peut toujours gouverner par décrets en matière de droits de douane, Ban Kil-joo, professeur de relations internationales à l'Académie diplomatique nationale de Corée, note cependant que l'examen minutieux de ces mesures par un Congrès à majorité démocrate pourrait donner à Séoul "un temps ?précieux" pour les étudier.
Pour des pays comme l'Inde, ?qui négocient encore des accords commerciaux avec les États-Unis, le résultat des élections de mi-mandat est une invitation à temporiser avant de prendre des engagements à long terme, notent ?des analystes.
Le ministre indien du Commerce a déclaré au début du mois que la première phase d'un accord commercial entre l'Inde et les États-Unis en était aux dernières étapes de sa rédaction, mais a réaffirmé que New ?Delhi ne donnerait son feu vert que si elle obtenait un avantage en matière d'exportations vers les États-Unis par rapport à ses concurrents.
New Delhi et Washington se sont mis d'accord en ?février sur un accord-cadre réduisant de 50% à 18% les droits de douane punitifs sur la plupart des produits indiens, imposés en août 2025 après ?l'échec d'un précédent cycle de négociations.
"Des pays comme l'Inde ?devraient rester prudents. La victoire des démocrates ne va pas nécessairement rendre Donald Trump plus conciliant envers qui que ce soit", souligne Rajiv Bhatia, ancien diplomate indien et chercheur au Gateway House, un groupe de réflexion.
Selon ?lui, New Delhi devrait en revanche s'engager plus activement auprès des élus du Congrès américain pour faire valoir ses préoccupations ?en matière de commerce, de droits de douane et de visas.
PAS DE LIBERTÉ D'ACTION AVEC PÉKIN
La Chine, qui a conclu avec Washington une trêve commerciale expirant en janvier prochain, va certainement chercher à tirer parti de la fragilité politique de Donald Trump ?pour renforcer sa position dans les négociations commerciales.
Mais un Congrès à majorité démocrate n'est pas forcément une bonne nouvelle pour Pékin, dans la mesure où il pourrait limiter la capacité d'un Donald Trump à faire des concessions pour obtenir des accords dont il s'enorgueillit.
Le président américain s'est donné beaucoup de mal pour améliorer ses relations avec Xi Jinping - notamment en l'accueillant le mois dernier lors d'une somptueuse visite d'État - et son goût pour ?les relations personnelles le pousse parfois à des renoncements ou des volte-faces spectaculaires pour obtenir un résultat.
"Les démocrates ne laisseront probablement pas Donald Trump agir à sa guise dans ses négociations avec Pékin", pointe Alicia Garcia-Herrero, économiste en chef pour la région Asie-Pacifique chez Natixis, rappelant que ces derniers avaient vivement critiqué le fait que des questions clés comme l'intelligence artificielle n'aient pas été abordées lors des précédents sommets entre Donald Trump et Xi Jinping.
Un Congrès à majorité démocrate devrait être plus enclin à soutenir un renforcement des contrôles sur les exportations technologiques et une surveillance accrue des chaînes d'approvisionnement dans les domaines de l'IA et des semi-conducteurs, ce qui laissera à Donald Trump moins de marge de maoeuvre pour faire des concessions dans ces domaines cruciaux pour Pékin, estime-t-elle.
(Jihoon Lee à Séoul, Jaspreet Singh Kalra à Mumbai, Saurabh Sharma à Delhi, Kevin Yao et Liangping Gao ?à Pékin et Tamiyuki Kihara à Tokyo ; version française Tangi Salaün)